Portrait Énarque tout droit sorti de la désormais mythique promotion Voltaire, Jean-Marc Janaillac, président de Transdev, a navigué tout au long de sa carrière entre secteurs public et privé. Son moteur: le goût de l’aventure collective.
Dans les couloirs du nouveau siège social de Transdev à Issy-les-Moulineaux (92), il se murmure que son arrivée a été vécue comme un soulagement par les 100 571 salariés du groupe. C’était le 3 décembre 2012. Ce jour-là, sa journée débutait par une incontournable réunion avec le comité exécutif. Puis, il a tenu à rencontrer les collaborateurs pour « dire bonjour ». Un an après sa prise de fonction, il arpente encore les routes une fois par semaine pour se présenter en province et à l’étranger. « Sur le terrain, je rencontre des collaborateurs qui ont envie de se battre pour leur entreprise et pour offrir un service public de qualité aux usagers. Ces échanges ont changé ma vision du groupe et chaque fois décuplé ma confiance », avoue Jean-Marc Janaillac, président de Transdev. Un enthousiasme qui tombe à pic pour remotiver un groupe déboussolé par la fusion de Veolia Transport et Transdev début 2011, puis par l’onde de choc provoquée par la décision de Veolia Environnement de lâcher le transport moins d’un an plus tard.
Passionné de littérature et de philosophie, il réussit le concours hypokhâgne du lycée Louis-le-Grand à Paris. Mais c’est finalement sur les bancs de l’École des hautes études commerciales (HEC), puis de l’École nationale d’administration (Ena) qu’il se taillera un CV sur-mesure. De ces deux années au sein de la désormais célèbre promotion Voltaire, il garde un « bon souvenir humain » et des amitiés fidèles. Dans le cadre de son stage de fin d’études à la préfecture de Quimper (29), il découvre malgré lui les rouages de la communication de crise à l’occasion du naufrage du supertanker libérien Amoco-Cadiz, au large des côtes bretonnes en mars 1978. « Le plan Polmar déployé pour organiser les secours n’était pas dimensionné pour une telle catastrophe. La consigne était donc de ne rien dire à la presse », se souvient-il. Débordé par l’événement, le préfet est remercié et remplacé.
Après le monde maritime, c’est au tour du secteur agricole de venir pimenter l’expérience finistérienne de Jean-Marc Janaillac, il devra cette fois faire face à la grogne des agriculteurs locaux. Second renvoi. Troisième nomination. C’est donc un troisième préfet qui lui offrira son premier poste de directeur de cabinet, d’abord à Quimper, puis dans le Val-d’Oise. Le jeune diplômé fait ensuite son entrée dans la sphère ministérielle en devenant chef de cabinet de Roland Carraz, désigné secrétaire d’État au Tourisme en 1983, mais qui change de ministère au bout de seize mois. Jean-Marc Janaillac est alors approché, et par la prestigieuse administration du Trésor, et par Édith Cresson, ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur qui cherche un haut fonctionnaire pour développer une représentation française de tourisme à New-York. À 29 ans, le jeune homme n’écoute que son instinct. « Mon entourage m’avait pourtant conseillé la première option », admet Jean-Marc Janaillac. Mais il choisit de coordonner les équipes aux quatre coins du pays, monter des opérations de marketing, nouer des partenariats avec de grands acteurs économiques, jouer la carte de l’événementiel en invitant au passage quelques stars du moment, etc. Au bout de trois années, la page new-yorkaise se referme, lui laissant le souvenir d’une « période extraordinaire ».
Il regagne l’Hexagone en 1987, une solide expertise du tourisme en poche. À Paris, Jean-Jacques Descamps, devenu secrétaire d’État chargé du Tourisme depuis moins d’un an, affirme sa volonté de “privatiser” la profession. Pour cela, il entend notamment harmoniser les actions de promotion, grâce au regroupement des moyens qui étaient jusqu’alors dispersés entre la sous-direction de la promotion et celle de l’industrie touristique. Cette mutualisation prendra finalement la forme d’un groupement d’intérêt économique (GIE) baptisé Maison de la France. Propulsé à la tête de cette structure, Jean-Marc Janaillac hérite d’une force de frappe de 300 personnes dans 30 pays et de budgets multipliés par deux. « Notre mission était de définir un plan marketing de promotion de la France pays par pays. L’échange culturel était intéressant et le projet de dynamiser une institution passionnant. »
Dix ans plus tard, l’envie de prendre de nouveaux risques le titille. Il se frotte alors au monde aérien et devient directeur général adjoint en charge des affaires commerciales de la compagnie aérienne AOM. Son job: relancer les ventes de la société dans un contexte pour le moins compliqué. « Nous avons retravaillé notre offre commerciale pour attirer la clientèle d’affaires et adapté notre politique marketing », explique-t-il. Rien n’y fait. Flotte disparate autant que vieillissante, concurrence accrue et pertes récurrentes ont placé le transporteur dans l’obligation de trouver rapidement un repreneur. C’est finalement Swissair et son partenaire français Marine-Wendel qui remporteront la mise et tenteront de redresser la barre. S’ensuit un plan social portant sur 27 % des effectifs, une réduction de moitié de la flotte et un redéploiement sur le créneau charter supposé capter 30 % de l’activité en trois ans, contre 10 % au moment de la reprise. Dans la foulée, Jean-Marc Janaillac prend du galon et devient directeur général délégué. Sept mois plus tard, il claque la porte de l’entreprise. « Je n’étais pas d’accord avec la stratégie présentée par les nouveaux actionnaires », tranche-t-il.
Il prend alors la direction générale de Maeva pour orchestrer sa vente au groupe Pierre & Vacances. « Deux options se présentaient à l’actionnaire: investir ou vendre. Il a choisi la seconde, notamment parce ce que l’acquéreur promettait de conserver l’identité des deux entités », résume-t-il.
Après un bref passage à la direction de l’Office du tourisme et des congrès de Paris en 2002, il rencontre de manière informelle Anne-Marie Idrac, à l’époque présidente de la RATP. Un rendez-vous qui portera ses fruits dix mois plus tard, puisqu’il se voit proposer le poste de directeur général au développement du groupe RATP et de président du directoire du directoire de la RATP Dev. Pendant huit ans, il est donc en charge d’exporter le savoir-faire du groupe RATP. Son arrivée à Transdev lui offre aujourd’hui la perspective de nouvelles péripéties collectives. Bonne pioche, car le collectif est l’un de ses moteurs.
Naissance le 26 avril 1953.
1978-1980 – HEC et Ena.
1980-1982 – Directeur de cabinet du préfet du Finistère.
1982-1983 – Directeur de cabinet du préfet du Val-d’Oise.
1983-1984 – Chef de cabinet du secrétaire d’État au Tourisme.
1984-1987 – Représentant général des services officiels français aux États-Unis et au Mexique.
1987-1997 – Directeur général du GIE Maison de la France.
1997-1999 – Directeur général adjoint chargé des affaires commerciales d’AOM.
1999 – Directeur général délégué d’AOM.
2000-2002 – Président-directeur général de Maeva.
2002-2004 – Président de l’Office du tourisme et des congrès de Paris.
2004-2012 – Président du directoire de RATP Dev.
2012 – Président-directeur général de Transdev.
