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Éric Étienne, un technicien devenu patron de PME

Portrait

Exigeant, porteur d’un discours simple mais essentiel, Éric Étienne, directeur des Rapides du Poitou et des Cars Martin, filiales du groupe Fast, place le service au sommet de ses valeurs. À cœur ouvert, il nous livre les secrets de la réussite d’une entreprise qui « fait bien son travail ».

Sur les hauteurs de Poitiers, les autocars sont soigneusement alignés devant l’entrepôt des Rapides du Poitou. Ils sont prêts à assurer leur service, comme il y a 80 ans, quand les premiers véhicules de cet opérateur historique commençaient à sillonner les campagnes du Marais poitevin. Éric Étienne est le directeur de cette filiale du groupe vendéen Fast, rachetée en 2001 à Transdev. Dans cette PME de 135 salariés, qui compte 115 chauffeurs dont 25 à temps plein, le climat social semble au beau fixe. « Une entreprise, ce sont des hommes et des femmes. Certains, comme ma secrétaire, travaillent ici depuis plus de trente ans », explique fièrement Éric Étienne. Avec la même volonté de « donner sa place à chacun », il vient de prendre les rênes de la nouvelle acquisition du groupe Fast, les Cars Martin, une autre entreprise historique du département de la Vienne, installée à Montmorillon.

Lorrain de naissance, Éric Étienne avait envie de poser ses valises après de nombreuses expériences dans les réseaux urbains. Bien enraciné dans sa région d’adoption qu’il trouve « si belle » et où ses enfants ont grandi, c’est en juillet 2004 qu’il prend la direction des Rapides du Poitou et se coule parfaitement dans le costume de dirigeant.

Il a commencé son parcours dans les transports en 1991 en tant que technicien sur les trolleybus de Nancy. Après un BTS électrotechnique, la perspective de passer de l’autre côté de la barrière hiérarchique lui paraissait lointaine, improbable. Il est pourtant rapidement repéré par sa direction qui lui propose de continuer sa formation à l’Institut de l’environnement urbain qui a ouvert ses portes en 1994. Dans cet organisme géré par le groupe Veolia Environnement en partenariat avec la chambre de commerce et d’industrie de Versailles, il a appris « toutes les palettes de l’exploitation qu’il ne connaissait pas ». L’essai est concluant: Transdev l’embauche au début des années 2000 comme directeur d’exploitation des Courriers de l’Aube. Il est alors confronté aux affres quotidiennes d’un réseau urbain.

La noblesse d’un métier de service

Dans l’urbain comme dans l’interurbain, l’exigence anime Éric Étienne, bien conscient qu’il ne sera jugé que sur des performances sans failles: « On ne compte que les trains qui arrivent en retard », comme on dit. « Nous devons tout faire pour être irréprochables, car nous véhiculons l’image d’un département et, au bout de la chaîne, des transports publics. »

Après le labeur de la semaine, le dirigeant passe le reste de son temps en famille à regarder « du sport à la télévision, du football et du rugby ». Des disciplines qu’il n’a plus le loisir de pratiquer autant que par le passé: « Dans mon travail, je rencontre tellement de monde que j’aime bien rester tranquille quand j’ai du temps libre. »

Le contact humain est indissociablement lié à la nature même du métier de service. À l’image de la plupart de ses confrères, il loue ce travail qui apporte tous les jours son lot d’aléas et de surprises et qui ne laisse aucune place au ronron: « Pour exister aujourd’hui dans les transports publics, il faut montrer une grande capacité de réactivité pour obtenir la régularité souhaitée par les donneurs d’ordre », souligne-t-il. Et de lancer: « Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais nous faisons bien notre travail. »

Bien sûr, il se heurte au magma réglementaire et législatif qui a pour effet de réduire les marges nettes des entreprises de transport. La ceinture de sécurité rendue obligatoire pour septembre 2015, la loi sur l’accessibilité et les cahiers des charges toujours plus stricts et « sans compensations financières » n’affectent pourtant pas son moral. Il se sent soutenu par Fast, la maison mère: « Le fait d’être adossé à un groupe qui veut nous aider présente des avantages. D’autant que c’est aussi un constructeur », précise-t-il. Grâce à la puissance de Fast, la moyenne d’âge de son parc de véhicules est en conformité avec les exigences du département de la Vienne qui, sur ses routes, ne veut pas d’autocars de plus de 14 ans. C’est dans ce contexte qu’il comprend la concentration du secteur, « une donnée historique à Poitiers, rendue inéluctable par l’incroyable évolution normative de ces dernières années. »

Des résultats financiers prometteurs

Aux Rapides du Poitou, il a connu des hauts et des bas. « On a perdu douze services il y a deux ans, qu’on a en partie regagnés par la suite », raconte-t-il. Les Cars Martin lui avaient pris une partie de ses marchés, et l’intérêt du rachat n’est donc pas neutre: « Cela va nous permettre de rayonner dans l’ensemble du département. »

Sous sa houlette, les Rapides du Poitou, qui déploient aussi leur savoir-faire dans le département voisin de l’Indre, réalisent un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros. En dépit des difficultés économiques conjoncturelles des collectivités et de l’État, la PME « va réaliser une croissance comprise entre 2 et 3 % », une hausse moyenne mais « appréciable ». Et Éric Étienne se voit bien continuer sa carrière dans cette entreprise octogénaire, sereine et forte de sa longue histoire. Avec le recul, il ne regrette pas ce choix: « J’ai grandi dans les grands groupes. Je préfère la situation qui est la mienne aujourd’hui », confie-t-il. « Dans l’entreprise, la réussite est très liée à la vision du métier dégagée par ceux qui la dirigent. Le problème des groupes, c’est qu’il faut changer de poste tous les trois ans. Il est difficile d’installer de vraies relations humaines au sein de l’entreprise, comme à l’extérieur. » Aux Rapides du Poitou, il peut compter sur le temps pour réaliser sa politique.

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Auteur

  • Xavier Renard
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