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L’art de diriger dans la sérénité

Jean-Michel Bloch Le directeur de Transdev Rapides Val de Loire, l’un des prestataires du conseil général sur le réseau Ulys à Orléans, porte un regard sur sa profession mêlant lucidité et espoir.

Plus jeune, Jean-Michel Bloch, 57 ans, se serait bien vu pilote d’avion, « un métier extraordinaire, qui porte les valeurs que j’aime », comme son père, aviateur dans l’armée. Cet homme calme et décontracté a atterri dans l’univers du transport de voyageurs « un peu par hasard », après des études supérieures de commerce, « une formation généraliste et exigeante », un début de carrière comme cadre chez Darty et diverses expériences de chef d’entreprise dans la logistique, l’industrie et le commerce. Il aura néanmoins consacré 19 ans de sa vie, « de façon discontinue » à quatre entreprises de transport de voyageurs, installées aux quatre coins de la France, loin de Paris, où il n’aimerait pas « particulièrement vivre à cause du coût de la vie ». Originaire du Loiret, il n’avait pourtant jamais vécu dans la région de ses ancêtres.

Les valeurs du métier

Une fois de plus, il a saisi l’opportunité des hasards de la vie que lui offrait le groupe Transdev. « C’est un métier attachant, au service des autres, mettant les relations humaines au centre de ses préoccupations. Quand Transdev m’a proposé ce poste, je n’ai pas hésité », se souvient-il.

À Orléans, il dirige 250 personnes, dont 200 chauffeurs et une vingtaine de mécaniciens, pour un parc de 200 véhicules dédiés aux liaisons départementales et interdépartementales (entre le Loiret et l’Eure-et-Loir pour la liaison très utilisée Orléans-Chartres).

Au quotidien, le directeur de Transdev Rapides Val de Loire qui se définit comme « un homme pragmatique, à l’écoute », doit faire face à des contraintes toujours plus lourdes, comme tous ses confrères. « Nos charges augmentent, notamment à cause du prix du gazole. Et nos clients nous demandent de tirer nos tarifs vers le bas », résume-t-il. « Ce que ne comprennent pas les élus, c’est que les prix ne pourront pas éternellement baisser. » Pour lui, le seuil de l’acceptable a été atteint. Il constate que certains de ses confrères, notamment parmi les PME familiales, sont « au bord de la dépression, et dans bien des cas, c’est peu de le dire ».

Baisser encore les prix n’est plus possible

Tirer la sonnette d’alarme n’aurait pas de sens sans proposer des pistes de réflexion pour faire bouger une profession « mal aimée et méconnue du grand public ». Et cet homme, d’un naturel « optimiste », ajoute: « Nous vivons un paradoxe: d’un côté les élus poussent pour développer les transports en commun et les usagers sont de plus en plus nombreux, mais les collectivités ont moins de moyens financiers ». Il constate que les donneurs d’ordre sont dans l’incapacité de mesurer correctement le coût exact du fonctionnement de lignes de transports: « Ils ne savent pas toujours que nos marges sont si faibles. Avec 3 à 5 % de marge, nous serions heureux! »

La dialectique est à l’image de cet homme expérimenté: cohérente et assurée, sans faire de vagues. Le nivellement des prix vers le bas a des conséquences sociales pour les entreprises qui « éprouvent toutes les difficultés à trouver des chauffeurs motivés, qui choisissent cette profession par goût ». Sans marge de manœuvre financière, les salaires des conducteurs stagnent et malgré les efforts de Jean-Michel Bloch, « un certain nombre travaille à temps partiel ». Il observe avec impuissance la baisse du pouvoir d’achat de ses salariés pour lesquels « le coût de la vie augmente plus vite que les salaires. Mais comment peut-on augmenter les salaires quand les tarifs des marchés publics baissent? » Tous les efforts de l’entreprise se focalisent sur l’investissement pour rester compétitive et être aux normes. « Depuis que je suis arrivé à Orléans, nous avons énormément investi dans les ceintures de sécurité, les plateformes d’accès pour les personnes handicapées, les éthylotests, la motorisation des véhicules. Plus de la moitié de notre parc est équipée en moteur répondant aux normes Euro V. » Dans le détail, depuis trois ans, Jean-Michel Bloch a changé 75 autocars à 150 000 euros pièce, soit environ 3,5 millions d’euros: « C’est 30 % de notre chiffre d’affaires qui se stabilise autour de 17 millions d’euros, dont 11 millions sont apportés par le conseil général ».

Globalement, ces difficultés structurelles pèsent sur la vie sociale de l’entreprise. « Malheureusement, notre profession n’est pas très attractive. Il serait bon pour tout le monde de trouver des conducteurs motivés, plus impliqués dans la vie de l’entreprise. Nous subissons cette mauvaise image. » La vie d’un autocariste est d’autant moins un long fleuve tranquille que, d’après lui, les Français privilégient « culturellement » les déplacements en voiture individuelle, même si « la crise et la hausse du prix des carburants ont bouleversé certains comportements. » Jean-Michel Bloch évalue la hausse de la fréquentation des lignes de bus départementales à 30 % en 5 ans: « Car, dans le même temps, le conseil général s’est mis à appliquer des tarifs incitatifs ». Dans ce contexte incertain, il comprend le choix des petits transporteurs de vendre leur PME familiale aux grands groupes: « Les contraintes et les responsabilités au pénal sont très lourdes. Et le stress au quotidien n’est pas le même que dans une grande entreprise ».

Un discours porteur d’espoir

Il n’y a, à ses yeux, pas de place pour la fatalité: « Il faut continuer à travailler et à se faire entendre. Si nous n’argumentons pas, nous ne pouvons être compris de nos clients ». L’une des pistes pour aller de l’avant consiste à diversifier l’activité. À Orléans, Transdev réalise un chiffre d’affaires non négligeable grâce au transport de personnel pour la centrale nucléaire de Dampierre ou des grands comptes tels que France Télécom. « Nous faisons aussi de l’occasionnel (15 % de notre CA) avec les sorties d’une journée pour des écoles ou les centres de loisirs, au zoo de Beauval ou à Paris et, depuis quelque temps, du TAD », explique-t-il. « Mais le tourisme n’est pas pour nous. Il faudrait des véhicules de très haut de gamme, forcément plus coûteux (300 000 euros en moyenne), avec un retour sur investissement moindre. La clientèle préfère l’avion, avec l’avènement du low-cost et la proximité des aéroports parisiens. Nous ne pouvons pas concurrencer l’aérien. »

La sous-traitance dans l’urbain assure 15 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise: « Ces derniers temps, dans l’urbain, nous faisons plus en volume, pas en chiffre d’affaires: les prix sont de plus en plus bas. Nous gagnons très peu d’argent, mais on peut ainsi donner plus d’heures à certains salariés et améliorer l’ordinaire de quelques conducteurs qui se rapprochent du temps complet ». Il scrute avec intérêt la – possible – mise en place de lignes interrégionales qui « sont susceptibles d’être un gisement de croissance important ».

Jean-Michel Bloch se dit certain que la roue tournera: « L’avenir, c’est à nous de le dessiner. Il faut arrêter de compter sur les autres! »

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Auteur

  • Xavier Renard
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