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2014, année de tous les dangers?

Inquiétudes Pas question pour les participants du Club Managers de se laisser aller à la nonchalance cap-verdienne. Malgré le soleil généreux et la chaleur, la première séance de réflexion a porté pour l’essentiel sur les difficultés auxquelles devrait s’attendre le secteur dans les prochaines années. À la fois attentifs et combatifs, les opérateurs invités de cette édition ont partagé sans ambages leur ressenti et leurs expériences.

Difficile de prendre à froid son auditoire quand la température ambiante oscille autour de 30 oC, et pourtant… Les sujets de débat de la première séance de réflexion avaient en effet de quoi en refroidir quelques-uns: TVA, marges, trésorerie, accessibilité, grogne sociale, etc. Aucun, ou presque, des sujets qui pouvaient fâcher les autocaristes présents ne leur a été épargné. Ils se sont cependant volontiers prêtés au jeu des questions/réponses.

La hausse de la TVA à 10 % est-elle répercutée sur les contrats en cours de discussion, et les autocaristes peuvent-ils espérer augmenter leurs tarifs en conséquence?

Concernant le tourisme en autocar, le point de vue tempéré de Pierre-Guy Lecadre, pdg de l’entreprise Le Basque Bondissant semble unanimement partagé. « Nous avons anticipé cette hausse depuis plusieurs mois, explique-t-il, en fournissant sur les devis deux prix TTC à nos clients. Ils semblent avoir accueilli la hausse sans trop de problèmes, car ils vont aussi la subir. » Matthieu Collin, des Cars Ferry, constate aussi qu’« étant pour une fois prévenus à l’avance, nous avons en effet pu anticiper. »

La situation s’avère plus compliquée concernant le transport conventionné, et là, les points de vue sont parfois opposés. Pour Michel Seyt, président de la FNTV, la situation est loin d’être rassurante: « Les déclarations du président Hollande, qui affirme qu’il ne sera pas nécessaire de répercuter la hausse sur les tarifs parce que nous bénéficierons du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), me paraîssent quelque peu scandaleux. La durée du CICE est courte, et sur les DSP [délégations de service public, ndlr] en cours, cette hausse est un vrai problème. Sans accompagnement par les AO [autorités organisatrices, ndlr] au niveau des recettes, je crains que nous ne soyons obligés de prendre cette hausse à notre charge. »

Paul Royer, pdg de Royer Voyages et fort de son expérience dans les Vosges, est plus nuancé dans sa perception du problème. « Pour les appels d’offres 2014, le conseil général a intégré une TVA à 10 %, constate-t-il. De toute façon, nous répondons en TTC, et si l’augmentation est de 2,8 % dans nos comptes de résultats, il nous faudra répercuter cette hausse. En revanche, nous avons tenté d’anticiper en expliquant notre probable hausse de tarif à travers la communication de la FNTV Alsace. Je suis plutôt confiant. »

« Le problème sera sans doute plus aigu dans le domaine des DSP », explique pour sa part Guy Villeton, pdg de Suma. L’augmentation des tarifs risque en effet d’engendrer une baisse de fréquentation. C’est un risque commercial réel, et on ne peut s’en couvrir que sur le volet clientèle. » La hausse de la TVA, contre laquelle luttent encore un certain nombre d’institutions ne fait donc guère de doute dans l’esprit des participants, et globalement, c’est avec un certain fatalisme qu’ils semblent attendre sa mise en application.

L’ensemble des entreprises du transport de voyageurs semble fragilisé en termes de trésorerie et de marges, quelles stratégies pensez-vous devoir développer pour palier ces difficultés?

« De notre point de vue de financier et de crédit-bailleur, nous ressentons effectivement l’émergence de difficultés de trésorerie dans les entreprises de transport de voyageurs, constate Claude Viallaneix, de Natixis. Nous enregistrons aussi une hausse des impayés dans ce secteur, preuve que les marges sont à la baisse. » « Il ne faut pas se voiler la face, renchérit aussitôt Michel Seyt, il y a aujourd’hui des défaillances dans notre branche, c’est un phénomène nouveau, et même s’il reste modeste, il faut pouvoir en parler. En ce sens, je rappelle l’existence du dispositif Oseo, qui, moyennant rémunération, permet d’obtenir une avance de trésorerie et de tenir quelques mois. » « J’encourage aussi toutes les entreprises à regarder de près le CICE, annonce Chaouki Sidhoum, pdg des Cars Nedroma, le dossier n’est pas compliqué à remplir et nous l’avons obtenu sans réelles difficultés, il me paraît dommage de s’en priver. »

Pour la majorité des participants, les difficultés viennent en grande partie d’une concurrence exacerbée qui se traduit généralement par la pratique de prix anormalement bas. « Le problème vient souvent du fait que les collectivités n’ont qu’un regard budgétaire sur les coûts, témoigne Pierre Deleglise, pdg de Trans’Alpes, ce qui les empêche de détecter clairement les prix anormalement bas. » « Les cas de vente à perte sont plus nombreux que l’on ne croit, ajoute Alain-Jean Berthelet, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. » « Par ailleurs, nous manquons de recours juridiques, explique Patrice Lefèvre, pdg de J.L. International, et attaquer une collectivité coûte très cher. »

« À tous ces phénomènes, vient s’ajouter la pratique de plus en plus courante des marchés à bon de commande, explique Jean-Paul Bouyssou, pdg de Ruban Bleu/Satar. Ils engendrent une vraie instabilité. » « Dans le Haut-Rhin, conclut Paul Royer, nous avons tenté de palier ce genre de phénomènes en présentant aux élus, 18 mois avant la publication de l’appel d’offres, les différents véhicules qui pouvaient être définis dans le cahier des charges. Ils ont pris conscience des coûts, nous avons obtenu un rallongement de la durée des marchés et une révision du cahier des charges. L’information des élus et des techniciens des collectivités est une des pistes à suivre. »

La profession est-elle prête à relever le défi de l’accessibilité en 2015? Les discussions avec l’AO aboutissent-elles à une position commune?

Face à cette question, le premier constat, dressé par Xavier Ringeard, pdg de Fast Concept Car, est sans appel: « le parc d’autocar ne sera jamais prêt à l’échéance de 2015 ».

Pour Philippe Neveu, avocat, « il y a une prise de conscience du problème par les AO, mais elles n’ont pas fait le nécessaire car le temps d’action du public est toujours très long. Beaucoup de schémas départementaux n’ont pas été adoptés ou engendrent de nombreux contentieux. Ceux qui prévoient par exemple des lots spécifiques pour les UFR sont reconnus comme irréguliers. On constate enfin une tension sur les prix trop bas des AO qui ne permettent pas de renouveler le matériel et de mettre en accessibilité les points d’arrêt. Les décisions de justice jouent pour l’instant l’attente. De quoi? Sans doute d’une décision du Conseil d’État pour dénouer la situation. » Pour Éric Ritter, secrétaire général de la FNTV, « les collectivités commencent à reconnaître qu’elles ne sont pas prêtes, surtout face à l’agacement grandissant de l’APF [association des paralysés de France, ndlr] qui ne supporte plus leur attitude de déni. De notre côté, nous avons besoin d’expliquer notre métier et ses contraintes. En fait, le gouvernement semble préparer une ordonnance pour modifier la loi, mais nous ignorons dans quel sens. Tout ce que nous savons, c’est que nous nous orientons vers un traitement spécial du transport scolaire. »

Autre question qui fâche, celle des éthylotests antidémarrage. Le parc ne sera pas équipé à temps, quelles conséquences cela peut-il avoir?

« Attention, prévient David Boujeon, directeur de Sesaly, 15 000 véhicules ont été équipés à ce jour, notamment dans les grands groupes, mais si les industriels peuvent produire les équipements nécessaires d’ici l’échéance de 2015, il est peu probable que nous arrivions à les installer. Par ailleurs, nous avons mené des enquêtes qui révèlent une situation assez grave dans les entreprises. En effet, 80 % des appareils étaient déplombés ou non conformes. En cas d’accident, si les données de l’appareil ne sont pas traitées par l’entreprise, je rappelle que votre responsabilité au pénal sera engagée. »

Fin des débats dans une ambiance un peu rafraîchie par l’ensemble des sujets abordés. Et si personne n’oubliera les rendez-vous à venir, l’après-midi sur l’eau détendra l’atmosphère.

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Auteur

  • Pierre Cossard
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