Expertise Association de personnes créée à l’issue de la guerre, le Cercle des transports s’est interrogé sur la “responsabilité” du transport dans la dette publique. Une réflexion qui l’a mené jusqu’au cabinet du ministre des Transports.
En avril 2012, le Cercle des transports alertait sur la dérive des déficits publics résultant des transports dans le cadre d’une étude baptisée Transport et dette publique. Son constat: avec des concours publics annuels de l’ordre de 40 milliards d’euros, le secteur a un très fort impact sur l’endettement public de la France. Pire, le Cercle estimait que si rien n’était fait pour limiter cette « dérive déficitaire », un montant cumulé de 130 milliards d’euros supplémentaires alourdirait le montant de la dette publique à l’horizon 2030, nécessitant autant de prélèvements fiscaux supplémentaires. « Nous avons sorti cette publication à la veille des élections présidentielles. Notre objectif était d’anticiper le moment ou ces choix pourraient nous être imposés », se souvient Jean-Noël Chapulut, ingénieur général honoraire des ponts et chaussées et l’un des rapporteurs de cette enquête.
Dans son étude, le think tank confrontait deux scénarios: le premier dit au fil de l’eau évaluait les conséquences d’une décision de laisser filer une dette supplémentaire qui ne serait pas supportable dans la durée, tandis que le second dit de désendettement proposait d’explorer les pistes d’économies potentielles sans dégrader les services offerts. À la clé: un différentiel de 240 milliards d’euros.
Pour dégager ces économies, il préconisait notamment de « jouer » sur la productivité des services de gestion d’infrastructures et d’exploitation des transports, sur les contributions des usagers aux coûts du transport ou sur la sélection des investissements de modernisation et de développement des réseaux. Exemple: créer une instance indépendante d’évaluation en charge de contrôler ou de prescrire des contre-expertises pour la réalisation des infrastructures, n’engager de débat public qu’à la condition d’un minimum d’évaluation préalable, ou faire une meilleure utilisation des recettes commerciales.
Des propositions qui, à l’époque, avaient retenu l’attention de la majorité fraîchement élue. « Au lendemain de la mise en place du nouveau gouvernement, nous avons été reçus par le cabinet du ministre des Transports qui planchait sur la création de la commission Mobilité 21 destinée à hiérarchiser les projets du schéma national des infrastructures de transport (SNIT) », explique Jean-Noël Chapulut.
Privilégiant la piste du deuxième scénario, « en particulier pour le transport urbain », le groupe défendait la pertinence d’un rapide coup de frein sur les dépenses et affichait ses réserves sur l’intérêt des investissements envisagés pour le Grand Paris « qui ne nous paraissaient pas tout à fait opportuns », défend-il.
Deux ans plus tard, il semblerait que la situation « soit plus mauvaise que nous ne l’apercevions », confie Jean-Noël Chapulut. Saluant aujourd’hui la prise de conscience de la nécessité de parvenir rapidement un consensus politique autour de l’idée de baisser la dépense publique de 50 milliards d’euros d’ici la fin du mandat présidentiel en cours, le Cercle pose légitimement la question de la contribution du transport à cet effort. « Plus que jamais, il s’agit d’opérer un virage d’opinion, voire un virage culturel », estime-t-il.
Alors que la commission Mobilité 21 a rendu ses conclusions en juin dernier, le ministère des Transports a opté pour une feuille de route « plus proche de notre deuxième scénario, sauf pour l’interurbain », souligne-t-il. Côté transport routier de voyageurs, le contexte économique actuel semble avoir apporté son lot de remises en question et encouragé la réflexion. « Nous voyons de plus en plus d’exploitants se poser la question de l’allongement des distances entre les interstations », souligne-t-il.
Reste à présent à confronter la théorie à la pratique. « Sur cette problématique des interstations se greffent celles du développement de la marche et de l’accessibilité », rappelle Jean-Noël Chapulut. Prochain cheval de bataille de l’association: le Grand Paris qui fera l’objet d’un nouveau rapport attendu à l’automne prochain.
