Espérons que personne n’aura l’idée de lancer sur le net un mot d’ordre de mobilisation contre la réforme des collectivités territoriales. Pour peu que 100 000 ou 200 000 personnes se retrouvent dans les rues à cette occasion, il serait tout à fait possible que le projet de loi concerné soit lui aussi reporté aux calendes grecques. Certes, le sujet apparaît d’un genre beaucoup moins idéologique que les dossiers qui agitent aujourd’hui le landernau politico-médiatique, mais tout de même. Pour beaucoup en effet, et par-delà les simplifications qui apparaissent désormais nécessaires à tous ceux qui observent attentivement les difficultés de fonctionnement de ces institutions, la perception des enjeux de cette réforme risque de se limiter au seul terrain de l’identité.
Un autre risque guette, celui qu’à un tel sentiment de perte – réel ou supposé – ne vienne s’agréger le jeu parfois troublant d’élus locaux de tous bords. Beaucoup apparaissent en effet trop souvent désireux de conserver, contre vents et marées, toutes leurs prérogatives. Face à une telle configuration, nous risquons donc d’aboutir très vite au flop alsacien, au refus corse, et aux tergiversations normandes quand, par le passé, il leur fut proposé l’union sous une même bannière administrative.
À croire parfois que la rationalité a définitivement quitté le territoire de l’Hexagone.
Reste aussi à savoir exactement ce que contiendra ce texte avant de le défendre. Et là encore, pas sûr que la "révolution" tant attendue, et plébiscitée par beaucoup dont la Cour des comptes, soit vraiment au rendez-vous. Les discussions autour de la clause de compétence générale – supprimée, réintroduite, et finalement en passe d’être parcimonieusement accordée – n’en finissent pas d’enflammer les esprits. Difficile de dire ce qui en sortira vraiment. De même, le cas de la métropole lyonnaise, exemplaire même si elle est très marquée dans son particularisme, a vu la création d’une nouvelle couche au mille-feuille avec la naissance d’un EPCI. Autant dire que pour la simplification, on repassera.
Bref, dans ce qui va vite devenir un imbroglio aussi incompréhensible du grand public que certaines théories fumeuses, il va falloir rester attentifs. Un jeu qui n’est toutefois pas sans rappeler une époque où l’on discutait du sexe des anges, tandis que s’écroulaient les murs de la cité.
