Fast Concept Car La liquidation judiciaire de Carrier, dernier constructeur d’autocars franco-français a été prononcée le 28 janvier. Cet « accident industriel » sonne-t-il le glas des gammes Scoler et Starter? Fast Concept Car, lui-même en procédure de sauvegarde, est-il en danger? Autant de questions auxquelles Xavier Ringeard répond dans nos colonnes, au nom de Fast Concept Car.
La rapidité avec laquelle la situation de Carrier s’est dégradée depuis octobre 2013, pour aboutir aujourd’hui à la liquidation pure et simple, a pratiquement surpris tous les observateurs du secteur. Comment expliquez-vous l’aggravation soudaine de la situation?
Depuis 2 ans déjà, Carrier connaissait des difficultés économiques importantes. Il s’agit en fait d’un véritable accident industriel, et je tiens à rappeler, pour que chacun comprenne bien, que les rapports entre Fast Concept Car (FCC) et Carrier étaient simples: Carrier traduisait techniquement les demandes commerciales de FCC. C’est vrai que les ventes et les carnets de commandes étaient au rendez-vous, mais les difficultés techniques rencontrées par Carrier sur les Scoler se sont finalement révélées insurmontables. Pour parler plus clairement, disons que le Scoler 4 a connu d’importants problèmes de développement, qui ont d’ailleurs abouti au départ du directeur du bureau d’études de Carrier en 2012, et ont obligé à faire revenir en atelier quelques 150 véhicules sur 2012 et 2013. Les soucis ont finalement été réglés, mais à un coût exorbitant pour FCC et Carrier.
Ces difficultés se seraient donc amplifiées avec l’arrivée du Scoler 5?
Les difficultés de l’entreprise liées aux soucis passés devaient être définitivement réglées avec le lancement du Scoler 5 en septembre 2013. Cependant, Carrier a connu de nouveaux problèmes techniques lors du lancement industriel de cette nouvelle version et n’a pas été en mesure de sortir des véhicules complets de ses chaînes en septembre et octobre 2013. Au niveau de FCC, nous avions mis en œuvre le plus gros budget de communication de notre histoire pour lancer ce produit. Le Scoler 5 était attendu par une bonne partie de la profession, et il est de fait référencé dans la plupart des groupes, preuve de son intérêt. Nous n’avions pas de véhicules à livrer, et non plus les moyens financiers d’aider Carrier dans ses difficultés techniques, du même ordre que celles déjà subies sur le Scoler 4. D’où les décisions que Carrier a dû prendre à ce moment-là.
Les syndicats de Carrier vous reprochent aujourd’hui d’avoir accéléré la production de Scoler 4 durant l’été 2013, selon eux en prévision des difficultés à venir. En d’autres termes, ils vous reprochent d’avoir constitué un trésor de guerre avant la chute. Que leur répondez-vous?
La production n’a pas été accélérée, cependant elle n’était pas au niveau prévu depuis le début de l’année. Ce besoin de livrer nos clients avant la rentrée scolaire liée à la saisonnalité de notre métier et le refus de la grande majorité des salariés concernés de l’entreprise de décaler leurs congés payés, explique pourquoi, l’été dernier, la direction de Carrier a dû faire appel à une entreprise d’intérim polonaise pour faire venir à Alençon une vingtaine de carrossiers susceptibles de finir les véhicules sortis de chaîne non terminés. Il faut savoir que j’ai aujourd’hui encore une vingtaine d’autocars en prêt chez nos clients aux fins de rattraper les problèmes techniques ou de retard rencontrés par Carrier.
Ces mêmes syndicats, par la voix de l’avocat du comité d’entreprise de Carrier, accusent aussi FCC de n’avoir pas payé les autocars livrés jusqu’au dépôt de bilan, asséchant du même coup la trésorerie de l’industriel. Pouvez-vous nous expliquer sur quoi se fondent ces allégations?
Je ne peux que réfuter les prises de position de ces syndicats qui accusent FCC d’avoir mis en difficulté Carrier. En 12 années d’existence, les tarifs des véhicules facturés par Carrier à FCC ont toujours augmenté de 1,5 % l’an, alors que nos prix de ventes ne suivaient absolument pas la même courbe dans un contexte de concurrence mondiale.
Un des derniers griefs à votre encontre concerne les brevets industriels. Toujours selon les syndicats, leur rachat progressif en 2011 et 2012 par FCC aurait été fait à des prix trop modestes, vidant Carrier de ses actifs incorporels, et donc oblitérant toute chance de trouver un repreneur. Que répondez-vous?
Le sujet n’est pas le brevet mais la propriété des modèles, sachant que Carrier a vendu à FCC leur développement à un prix conséquent. J’ai d’ailleurs informé l’administrateur judiciaire, dès l’ouverture de la procédure, que nous étions prêts à les revendre à tout repreneur sérieux dans le cadre d’une poursuite d’activité.
On en arrive logiquement aux questions qui se posent autour de la pérennité du Scoler 5 et du Starter. Entrevoyez-vous aujourd’hui des solutions pour que la production de ces véhicules continue? Et si oui, où?
À ce jour, Carrier n’ayant pas eu de repreneur, nous n’avons pas de solution de remplacement pour produire les Scoler 5 et les Starter. Et pourtant, nous avons un certain nombre d’autocars en commande. À nos yeux, une chose est sûre en tout cas, nous ne serons plus jamais constructeurs. En investissant dans Carrier, nous pensions que le made in France serait pour nous un atout, ce qui le fût trop peu.
Avez-vous tout de même des pistes qui permettraient d’espérer un renouveau de la production?
Actuellement, un certain nombre de cadres et d’agents de maîtrise de Carrier – environ 20 personnes – travaillent à un projet de reprise qui permettrait de produire entre 100 et 150 Scoler et Starter par an à Alençon. Nous essaierons d’accompagner ce projet en distribuant leur production, nous n’envisageons aucune prise de capital dans cette nouvelle structure et nous nous limiterons à la commercialisation. Leur projet a été présenté à l’administrateur, nous pourrons leur fournir la licence de fabrication, des engagements de volume et assurer le SAV. Si la renaissance de Carrier sous une nouvelle forme s’avérait impossible, nous serions amenés à distribuer les véhicules d’autres industriels, mais rien n’a été engagé dans ce sens.
Dans cette logique, que répondez-vous aux opérateurs exploitant des Scoler ou des Starter et qui s’inquiètent de la valeur réelle de leur parc actuel?
Aujourd’hui, la production Carrier représente quelques 5 000 cartes grises dans l’Hexagone, et nous, Fast Concept Car, continuons en toute logique notre travail en matière de SAV, puisque des pièces détachées sont toujours disponibles pour la carrosserie et que, pour le reste des composants, Renault Trucks et MAN assurent les mêmes services qu’avant les difficultés de Carrier. Dès lors, les opérateurs n’ont pas d’inquiétudes particulières à avoir sur la valeur ou l’exploitation de leur parc.
Les dernières interrogations portent sur la situation réelle de Fast Concept Car, qui est pour l’instant sous le coup d’une procédure de sauvegarde, et sur son avenir. Comment l’envisagez-vous?
Nous avons décidé d’avoir recours à la procédure de sauvegarde pour FCC lorsque nous avons compris, courant octobre, que Carrier ne pouvait nous livrer les Scoler 5 et les Starter commandés depuis plusieurs mois. Cette mesure nous permettait de négocier avec nos fournisseurs de châssis, à la fois pour étaler les paiements et geler les commandes en cours. Aujourd’hui, il est clair que FCC est fragilisé et doit se réinventer, notamment en diminuant la voilure. Mais nous voulons rester confiants en notre savoir-faire de concepteur-distributeur. Le Scoler 5 est par exemple un produit parfaitement adapté au marché français, très attendu par les transporteurs et sans équivalent. J’ai donc bon espoir que le projet, que je qualifierais de nouveau Carrier, voit le jour avec les cadres et agents de maîtrise et que nous puissions repartir sur de nouvelles bases.
