Bilan 2013 Avec une croissance de 15 % des immatriculations, l’année 2013 a été très bonne pour les constructeurs sur le marché français.
Ce dernier est redevenu le plus important en Europe. Forte croissance de l’urbain et des minibus, maintien de volumes toujours aussi importants en intercity, nette domination d’Iveco Bus et de Mercedes-Benz, percées de Fast Concept Car et de MAN, etc. L’activité en 2013 a été animée. Retour sur un marché appelé à être bousculé en 2014 par l’Euro VI.
Les filiales cars et bus des constructeurs risquent de s’attirer la jalousie de leurs confrères du poids lourd. Avec une hausse de 14,9 % des immatriculations des véhicules de plus de 3,5 tonnes, le marché français frôle les 7 000 unités annuelles avec 6 963 bus et cars et contraste avec une activité poids lourd au point mort. « C’est une très belle année, supérieure à celle que nous avons connue en 2011, et qui apporte un supplément de 900 véhicules comparé à 2012, ce n’est pas négligeable », se félicite Antoine Garnier, directeur commercial France d’Iveco Bus.
Même constat de satisfaction chez Mercedes-Benz qui souligne la forte croissance du segment des bus urbains, « passé de 1 600 à 1 800 unités et qui concentre un tiers de la croissance du marché », souligne Julien Calloud, directeur commercial de la marque à l’étoile en France. Pour Christian Giraudon, récemment élu secrétaire de la branche bus et cars de la CSIAM (Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle) et directeur des ventes France et Belgique d’Otokar Europe, « 2013 a été une année exceptionnelle, surtout pour les bus urbains, ce qui est assez habituel avant une année d’élections. Elle a aussi été portée en fin d’année par les dérogations Euro V et l’incertitude pour les produits Euro VI, certains clients et groupes ont pu faire le choix d’anticiper leurs achats. »
Le tableau général des immatriculations présente peu de surprises comparé au bilan que nous avions présenté pour les 8 premiers mois de l’année, si ce n’est une précipitation de certaines immatriculations au dernier trimestre et le maintien du pas de deux des leaders concurrents du marché, Iveco Bus et Evobus-Daimler Buses. En termes de parts de marché par marque, Iveco Bus conserve la tête avec 4,3 %, devant Mercedes-Benz qui affiche 29,5 %, Heuliez Bus 7,4 % et Fast Concept Car 4,8 %.
« La bataille a été rude entre les deux grands groupes qui progressent moins que le marché », explique Antoine Garnier d’Iveco Bus. « L’année a démarré tard, surtout dans le segment urbain, créant un déséquilibre dans les plans de charge de nos sites de production, ce qui nous a fait manquer certaines livraisons en fin d’année. Et de poursuivre: « Notre outil de production n’a pas pu suivre la demande en fin d’année, avec les transitions en cours entre les motorisations Euro V et Euro VI et l’introduction des nouvelles gammes sur les lignes. » Le constat est identique chez son principal concurrent.
Avec 499 immatriculations, Iveco Bus se classe troisième du segment, derrière Heuliez Bus, l’autre filiale de CHN Industrial (ex-Fiat Industrial). Le constructeur réussit une belle année passant de 415 à 517 immatriculations et permet aux deux marques de largement dominer le segment.
Toutefois, c’est bien M€rcedes-Benz qui occupe la tête du classement avec 519 ventes, autant dire que la tête du marché de l’urbain se tient dans un mouchoir de poche. « Notre priorité était de placer en tête le Citaro nouvelle génération, nous sommes très contents de ce résultat qui s’est joué au finish en fin d’année », détaille Julien Calloud. Les deux tiers des immatriculations ont porté sur des Citaro standards de 12 m et une centaine d’unités sur des articulés.
Derrière les deux leaders, MAN a également signé une belle année avec sa gamme Lion’s City en faisant feu de tout bois. « Notre part de marché a nettement progressé dans un environnement difficile et très concurrentiel, nous avons connu un certain ralentissement sur les autocars, mais une forte progression sur les bus urbains, l’impact des livraisons à la RATP a été fort, de même que les appels d’offres d’autres villes comme Brest, Perpignan, Lille, Annemasse, sans oublier les marchés avec des commandes moins spectaculaires de deux à une dizaine de véhicules », expose Alain Court, directeur général de MAN Cars et Bus en France. Pour le constructeur, l’urbain nourrit l’essentiel de la croissance de 72 % de ses immatriculations en 2013, ainsi que sa part de marché. Le groupe munichois obtient 4,2 % du marché total des plus de 3,5 t (et 4,9 % sur les plus de 15,2 t) dont 3,9 % pour la seule marque MAN. Cela fait du constructeur allemand le 5e acteur du marché.
Dans le peloton des suivants, on retrouve Volvo Buses et Scania avec de très faibles volumes, mais aussi des ambitions renouvelées. En pleine réorganisation depuis fin 2013, orchestrée par son nouveau directeur général Bernard Meauzoone, Volvo Buses a immatriculé 47 véhicules l’année dernière, toutes catégories confondues, et espère surtout profiter de l’arrivée d’un nouveau responsable commercial bus et d’une offre 100 % hybride pour prendre sa place en urbain.
Enfin, pour Scania, « la réorganisation en cours des équipes commerciales » de Scania France pourrait donner un nouvel élan à sa gamme Citywide qui a enregistré 4 unités en 2013: les premiers Euro VI urbains sur le marché français, à Angers, près du siège de Scania France. « C’est une vraie satisfaction d’avoir pu mettre en circulation ces premiers bus Euro VI en France, nous aurions cependant souhaité décrocher davantage d’appels d’offres, mais la pression du made in France a été très forte dans les dossiers cette année, un an avant les municipales », analyse Julien Jarossay, responsable commercial cars et bus de Scania en France.
À noter que Setra, dont les chiffres d’immatriculations ont baissé de près de 20 % en 2013, a été pénalisé par le retrait de la gamme urbaine 415 et 416 NF de son catalogue, ces modèles n’ayant pas eu de motorisations Euro VI. Commercialisés à 37 exemplaires en 2012, le coup a été rude pour Setra en France.
Les directions des constructeurs étrangers commencent à s’y faire: l’intercity (scolaire et interurbain) est LE segment où il est indispensable d’être présent pour réaliser des volumes dans l’Hexagone. C’est grâce à sa position de leader dans ce segment qu’Iveco Bus conserve sa place pour l’ensemble du marché en France avec ses 1 362 véhicules, soit 45 % des immatriculations en intercity, une position semble une forteresse imprenable.
Second du marché avec 920 immatriculations, Mercedes-Benz ne court pas à tout prix derrière le premier rang. « Nous nous adaptons à la forte pression sur les prix, notamment sur le scolaire où nous offrons, avec l’Intouro, le meilleur rapport qualité prix dans une approche globale LCC [Life Cycle Cost ou coût du cycle de vie, CCV, ndlr]. Cela inclut la qualité Daimler, les systèmes de sécurité, les services, l’après-vente, même si, au final, nos prix d’achat sont plus élevés. Il faut le reconnaître, c’est le Daimler price », analyse Julien Calloud. « Avec 500 à 600 véhicules scolaires, notre position sur le marché est forte et nous chercherons à la maintenir », poursuit le responsable, « mais cette année, nous sommes très satisfaits d’avoir repris la place de numéro 1 dans trois segments, en urbain, tourisme et minibus. »
La bonne performance de l’année est indéniablement à aller chercher en Vendée et dans l’Orne, chez Fast Concept Car qui affiche une progression de 77 %. Avec 333 immatriculations en 2013, dont 177 Scoler et 156 Starter, Fast Concept Car est en plein paradoxe, alors que l’annonce des difficultés de Carrier, qui fabrique ses modèles Starter et Scoler, ont freiné le dernier trimestre. « La nouvelle version du Starter a permis un rebond logique et important des immatriculations, comme c’est le cas à chaque lancement d’une nouvelle version, en passant de 52 à 156 unités. Mais il faut rappeler qu’en 2011, nous en avions immatriculé 252 », explique Xavier Ringeard, Pdg de Fast Concept Car.
Pour le Scoler 4, les problèmes de finition sur les véhicules n’ont pas réduit les ventes, mais freiné la croissance (136 avaient été immatriculés en 2012). « Nous avons tenu les ventes de Scoler 4 grâce à notre service de SAV et au prêt de véhicules, mais à un coût financier énorme, pour réussir à présenter une année commerciale presque normale », explique Xavier Ringeard. Toujours est-il que Fast Concept Car confirme sa place de 3e acteur dans le scolaire-interurbain avec 10,8 % de part, une place convoitée et scrutée avec attention par tous les acteurs du marché. Car Fast a réussi à creuser l’écart avec les autres constructeurs, essentiellement grâce à son positionnement avantageux en prix-équipement. « Nos autocars Regio ont un niveau d’équipement de bonne qualité, mais qui devient un handicap sur les marchés très concurrentiels des lignes », explique Alain Court, directeur général de MAN Cars et Bus en France et qui profite indirectement du succès de son partenaire Fast Concept Car auquel il fournit les châssis des Starter.
Pour Neoplan, la marque haut de gamme de MAN, c’est un recul de 32,3 % de ses immatriculations avec 21 véhicules livrés en 2013, le nouveau Jetliner n’ayant pas encore trouvé le bon rythme sur le marché. Une difficulté que Scania compte résoudre après une année 2013 décevante pendant laquelle un seul Touring, « suréquipé par rapport au marché orienté low-cost », a été immatriculé, ainsi que 21 Higer A30. Le constructeur suédois compte repositionner le Touring, par ailleurs récemment référencé chez Transdev, en portant sa capacité de 49 à 55 places et en créant une version 13 m. Ambitieux, Scania compte atteindre en 2014 le seuil symbolique des 100 immatriculations, contre 28 en 2013 (+ 47,4 % comparé aux 19 unités de 2012), essentiellement grâce au Higer A30. Une approche low-cost qui fait le bonheur de certains comme HCI, distributeur de King Long, qui a enregistré 70 immatriculations en métropole et 84 Dom-Tom inclus, notamment composées de 35 Fortem, 30 Citeor en 12 et 13 m.
Dans les gabarits plus petits, la croissance est aussi au rendez-vous: le secteur des minis et midis peut même se targuer de réaliser la plus haute croissance en 2013, avec + 27,8 %. Otokar réalise une forte poussée en doublant quasiment le nombre de ses immatriculations, passant de 88 à 144 en 2013, une des plus importantes progressions du marché avec + 63,6 %. Ce coup de pouce est essentiellement dû à son distributeur Fast Concept Car qui réalise 106 ventes de Navigo et 30 Vectio. Les équipes commerciales d’Otokar en France ont aussi eu leur rôle, elles ont bouclé leur première année d’exercice avec 43 véhicules dont 3 Centro, 12 Vectio « qui rencontrent une forte demande en version urbaine » et 8 Territo U dont « l’homologation tardive nous a fait perdre d’autres ventes possibles », explique Christian Giraudon, « c’est une bonne année 2013 pour Otokar qui s’est bien placé sur le marché du midicar », se félicite le directeur des ventes France et Belgique.
Également en progression, Temsa, distribué par Dietrich Carebus Groupe, qui a immatriculé 229 véhicules (+ 31,6 %). Dans le segment plus spécifique des minibus, on trouve les deux mastodontes du marché, Iveco Bus et Mercedes-Benz. « Les minis ont grandi avec des capacités de transport de plus de 35 personnes et des tonnages de 7,2 t pour nos châssis Daily. C’est une solution plus économique qui est recherchée et qui fonctionne bien, notamment pour Iveco Bus et avec ses partenaires comme Vehixel et Indcar », explique Antoine Garnier, directeur commercial d’Iveco Bus en France. Changement de marque vers Iveco Bus oblige, certaines immatriculations de véhicules lourds Irisbus ont été classées sous le nom de Iveco, traditionnellement réservé aux minibus Iveco Daily et aux versions châssis (70C14 et 70C17) qui ont par ailleurs connu une forte progression de leurs ventes.
Même constat pour Patrick Damian, directeur adjoint réseau et minicar de Mercedes-Benz en France: « les minibus offrent des coûts d’exploitation plus abordables et on assiste aujourd’hui à une recherche d’efficience dans les réseaux de transport scolaires ou interurbains qui font comparer l’exploitation d’un mini plutôt qu’un standard 12 ou 13 m, en scindant un circuit en deux ou en le complétant avec ce genre de véhicules par exemple. » Une tendance en tout cas porteuse pour Mercedes-Benz, qui enregistre une croissance 51,6 % de ses immatriculations, passant de 255 à 387 unités en 2013 avec une part de marché de 33,2 %. « C’est une excellente année pour nos Sprinter, que ce soit en scolaire ou en urbain avec 50 % des ventes réalisées par le City 65 et 30 % pour le City 35. Mais nous souhaitons répondre à davantage d’appels d’offres en 2014, également en versions lignes tourisme avec les Travel 45 ou le 65, lancé en 2013 », explique le responsable qui mise, pour 2014, sur le lancement des nouveaux Sprinter en motorisation Euro VI.
Emblématique mais en manque de croissance, le marché de l’autocar de tourisme est resté stable (+ 0,3 %) avec 711 unités immatriculées. La saison des commandes pour ce marché bat actuellement son plein et elle est à cheval sur deux années civiles. Mais le bilan 2013 consacre Daimler Buses-Evobus qui cumule 292 immatriculations avec ses marques Mercedes-Benz (188 Tourismo et 6 Travego) et Setra (98 unités au total dont 54 ComfortClass 400 et 18 ComfortClass 500), devant Iveco Bus (126 immatriculations).
Contrairement à son offre urbaine, Setra bénéficie donc de meilleures conditions avec son offre tourisme, entièrement revue et passée en Euro VI en 2013 avec le lancement de la ComfortClass 500, Coach of The Year 2014, comme de la TopClass 500. « Le marché a réservé un très bel accueil à nos nouveaux produits, les retours de nos clients sont très bons, nous sommes très satisfaits de notre nouvelle gamme, malgré une légère baisse des ventes de 111 à 98 cars tourisme et grand tourisme comparé à 2012. Elle est liée à la transition en usine entre les deux versions », explique Matthias Kussmaul, directeur commercial en France de Setra.
Situé au 4e rang, MAN affiche 60 immatriculations de son modèle Coach, « dont la valeur est de plus en plus reconnue sur le marché », assure Alain Court.
Le report d’immatriculations liées aux dérogations Euro V alimente déjà les statistiques du premier trimestre 2014. Les perspectives semblent donc bonnes, mais le reste de l’année est plus incertain. « Notre carnet de commandes couvre 3 à 4 mois d’activité et correspond à notre objectif de préserver nos volumes au premier trimestre, alors que les stocks Euro V vont affluer sur le marché pour les constructeurs qui ne sont pas encore prêts pour Euro VI, contrairement à MAN », estime Alain Court de MAN Cars et Bus. Même constat chez Iveco Bus, avec « un carnet de commandes supérieur à celui de l’an dernier, nous entamons la phase de transition de la production en Euro VI, même si nous avons déjà livré et immatriculé des véhicules Euro VI dans toutes les gammes fin 2013, des véhicules de démonstration, mais aussi pour des livraisons commerciales », explique Antoine Garnier d’Iveco Bus.
L’exercice 2014 risque toutefois d’être digne de celui d’un équilibriste. « Le premier trimestre sera plus chargé que d’habitude, le deuxième pourrait connaître un creux, au lieu d’être, comme c’est le cas habituellement, une période de commandes, ce qui me laisse penser que le deuxième semestre sera une période de forte activité et de rattrapage pour terminer en léger repli comparé à 2013. »
Pour Mercedes-Benz, « toute notre production est déjà passée en Euro VI, nous sommes sereins pour attaquer ce nouveau cycle de produits en Euro VI, car, en technique comme en service, nous sommes prêts depuis 2 ans, nos véhicules roulent déjà », assure, confiant, Julien Calloud pour Mercedes-Benz.
Reste une inconnue: quand le marché donnera-t-il le top départ des commandes Euro VI pour assurer les livraisons de la rentrée, sans créer d’embouteillages dans les lignes de production?
Avec 140 hybrides immatriculés en France en 2013, le marché n’est pas encore réellement né. « Mais 2014 sera une année de transition, on sent un intérêt réel et plus seulement des projets », analyse Antoine Garnier, confiant grâce aux « 88 % de part de marché pour CNH Industrial, essentiellement grâce à Heuliez Bus. »
Derrière, Van Hool et surtout MAN prendront une part plus importante du gâteau en 2014, notamment en GNV pour le dernier qui affiche ses ambitions. La création d’un deuxième dépôt RATP par le Stif pourrait faire renaître l’intérêt du GNV en France avec le renouvellement des parcs existants ou leur développement.
