Voilà donc que la misère gagne désormais le transport public dans son ensemble. La victoire du raz de marée breton anti-écotaxe a finalement asséché une partie des sources de financement du secteur. Entre l’argent qui ne rentre pas et la somme qu’il faudra sans doute rembourser un jour ou l’autre à la société Écomouv’ pour rupture de contrat, l’État semble avoir perdu une bonne partie de sa marge de manœuvre en terme de ressources pour le transport de voyageurs. Même une hypothétique vente des portiques au prix de la ferraille ne permettra pas d’inverser la tendance, un feu de paille comme on dit… Bref, les collectivités se trouvent désormais orphelines, avec sur les bras une centaine de projets répertoriés, pour certains déjà en cours de réalisation. Autant dire que celles qui persévèrent à vouloir répondre aux besoins de leurs administrés se retrouvent face à un choix limité: augmenter les impôts locaux ou recourir à l’emprunt pour compenser une perte pouvant aller jusqu’à 20 % du montant de la facture.
Pas étonnant donc qu’à quelques semaines d’une échéance électorale qui pourrait bien remettre en question certains équilibres, le sujet fasse polémique, et embarrasse à peu près tout le monde. Un phénomène d’autant plus inquiétant que le temps ne joue en faveur de personne. Pallier l’engorgement de certains réseaux coûtera forcément plus cher demain qu’aujourd’hui. Par ailleurs, on voit mal, au regard de sa popularité et de ce que l’on perçoit de sa pugnacité, comment le gouvernement actuel pourrait remettre sur la table l’écotaxe et affronter avec fermeté un nouvel embrasement des campagnes. À moins que le miracle du remaniement ministériel, si cher à la Ve République, ne trouve là une possibilité d’expression que pourtant peu d’observateurs lui prêtent encore…
Reste bien une solution: l’appel aux dons. Si chaque citoyen responsable mettait demain un petit billet de dix euros au pot, la perte de l’écotaxe se verrait largement compensée. Et bien gérée, la somme ainsi collectée servirait la juste cause. Bien sûr, tout cela pourrait s’apparenter à un nouvel impôt, mais au moins, tout le monde saurait clairement à quoi il sert. Et puis, geste fort en gage de bonne foi, les collectivités s’engageront à déposer les comptes de leurs projets de transport dans une pièce scellée! C’est à la mode.
