Portrait Ingénieur du corps des Mines de formation, Frédéric Baverez a décroché son deuxième rôle phare chez Keolis France en janvier. Aujourd’hui, directeur général France au niveau du groupe et Pdg d’Effia Stationnement, il orchestre la mise en scène d’une chaîne de mobilité de bout en bout.
Le premier acte de son parcours professionnel, Frédéric Baverez (51 ans) l’a joué dans un registre plutôt économique. Chef de la division du développement industriel à la DRIR Alsace (ex Dreal) de 1988 à 1991, il a fait ses premières armes dans l’accompagnement d’entreprises pour le développement de leur activité. Travaillant directement sous la tutelle du préfet, il s’est ainsi familiarisé avec des intrigues et des secteurs très variés. « J’étais parfois en charge de dossiers inattendus », se souvient-il.
Trois ans plus tard, il fait son entrée à l’administration du Trésor. Rapporteur au Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), qu’il définit volontiers comme « Samu des sociétés en difficulté », c’est sur leur pérennité qu’il planche. Une période durant laquelle les taux d’intérêts élevés avaient conduit à « une hécatombe chez les petites et moyennes entreprises », rappelle-t-il. Son job: distinguer les difficultés conjoncturelles et opérationnelles rencontrées par les sociétés, mais aussi essayer de savoir « si les dirigeants n’avaient pas su négocier certains virages », précise-t-il. Son objectif: faire émerger un consensus entre les actionnaires contraints de vendre, les banquiers amenés à abandonner leurs créances, les salariés en restructuration et les repreneurs en situation de risque. « Chacun devait faire un effort pour sauver quelque chose. A posteriori, j’éprouvais beaucoup de satisfaction à voir des sociétés rebondir », confie-t-il.
En guise de dernière scène du parcours de Frédéric Baverez dans l’administration: devenir conseiller technique au cabinet d’Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État aux Transports, de 1995 à 1997. Cette fois, c’est aux sociétés publiques qu’il donnera la réplique. « Ce que j’avais fait au cours des trois années précédentes était inopérant pour une structure publique », note-t-il.
Le deuxième acte de sa carrière le conduira à basculer dans le privé. À peine deux mois après la fusion de Suez et la Lyonnaise des eaux, il rejoint Suez Environnement en septembre 1997, en tant que directeur délégué à la direction générale de SITA, filiale spécialisée dans la valorisation des déchets. « Un métier intéressant, car il concernait directement l’aménagement et la gestion des villes. » À l’époque, le métier amorçait une profonde mutation vers le recyclage. Propulsé président directeur général de la SITA Île-de-France, l’un de ses premiers chantiers était d’appliquer la réforme des 35 heures aux 3 500 salariés qu’il dirigeait. « Pour réussir, il a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie, car la plupart d’entre eux étaient dans une logique de travailler plus pour gagner plus », explique-t-il.
Huit ans après son arrivée à la SITA, il est muté par la holding qui le nomme directeur général adjoint en charge des fusions et acquisitions, puis directeur de réduction des coûts et des achats du groupe. Le scénario qui lui a été confié: améliorer les performances opérationnelles et réaliser des économies sur les investissements.
Dernier acte: l’aventure Keolis. Casté en 2005 par Michel Bleitrach qu’il a déjà croisé chez Suez Environnement et qui vient d’hériter de la présidence de l’entreprise, il devient directeur général adjoint en charge des opérations, des projets et de l’innovation. Pour son immersion dans le transport public, il met le cap sur Lens-Béthune au sein du réseau Tadao, puis sur Lille au sein de Transpole. Si la branche nouvellement créée réalise un chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros au moment de son arrivée, « en huit ans, nous sommes parvenus à doubler sa taille et son périmètre », revendique-t-il. Une expansion qui lui sert de tremplin, puisqu’il devient directeur général adjoint France en charge de la zone Est, l’une des trois entités géographiques de l’entreprise avec l’Ile-de-France et l’Ouest.
Alors que le groupe ajoute une corde à son arc en prenant, le 5 février 2010, le contrôle d’Effia Stationnement, il s’en voit confier la présidence en 2011. Si à l’époque l’entreprise gère 65 000 places contre 115 000 aujourd’hui, elle a décliné son cœur de métier à d’autres activités complémentaires comme l’information voyageurs, le vélo en libre-service, le courtage en achats de transport public ou le transport à la demande.
Frédéric Baverez a officiellement pris la direction générale de Keolis France au 1er janvier dernier, mais il n’a pas pour autant lâché son mandat chez Effia. Une double casquette qu’il assume en reconnaissant que « le contrôle d’Effia a permis à Keolis d’être présent sur toute la chaîne de mobilité. » Une distribution avec laquelle il doit désormais composer.
• 1988-1991: chef de la division Développement industriel à la DRIR Alsace
• 1991-1995: rapporteur au Comité interministériel de restructuration industrielle
• 1995-1997: conseiller technique au cabinet d’Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État aux Transports
• 1997-2002: directeur délégué à la DG de SITA puis Pdg SITA Île-de-France
• 2002: DGA Suez environnement
• 2003-2005: directeur de réduction des coûts et des achats du groupe Suez
• 2005: DGA en charge des opérations, des projets et de l’innovation, puis DGA Est Keolis
• 2011: Pdg Effia
• 2014: directeur général de Keolis France
