Technologie Nombre d’États, de collectivités territoriales, d’autorités organisatrices et d’exploitants se mettent à l’intermodalité et à l’interopérabilité. Cela est possible grâce à l’implication des nombreux équipementiers et prestataires du secteur. Voici un rapide tour d’horizon de quelques acteurs du domaine de la billettique.
Si les technologies évoluent, c’est aussi le cas du domaine commercial. ACS est devenu Xerox; ERG, après s’être appelé VIX ERG, a fini par s’appeler VIX et ses derniers développements portent sur les terminaux TP5700 incluant lecteur de cartes sans contact, communications LAN, RS422, RS232 et port Ethernet. Le terminal peut piloter des valideurs (comme la série VIX V6000 qui combine titres sans contact et tickets) et dispose de sa propre imprimante. Preuve de la porosité nouvelle entre billettique et systèmes d’aide à l’exploitation, la console VIX DC6000 qui peut piloter aussi bien des valideurs que les girouettes, les informations sur le véhicule, les annonces sonores et visuelles, etc.
Dans la même logique, VIX commercialise l’ordinateur EB6000 permettant d’offrir aux systèmes embarqués les fonctions nouvelles de communication à distance (GPRS et LAN). Cela permet de mettre à niveau les matériels sans reprendre l’investissement à zéro.
Il y a quelques années que Schlumberger a abandonné son nom d’origine, depuis depuis sa séparation de la maison mère, pour devenir Parkeon, un nom qui ne reflète pas tout à fait l’étendue des métiers de l’entreprise.
De nouveaux venus s’ajoutent aux acteurs historiques: INIT, AEP et consorts. INIT a développé un ordinateur de bord, l’EVENDpc sous Windows XP, qui peut éditer des titres de transport (imprimante intégrée) tout en gérant des fonctions SAEIV comme les annonces aux arrêts. Il communique également via GPRS, EDGE et WLAN. Il permet aussi la validation en montée et descente pour les titres sans contact. Pour les échanges de données sécurité, 4 entrées SAM sont prévues. Un véritable ensemble tout en un. L’Italien AEP propose un pupitre conducteur avec imprimante intégrée, le CDB-5 Plus qui, outre sa liaison GPRS, peut être couplé à un GPS et effectuer de lui-même la variation dynamique de la tarification. La version CDB-6 Plus est évolutive et fonctionne sous Linux, Windows ou Androïd. Pour limiter les risques d’obsolescence, AEP produit le valideur Futura 4A/MX, très complet: il peut traiter les tickets papier avec piste centrale ou latérale dans tous les sens d’insertion (tickets Edmonson). Il est conforme aux spécifications Calypso 3.1, tout en bénéficiant d’une architecture ouverte. De son côté, l’AEP Futura 3B repose sur un système d’exploitation sous Linux. L’écran tactile peut diffuser des films publicitaires géolocalisés (une fonctionnalité également mise en avant chez Parkeon). Le lecteur sans contact peut traiter les cartes aux standards Calypso, DesFIRE, MIFARE et les cartes bancaires EMW sans contact. Il intègre aussi la lecture de codes barres et QRCode.
Des spécialistes des SAEIV, comme Moviken SLE, s’intéressent aussi à la billettique via des systèmes SAE embarqués (le Phoebus par exemple). Effia Synergies quant à lui propose la vente de titres sur Smartphones et/ou tablettes (une expérience est en cours avec la SNCF dans 4 régions françaises). Le choix pour les exploitants, les collectivités et les autorités organisatrices existe bel et bien.
Parkeon a généralisé les valideurs, pupitres et automates fonctionnant sous Androïd. La firme étend aussi l’offre des valideurs et terminaux fonctionnant avec des cartes bancaires EMW sans contact. Seipra Score commercialise les équipements Elgeba, dont le TIControl 400 pupitre qui peut être associé à un valideur et à des fonctions de SAEIV. Il communique via GPRS, UMTS, WiFi, WLAN et LAN. Son interface est personnalisable et peut, en option, disposer d’un terminal de paiement CB avec carte à puce.
Thales a fourni, pour les Pays-Bas et le groupe Transdev, la solution billettique intermodale multi-opérateurs qui permet, avec une seule carte, d’utiliser tous les réseaux publics du pays. Un système qui doit gérer 5 millions de transactions par jour! Le Danemark serait intéressé cette expérience. La firme fournissant aussi des logiciels et des centres de contrôle, les échanges de données sont donc possibles entre les systèmes billettiques et les systèmes d’aide à l’exploitation. L’objectif est l’agglomération des données, les fameux big data.
Thales a également franchi le pas de la commercialisation de rechargement de titres via téléphone mobile avec l’application M-Topup, ce qui dispense de passer par un guichet ou un automate. Xerox (ex ACS) commercialise un valideur interactif, le VPE420, qui peut, en plus des fonctions de validation de titres sans contact, servir d’outil d’information voyageurs, aussi bien sonore que visuel (une fonction qu’AEP exploite aussi sur le Futura 3B). Xerox y ajoute des fonctions tactiles, ce qui en accroît la personnalisation.
Longtemps parent pauvre en matière d’image, le transport scolaire se met au niveau des réseaux publics de transport. UBI Transports, basé à Mâcon, développe une solution très légère utilisant Bluetooth/RFID/NFC sur Smartphone. Appelée 2School, elle est développée depuis 3 ans, testée depuis 18 mois sur la Saône-et-Loire et bientôt déployée sur l’ensemble des lignes scolaires du département. Oberthur est le partenaire technique pour l’édition des supports physiques. Les motivations de l’autorité organisatrice étaient la sécurisation des passagers (on sait combien les médias aiment s’emparer de faits divers autour des enfants) avec une véritable traçabilité, et une optimisation des réseaux pour mieux connaître l’utilisation réelle et l’occupation effective des véhicules. Enfin, le troisième objectif de l’AO était la fidélisation et l’amélioration de l’image de marque en valorisant le transport scolaire pour les élèves, grâce à des supports high-tech. Autre atout: le transporteur est déchargé du pointage des élèves lors de la validation. Pour les exploitants, l’avantage est d’assurer le suivi des tournées (par exemple pour répondre aux parents d’élèves) et la correspondance entre ce qui est facturé et réalisé. L’intérêt est plus marqué pour les grands exploitants qui peuvent ainsi mieux suivre les véhicules. De plus, ce couplage entre un mini SAE et les mouvements de passagers via les validations se fait à un prix bien moindre que pour un système billettique de réseau urbain, tout en étant interopérable.
Avec certains équipements sans contact, on peut effectuer des tarifications au réel ou du post-paiement. En effet, par détection à la montée et à la descente, il est possible de prendre une mesure précise des voyages faits par un passager. Outre l’équité du système, c’est intéressant car cela permet de connaître la réalité du trafic voyageurs via le système billettique, sans recours à d’autres systèmes comme le comptage. Cette révolution dans le transport public induirait un coût au kilomètre parcouru. D’ores et déjà, certains équipementiers sont prêts, comme Xerox avec le système interopérable Atlas. Qu’il paraît loin le système des sections autrefois en vigueur à la RATP!
Dans le domaine de l’interopérabilité, les régions ont un rôle important. Il y a bien sûr le rôle historique de l’Île-de-France, mais de nombreuses collectivités territoriales ont emboîté le pas.
Jusque-là en retrait, la région Bourgogne s’y est mise avec Mobigo et une carte billettique interopérable. À ce jour, seuls les réseaux Divia (transports urbains de Dijon) et Transco (interurbain de la Côte-d’Or) étaient équipés pour lire les badges Mobigo. En juin 2014, c’est le réseau Zoom de Chalon-sur-Saône qui rejoindra la plateforme.
Une option d’autopartage (Mobigo autopartage) est disponible depuis la fin 2013 via le service Citiz sur Dijon. Sous la même marque, comme pour l’agence Oise Mobilité, on retrouve des services d’information tels que le site internet (www.mobigo-bourgogne.fr) ou la ligne téléphonique 03 80 11 29 29. Le site internet, rénové récemment, inclut les horaires des 14 réseaux de Bourgogne, soit la totalité des autorités organisatrices du territoire concerné. Le portail accueille aussi les services Mobigo covoiturage et Mobigo autopartage.
Les régions Bretagne (KorriGo) et Haute-Normandie (Atoumod) ont déjà avancé.
Mais c’est la région Rhône-Alpes qui vient de frapper un grand coup, en votant, le 20 février, la délibération relative à la convention de groupement de commande pour la création de la centrale OùRA. La région devient mandataire des 27 autorités organisatrices établies sur son territoire. Le contrat porte aussi bien sur les serveurs que sur l’équipement des réseaux qui seront à remettre à niveau en ce qui concerne les valideurs (cas par exemple du réseau du conseil général de l’Ain). C’est un marché de 14 millions d’euros qui court sur 8 ans, dont 2 consacrés au développement et déploiement. La centrale OùRa (réédition d’un badge, remontées d’information sur les validations et transactions, mise en commun des informations billettique, interopérabilité, etc.) devra être opérationnelle au printemps 2016. D’ici décembre 2014, date de l’appel d’offres, un « dialogue compétitif » avec auditions est prévu avec huit représentants d’autorités organisatrices établies sur le territoire.
Pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage, c’est SETEC ITS qui a été retenu. Patrice Morandas, de la région Rhône-Alpes, analyse: « il s’agit de prolonger la démarche et d’apporter des améliorations à l’existant. Via la commande groupée, cela va permettre à des réseaux de s’équiper. Il reste à effectuer un travail sur la tarification pour donner de la cohérence et assurer une attractivité sans remettre en cause le financement des réseaux. » Comme le rappelle la directrice des transports au conseil général de l’Ain: « nos clients se soucient peu de savoir s’ils voyagent avec un car des transports de l’Ain, puis un TER de la région Rhône-Alpes, ce qu’ils demandent c’est un service qui les amène à destination aux horaires et aux fréquences qui leur conviennent ». Une leçon d’humilité à méditer!
