Maîtriser l’avenir Aux commandes depuis bientôt 3 ans, Jean-Baptiste Maisonneuve souhaite faire franchir une nouvelle étape à son entreprise, en étoffant la gouvernance opérationnelle sans renier les valeurs historiques de la société. Accessibilité, maîtrise des finances, réforme des métropoles, poids des grands groupes, nouvelles technologies… le président revient sur les grands sujets du secteur et les développements, achevés ou en cours, des Autocars Maisonneuve.
En parcourant le Beaujolais, une idée pourra émerger dans les pensées du visiteur: certaines choses sont faites pour changer et d’autres pour être immuables. Des vignobles de renom de Bourgogne aux activités économiques et industrielles dynamiques, le Beaujolais « a gardé cette double identité », confirme Jean-Baptiste Maisonneuve, président des Autocars Maisonneuve (dont le Beaujolais est le bassin d’origine).
Et si ce trait de caractère local, mélange de préservation des racines et de poursuite de la modernité, définissait aussi l’identité des Autocars Maisonneuve? À l’image des PME du secteur, l’entreprise se prépare à ajouter un nouvel épisode à son histoire. Toujours en progression, elle a démarré en 1962 avec l’installation de Robert Maisonneuve dans la région, il achète alors Les Cars Beaujolais et ses 7 autocars. Depuis 3 ans, Jean-Baptiste Maisonneuve occupe la présidence de l’entreprise. Il a pris la suite, par rachat de parts et endettement, de Jean-Paul et Daniel Maisonneuve, respectivement père et oncle. « Le passage de témoin est réussi, la transition a été saine et s’est faite dans le temps, depuis 2006. Mon père m’a accompagné pendant 18 mois, jusqu’en mai 2013. Aujourd’hui, je souhaite revoir l’organisation de l’entreprise pour apporter plus de transversalité, pour que tout passe moins par la présidence mais aussi par des niveaux hiérarchiques intermédiaires, comme un directeur général délégué par exemple », explique le petit-fils du fondateur. Une meilleure gouvernance générale qui vient s’appuyer sur les évolutions passées (création d’un poste de responsable lignes régulières en 2007, de délégué aux transports scolaires en 2009, de directeur d’exploitation adjoint début 2014) et sur l’expertise apportée depuis septembre 2012 par Estelle Maisonneuve (ex Transdev Lyon) en audit et gestion de projet. « Nous avons eu besoin de constituer des équipes expertes pour répondre aux appels d’offres très complexes, même les plus petits », rappelle Jean-Baptiste Maisonneuve.
L’évolution de l’entreprise s’est imposée autant par les changements structurels du secteur que par les innovations impulsées et souhaitées par Autocars Maisonneuve pour ses marchés et son activité. Présent dans trois départements, principalement le Rhône, mais aussi l’Ain et la Loire avec 5 sites (Belleville, Mâcon, L’Arbresle, Feurs, Mornant), le transporteur est actif sur les trois domaines habituels, scolaire, régulier et transport occasionnel touristique. « L’exercice a été conforme à ce qui était prévu. L’occasionnel a été stable, même si on sent davantage les difficultés économiques du moment », analyse Jean-Baptiste Maisonneuve. En revanche, sur le régulier, 2013 a été une année majeure avec le démarrage du marché des transports des Cars du Rhône en juillet, et le début des opérations du contrat du Rhône en septembre qui présentait plusieurs nouveautés. « Le département a fait 5 lots en DSP, c’est un changement profond, avec un seul interlocuteur par lot. Notre taille et notre savoir-faire nous ont permis de décrocher un des lots, celui du Beaujolais, qui couvre un cinquième du département, c’est le plus étendu. » Sous-traitant de Transdev et Keolis dans les autres lots, « l’offre de lignes a été totalement remise à plat, y compris le TAD ».
Dans les autres départements, Autocars Maisonneuve est présent dans le réseau TIL de la Loire et le réseau de l’Ain, car.ain.fr, notamment entre Mâcon, Belleville et Bourg-en-Bresse. Pour 2014, les niveaux attendus sont les mêmes qu’en 2013, peu de marchés étant remis en jeu, « excepté un renouvellement en scolaire dans la Loire ».
Les sujets de vigilance ne manqueront pas pour cette année, qu’ils soient réglementaires, institutionnels ou industriels. À commencer par exemple par le projet de rapprochement du Syndicat mixte du Rhône avec le Sytral, lié au redécoupage territorial. S’il est mené à terme, en 2015, les contrats interurbains du Rhône seront mêlés à ceux de l’urbain. Un changement d’organisation qui ne serait pas neutre en termes d’accès au marché. « Il faut garder un allotissement fin pour permettre aux PME d’être sur le marché, soutient Jean-Baptiste Maisonneuve. Aujourd’hui, avec Berthelet, nous sommes les deux seules PME en contact direct avec le département. S’il y a peu de différence économique avec une sous-traitance, le problème se situe plus sur la perte d’autonomie. Qu’une collectivité fasse plusieurs lots, d’accord, mais elle doit rester vigilante, car sinon, cela risque de renforcer la concentration autour des grands groupes. »
Pour continuer d’exister à côté des grands groupes, la vigilance financière est de rigueur. « C’est un métier complexe et nous recherchons un taux de rentabilité correct, nous arrivons aujourd’hui à ne pas participer à la course à la taille et à la croissance, qui est une erreur pour le secteur je crois. Différentes tailles d’entreprises sont possibles, tout dépend du territoire, et le risque de tirer sur les prix des appels d’offres accroît la fragilité des entreprises », analyse Jean-Baptiste Maisonneuve. Les sujets à risque pour les finances de l’entreprise ont été ciblés. Illustration avec l’équipement des éthylotests embarqués, « nous avons fixé un plan d’investissement pour être prêts pour septembre 2015 », ou encore l’accessibilité. Sur ce sujet, le transporteur a commencé à s’y préparer en recevant 11 Starter LE de Fast Concept Car. « Nous attendons de savoir ce qu’il en sera pour le scolaire, mais plutôt qu’une obligation de moyens, il faudrait plutôt parler d’obligation de résultats: si sur une ligne, on compte un enfant en UFR, alors il est normal d’avoir un véhicule adapté, mais dans le cas contraire, ce serait beaucoup d’argent de mobilisé. »
Face à ces changements structurels contraints et aux capacités financières des grands groupes, Autocars Maisonneuve souhaite conserver son agilité dans ses démarches d’innovation et de qualité. Ainsi, la création en 2007 du nouveau siège de la société, à Belleville, « construit sur mesure en fonction des flux de circulation de nos véhicules ». Son architecture sera reprise pour le nouveau site de Mâcon, fin 2014, « plus fonctionnel, plus adapté, dans une nouvelle zone plus modulable et aussi plus proche de la sortie de l’autoroute ».
De même, l’outil informatique de géolocalisation, lancé dès 2005 sur les lignes régulières, est en cours de déploiement sur les lignes scolaires. L’outil évolue et équipe désormais 100 véhicules.
Côté matériel roulant, c’est la constance qui apparaît dans les investissements pour « conserver notre moyenne d’âge de 5,5 années ». « Notre politique est de travailler avec un petit nombre de constructeurs et d’avoir un parc homogène, c’est un bon calcul en exploitation, ainsi qu’au niveau de l’atelier pour les pièces et la formation des mécaniciens », explique Jean-Baptiste Maisonneuve. Deux constructeurs ont ainsi aujourd’hui la préférence du transporteur: Van Hool (TX16) et Fast Concept Car (Scoler 2 et 3, Starter LE). Mais on relèvera quelques exceptions. Mercedes-Benz équipe la flotte de minibus avec des Sprinter et, très prochainement, un Setra TopClass 516 HDH rejoindra le parc, « ce sera notre navire amiral et de prestige, l’un des premiers livrés en France, et historiquement, nous avons toujours eu des Setra ».
• Chiffre d’affaires 2013, 21,2 millions d’euros dont:
– 50 % en scolaire
– 25 % en lignes régulières
– 25 % pour le tourisme occasionnel
• 300 collaborateurs
• 243 conducteurs
• 250 autocars dont 30 véhicules de grand tourisme
• 5,5 ans, âge moyen de la flotte
• 8 300 000 kilomètres parcourus annuellement
