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La Bretagne ouvre le métier de conducteur aux handicapés

Égalité Parce qu’elles ont obtenu l’avis favorable de médecins spécialisés en réadaptation, les préfectures autorisent désormais les personnes handicapées à passer le permis D.

Jusqu’à présent, il est à peu près impossible aux conducteurs de bus et de car perdant l’usage d’une main ou d’une jambe de récupérer leur permis D, et à un handicapé physique de le décrocher car il est déclaré d’emblée inapte. Mais ces derniers temps, Marie-Christine Guilgars, ergothérapeute au centre de réadaptation fonctionnelle de Kerpape, près de Lorient, voit ses patients handicapés physiques devenir professionnels de la route. Un ex-chauffeur routier du Morbihan, amputé d’un bras il y a vingt ans à la suite d’un accident, vient de reprendre son métier. C’est que la Bretagne inaugure depuis septembre une nouvelle méthode qui donne, ou redonne, aux handicapés physiques l’accès aux métiers de la conduite. Une campagne de promotion nationale vient d’être lancée sur le thème Dans les métiers du transport, le handicap n’est pas un poids.

Compensation du handicap dans les véhicules

En Bretagne, la nouveauté s’appelle Prestation d’évaluation des capacités fonctionnelles. C’est le résultat de cinq ans de travail, localement, du secteur du transport. L’Agefiph(1), aidée par les fédérations nationales du transport routier et de voyageurs (FNTR et FNTV), l’AFT-Iftim(2), des médecins et des rééducateurs, a planché sur une sorte de nouveau parcours qualifiant. « J’ai réuni tous les professionnels concernés, raconte Laurent Pottier délégué régional de l’Agefiph, ces décideurs que la personne handicapée, désireuse d’obtenir son permis, affronte l’un après l’autre dans son parcours du combattant. Nous cherchions une alternative à l’échec systématique. Or, le handicap se trouvait en fait bien plus dans le regard de tous ces spécialistes, chacun se concentrant sur ce qui n’allait pas au lieu de considérer aussi ce qui allait bien, comme la volonté de ces personnes. Nous avons aussi donné une place aux adaptations des véhicules aux handicaps. »

L’obstacle ultime pour tout handicapé, c’est la commission préfectorale: des médecins généralistes y autorisent ou pas les handicapés à passer ou à repasser le permis. En Bretagne comme ailleurs, en présence d’une personne handicapée, les textes les conduisaient à dire non. Grâce à la Prestation d’évaluation des capacités fonctionnelles, la personne complète maintenant sa demande par un avis de spécialistes en médecine physique et de réadaptation. Cela concerne sa capacité et les conditions à suivre pour qu’elle puisse tenir son rôle en vrai professionnel, notamment s’agissant des équipements de compensation des handicaps sur les véhicules. À Rennes, depuis septembre, les médecins généralistes de la commission préfectorale ont suivi l’avis des spécialistes et une trentaine de permis D ont été délivrés.

Un seul centre en France

Pour établir cet avis, les capacités de la personne handicapée sont d’abord analysées sur simulateur de conduite. À Rennes, celui de l’AFT-Iftim dispose de tous les appareils de compensation des handicaps possibles: boule au volant, inversion des commandes aux pieds, boîtiers de commandes, commandes vocales, boîtes de vitesse automatiques (désormais obligatoires sur les véhicules neufs), etc. Cela représente un investissement de 15 000 euros.

Un formateur et un ergothérapeute examinent le candidat dans les conditions réelles d’exercice du métier qu’il a choisi. Conducteur de car, il doit pouvoir porter assistance aux passagers par exemple. Au vu du rapport du formateur et de l’ergothérapeute, un médecin spécialiste en réadaptation physique, après avoir vu le candidat, indique les conditions d’exercice dans lesquelles il peut exercer le métier. C’est autant de restrictions qui seront apportées sur son permis. Si les médecins de la commission préfectorale donnent leur feu vert, la personne n’a plus qu’à passer, ou repasser, le permis de conduire. Encore faut-il, pour sa formation d’environ quatre mois comme pour passer son examen, qu’il dispose d’un car adapté à son handicap (coût de l’adaptation, 4 000 euros maximum). Il en existe un en Bretagne, actuellement basé à Quimper, qui dispose de tous les aménagements possibles.

La Bretagne est la seule région, pour le moment, à disposer du simulateur et de l’autocar adaptables à tous les handicaps physiques. C’est ainsi qu’un lycéen viendra d’Ajaccio à partir d’avril pour en profiter. Préparant un diplôme de mécanique, il s’est blessé sur une machine et se réoriente vers les métiers de la conduite. « Nous nous donnons deux ans pour qu’au moins quatre centres du même type qu’en Bretagne existent sur le territoire français et qu’ils soient à même de délivrer les mêmes prestations d’évaluation des capacités fonctionnelles », explique Laurent Pottier de l’Agefiph. D’où, notamment, la campagne nationale de communication mise en place. « Il y a encore beaucoup de médecins dans les préfectures, de conseillers à pôle emploi et dans les organismes qui s’occupent des personnes handicapées, qu’il faut informer de la nouvelle possibilité qui existe en Bretagne. Il y a beaucoup de personnes à convaincre dans les centres de formation aux métiers de la route. Mais nous avons fait tomber un mur qui va changer définitivement les choses », estime Laurent Pottier.

Une autre réforme à engager dans le long terme

En Bretagne, Philippe Plantard, délégué général à la FNTV, ne pense pas que d’énormes besoins vont être comblés grâce à la nouvelle prestation d’évaluation. Peut-être un ou deux conducteurs par an qui se blesse et qu’il sera possible de maintenir dans l’emploi. « Nous ne découvrons pas non plus un vivier grâce auquel nous allons mettre fin à la pénurie de conducteurs », ajoute-t-il. Mais Laurent Pottier souligne que les services scolaires correspondent aux demandes d’emplois à temps partiel des personnes handicapées.

Philippe Plantard s’attend à seconder les autocaristes employeurs de conducteurs handicapés dans la pédagogie nécessaire auprès de leurs clients pour les rassurer, leur faire comprendre que même avec un handicapé on offre les garanties d’un vrai professionnel.

Jean-Michel Blin, à la tête des autocars Jollivet à Bruz, en banlieue de Rennes, apprécie déjà d’employer huit handicapés pour 60 salariés. « L’entreprise récupère en général l’effort fait pour la personne handicapée par l’intensité de son investissement dans l’entreprise. »

Cependant, à Combrit dans le Finistère, Roger le Cœur, patron des autocars le Cœur avertit ses collègues et la profession: « Après des années à embaucher volontiers des personnes handicapées, je pense désormais davantage aux suites pas toujours heureuses. Quand le handicap s’aggrave, que la personne en vient à se faire opérer ou tombe en maladie professionnelle, tout le poids financier (l’augmentation de l’assurance) retombe sur l’entreprise. Or, en tant que dernier employeur, nous ne sommes pas responsables de toute la dégradation physique de la personne. Il y a là une réforme à engager pour toute la profession, en complément de la nouvelle prestation d’évaluation des capacités fonctionnelles. »

Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Association pour le développement de la formation dans le transport et la logistique-Institut de formation aux techniques d’implantation et de manutention)

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Auteur

  • Hubert Heulot
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