Marché Après avoir accordé la priorité à leurs véhicules neufs, les constructeurs amorcent un virage pour redorer et valoriser l’offre de leurs départements occasions. C’est le choix qu’a fait le groupe Daimler Buses en créant une nouvelle marque à part entière et dédiée, BusStore, aux côtés de Setra et Mercedes-Benz.
Iveco Bus et MAN ont aussi entamé une requalification de leur enseigne VO.
L’occasion retrouve du galon chez les constructeurs. À l’instar de Daimler Buses-Evobus qui crée BusStore, une nouvelle marque dédiée, la tendance à la revalorisation des circuits occasion chez les constructeurs prend de l’ampleur, et surtout, elle devient visible. Ce phénomène de labellisation lancé dans le secteur est en passe d’être généralisé chez les constructeurs.
Pour Evobus, c’est à l’échelle européenne que le projet a pris corps. Le constructeur allemand a repris à son compte TruckStore, une initiative née dans la filiale camion il y a quelques années. Evobus France avait déjà saisi cette opportunité, avant que la maison mère ne l’officialise au début de cette année. Jusqu’à présent, cette activité franco-française avait vécu sous l’ombre de la marque TruckStore, détenue par le groupe Daimler. Désormais, c’est officiel, BusStore sera le nom dédié aux activités des véhicules d’occasion, qu’il s’agisse des minicars, minibus, autocars et autobus, qu’ils soient Mercedes-Benz, Setra ou multimarques.
Outre le site internet dédié (www.busstore.fr), centralisant l’ensemble des offres provenant des 14 centres BusStore localisés en Europe occidentale, les véhicules d’occasion issus du marché domestique seront visibles sur le centre de Sarcelles qui abrite le siège français d’Evobus. Pas de changement donc en France, mais une petite révolution pour nos voisins d’outre-Rhin, puisque le site principal dédié à BusStore sera désormais à Neu-Ulm, fief de Setra. Outre les parcs d’exposition (un site dans chaque pays où Evobus dispose d’une filiale) et le site internet, BusStore inclut les offres de service comme le financement ou la labellisation des véhicules d’occasion. Les démarches d’immatriculation et de transfert peuvent aussi faire partie de l’offre de base des sites BusStore.
La labellisation est un puissant vecteur de communication et de promotion des produits de la marque. Iveco Bus et MAN Camions et Bus avaient entrepris cette démarche. Ainsi, Irisbus avait déjà créé 2 sites en France: un à Corbas (Rhône) et un à Mitry-Mory (Seine-et-Marne). L’activité des véhicules d’occasion représente entre 350 et 500 ventes chaque année. « Les fortes variations sont dues à l’activité à la grande exportation », confie Fabrice Claret, responsable VO Car et Bus France chez Iveco Bus. Pour les véhicules les plus récents, le constructeur dispose de son label: VOptimo, créé en 2009 pour les véhicules du groupe Iveco Bus ayant moins de 5 ans. « On voulait sécuriser nos clients sur les achats d’une certaine valeur, entre 150 000 et 170 000 € », explique Fabrice Claret. La proposition inclut une garantie sur les véhicules du groupe qui prend en compte tous les organes internes sur moteur, la transmission, les injecteurs, le circuit de refroidissement et la plupart des composants électriques. La marque Occasion Plus est le nom générique de l’occasion du groupe Iveco.
Chez MAN Camions et Bus France, la marque dédiée aux véhicules d’occasion est MAN Top Used, mais Olivier Bach, responsable des véhicules d’occasion chez MAN Camions et Bus France, ajoute qu’il n’y a pas à ce jour de label dédié aux VO. « Une réflexion est en cours sur ce sujet à Munich. » Pour cette activité, tout de même très spécialisée, le centre expert, également multimarques, est basé dans la région toulousaine.
Pour le BusStore d’Evobus, les critères retenus pourront inspirer les autres acteurs du secteur, même si les données économiques de rentabilité d’une reprise sont a priori les mêmes pour tous. Sans surprise, Daimler Buses fait le choix d’accorder un privilège aux véhicules de sa marque. En effet, seuls les véhicules du groupe (Mercedes-Benz et Setra) peuvent prétendre au label Gold qui est accordé aux autocars et autobus ayant moins de 3 ans et 300 000 km. En outre, l’état de présentation est ici particulièrement soigné. Le fait de ne prendre sous le label Or/Gold que des véhicules du groupe facilite la fourniture d’éléments d’habillage ou de sellerie, le cas échéant! Pour l’état de composants d’usure, tels que les pneus, le potentiel des sculptures minimum est fixé à 60 % des profondeurs à neuf. Une garantie sur la chaîne cinématique est incluse et ces véhicules sont éligibles aux contrats de service, comme un véhicule neuf.
La labellisation Argent/Silver est multimarque. Elle est proposée pour les véhicules allant jusqu’à 6 ans ou 500 000 km. Les tolérances pour les défauts d’aspect sont un peu plus grandes, mais l’ensemble du véhicule est analysé et les pneus ne doivent pas dépasser les 50 % d’usure. À titre d’information, un jeu complet de pneumatiques pour autocars représente de 3 500 à 4 000 €, posés et hors taxes!
Pour le label Bronze, il n’y a pas de limitation d’âge ni de kilométrage. Ce qui compte, c’est l’état général. Ce sont des véhicules déclarés bons pour le service, sans intervention majeure, mais où l’aspect peut présenter quelques signes d’une utilisation plus intensive. Ils bénéficient toutefois d’un nettoyage complet, extérieur et intérieur. Les critères d’analyse et la méthodologie d’évaluation sont harmonisés dans toute l’Europe, ce qui permet d’avoir une idée du matériel quel que soit le pays où est stocké le véhicule. L’objectif d’Evobus est de s’approprier une part plus importante des transactions sur les autocars et autobus d’occasion, avec un objectif de 2 000 ventes pour ses centres BusStore (et environ 650 transactions pour la seule Allemagne).
Le marché européen, difficile à quantifier en raison des départs pour l’exportation et des transactions techniques (transfert de certificat d’immatriculation à l’issue du financement en crédit-bail par exemple) serait chiffré à environ 25 500 ventes annuelles, soit beaucoup plus que le marché du véhicule neuf.
Pour l’approvisionnement, les responsables de la marque affirment se reposer sur les reprises faites dans le réseau et sur les buybacks (fin de locations financières). Quelques achats en négoce sont annoncés, mais pour une part marginale de l’activité. Hervé Delmarle, responsable de l’activité des véhicules d’occasion chez Evobus France, confirme l’importance de la visibilité de l’offre, un critère décisif pour obtenir un « bon taux de rotation ». Car le second enjeu du véhicule d’occasion, c’est la saisonnalité: comme pour le véhicule neuf, le marché de l’autocar d’occasion vit en fonction de l’activité des transporteurs: le tourisme est dynamique de mars à avril et les autocars scolaires ou de ligne sont demandés en juillet et en août. Cela détermine aussi les conditions de reprise, car l’immobilisation financière a un coût, même pour un constructeur.
Le cœur des décisions reste cependant pris par les grilles techniques des centres de service. Chez Evobus, comme chez ses concurrents, elle est centralisée auprès du service dédié. Dans certains cas (chez Iveco Bus), des partenariats peuvent être noués avec des experts automobiles comme Dekra pour procéder à l’analyse et à la cotation du modèle. La valeur estimée de reprise est ensuite transmise au commercial véhicules neufs qui pourra faire une offre ferme au client final. Cette structuration avec dissociation des activités est entérinée juridiquement chez certains constructeurs, comme VDL en France qui a deux entités juridiques: une pour les véhicules neufs avec VDL Bus & Coach, une pour les véhicules d’occasion avec VDL Bus Center.
Quant aux raisons de l’achat d’un véhicule d’occasion, d’après Hervé Delmarle, elles sont liées à deux motivations: le prix, mais aussi et surtout, la disponibilité immédiate!
Comme pour les véhicules neufs, les banques et les organismes de financement pèsent lourd sur l’activité. Les constructeurs peuvent suppléer via leurs captives (Iveco Capital, MAN Finance, Daimler Financial Services, etc.), mais les exigences de sécurité et de profitabilité demeurent incontournables et limitent malgré tout leur activité.
La location avec option d’achat, très fréquente dans le monde du poids lourd, reste ici marginale. Un des soucis, pour des véhicules qui peuvent encore valoir entre 130 000 € et 65 000 € (véhicules de 4 à 8 ans), vient des politiques des banques: « les banques financent des véhicules qui ont jusqu’à 10 ans maximum. Or, cela constitue une échéance calendaire mal taillée pour une 2e vie de véhicule », analyse Fabrice Claret.
Média désormais incontournable pour les véhicules d’occasion, Internet est devenu la vitrine des constructeurs et de certains négociants spécialisés. Que ce soit chez Iveco, Evobus ou MAN, le site de la marque sert de portail pour l’activité VO. Quelques sites généralistes dédiés au véhicule industriel se sont bien implantés sur le marché (www.europe-camions.com ou www.autoline.eu par exemple). Dernier arrivé, le site www.busweb-europe.com se singularise en étant exclusivement dédié aux autocars et autobus. Lancé depuis fin février en français, anglais et allemand, il sera décliné dans d’autres langues au cours de l’année. Contrairement aux sites européens existants dans le monde du véhicule industriel, il comporte, comme les portails constructeurs, des fiches de renseignements conçues spécifiquement pour ces véhicules (dont la fameuse capacité de passagers, critère incontournable en France).
Le site a aussi des annonces de pièces de rechange pour ces véhicules. L’ambition de Frédéric Arléri est de développer l’activité et la notoriété de busweb-europe pour en faire une référence d’ici à 2 ans. L’enjeu est de s’afficher à l’échelle européenne, ce qu’ont aussi bien compris les constructeurs! Mais si exporter un modèle français vers l’Allemagne est possible, l’inverse, pour des raisons de capacités, reste beaucoup plus rare!
