Protection sociale Le groupe Klésia, né en 2012 de la fusion des géants D&O et Mornay, protège 600 000 salariés dans le domaine des transports. En 2013, il annonce déjà une progression de son activité assurances de personnes de l’ordre 12 %. Présentation, bilan et perspectives de ce jeune acteur majeur de la protection sociale.
Le 4 juillet prochain, Klésia soufflera sa deuxième bougie. Du haut de sa première année et demie d’existence, le groupe de protection sociale, qui protège 600 000 salariés des transports, peut d’ores et déjà se féliciter de ses premiers pas dans le monde de la prévoyance. En effet, Klésia devrait enregistrer « des résultats légèrement positifs » pour 2013, et constater une augmentation de 12 % de son activité assurance de personnes par rapport à 2012. C’est ce qu’a indiqué Christian Schmidt de La Brélie, directeur général de Klésia, cité par le périodique L’Argus de l’assurance le 17 mars dernier.
Né en 2012 de la fusion de deux des plus anciens groupes spécialisés en prévoyance santé, D&O et Mornay fondés respectivement en 1947 et 1959, Klésia propose des offres dans tous les domaines de la protection sociale, que ce soit au niveau de la retraite complémentaire, de la prévoyance, de l’épargne, de la santé ou de la dépendance.
Aujourd’hui, le groupe, fort de 3 000 collaborateurs, représente 6,7 milliards d’euros de cotisations retraites et 1,8 million de retraités en France. Malgré sa jeunesse et grâce à l’expérience acquise par les deux géants qui l’ont fait naître, Klésia se classe au 6e rang français des groupes de protection sociale en prévoyance et au 5e rang pour les retraites complémentaires. Il est aussi le premier groupe d’assurances par métiers, couvrant, au-delà les transports, un large panel de professions: officines, hôtels-cafés-restaurants, fleuristes, immobilier, avocats, experts comptables, etc. Son chiffre d’affaires d’un milliard d’euros provient d’ailleurs à 60 % des secteurs professionnels.
Parmi toutes les branches couvertes par Klésia, celle des transports est loin d’être négligeable pour le groupe. En effet, elle constitue le deuxième secteur le plus important après celui de la restauration, ce qui en fait un enjeu stratégique de taille. Au niveau du transport de voyageurs, le groupe propose deux institutions de prévoyance professionnelle. La première, Carcept Prévoyance, issue de la compagnie Carcept (créé en 1955, elle aussi rattachée à Klésia), est chargée de gérer la retraite complémentaire des salariés du transport via sa marque Carcept Prev. Elle propose diverses garanties aux entreprises et aux salariés, telles que complémentaires santé, capitaux décès, etc. La seconde entité est l’Institution de prévoyance d’inaptitude à la conduite (l’Ipriac) qui, dans certains cas, garantit aux conducteurs un revenu minimal en cas d’accident occasionnant une incapacité de conduite. « L’Ipriac est basé notamment sur l’ancienneté. Elle concerne également les conducteurs scolaires à partir du moment où ils ont effectué 400 heures de travail au cours des 12 derniers mois », indique Patrick Villessot, vice-président de Carcept. Il existe aussi un organisme de congés de fin d’activité, l’Agecfa-Voyageurs, qui « donne la possibilité aux conducteurs de plus de 30 ans d’ancienneté de partir à 57 ans avec une allocation annuelle égale à 75 % du salaire moyen annuel brut perçu pendant les cinq dernières années précédant la date de dépôt du dossier, cela jusqu’à la retraite. Le système a été mis en place il y a plus de quinze ans. Il est très utilisé », ajoute le vice-président.
Pour Patrick Villessot, aux multiples solutions proposées aux entreprises de transport, s’ajoute un avantage non négligeable pour les professionnels qui vient du mode de fonctionnement même de Klésia. En effet, contrairement à un assureur classique, Klésia fonctionne de manière paritaire, c’est-à-dire qu’il est représenté de manière égale par des représentants des salariés et des employeurs. De l’avis du vice-président, ce mode de fonctionnement, peu fréquent au niveau des compagnies d’assurance, est un véritable atout: « Notre groupe à but non lucratif est paritaire, c’est-à-dire que les conseils d’administration sont composés à parts égales de représentants des employeurs et des salariés. Résultat, nos excédents sont réinjectés dans des actions concrètes permettant de défendre au mieux les intérêts de nos clients. Nous ne rémunérons donc pas d’actionnaires, à la différence des sociétés cotées ».
De même, ce système paritaire inclut le fait que des professionnels choisis parmi les secteurs couverts sont présents au sein d’instances principales. Ainsi, le vice-président a été, entre 1995 et 1998, président de la principale organisation professionnelle du transport routier de voyageurs par autocar en France, à savoir la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). Il dirige aussi l’entreprise de transport de tourisme en autocar Voyages Villessot. « Le fait que l’on fasse appel à des personnes qui connaissent leur métier permet d’apporter une expertise et de répondre aux réels besoins des salariés. »
Le secteur des transports est aussi soigné en termes de campagnes de sensibilisation et d’investissements que le groupe fait en matière de recherche scientifique. Par exemple, une fondation, baptisée Carcept Prev, fondée elle aussi en juillet 2012, a pour but de porter des actions visant à l’innovation sociale. « La Fondation Carcept Prev porte des actions dans le champ de l’innovation sociale et de la prévention des risques de santé et d’inaptitude, au bénéfice des salariés et retraités. Ces actions sont également portées auprès de nos concitoyens les plus fragiles, autour de trois axes: la prévention santé et la recherche médicale; l’insertion professionnelle en cas d’inaptitude et la préservation de l’autonomie et de la mobilité », explique Patrick Villessot. Parmi les initiatives menées dans ce sens, on trouve les trophées Carcept Prev qui récompensent les entreprises de transport les plus vertueuses en matière sociale.
Que ce soit au niveau de ces actions sociales ou en termes de développement, Klésia ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « En réponse au changement de l’environnement réglementaire et à la pression concurrentielle, il est important pour un groupe comme le nôtre de se projeter et de se préparer à la protection sociale de demain et c’est pour cela que nous avons approuvé le plan triennal Ambitions 2016 », indique Patrick Villessot. Dans cette logique, Christian Schmidt de La Brélie avait réuni, le 9 octobre dernier, l’ensemble des managers du groupe pour leur présenter ce plan. L’idée y est notamment qui est de développer les services afin « de remettre le client au centre de l’entreprise, avec des engagements de service », a déclaré le directeur général au magazine L’Argus de l’assurance le 17 mars. Enfin, avec la nouvelle donne créée par les décisions du Conseil constitutionnel (cf. encadré), le plan Ambition 2016 aura aussi pour mission de développer les accords de branche.
Cette stratégie de développement viendra s’ajouter à celle engagée lors de la naissance de Klésia et qui sera poursuivie en 2014. Ainsi: la fusion débutée en 2012 continuera son processus de finalisation qui devrait aboutir au cours des 18 prochains mois. De même, l’objectif d’atteindre une rentabilité de 3 %, correspondant aux fonds propres du groupe, est toujours d’actualité.
Malgré toutes les bonnes nouvelles dont peut se réjouir Klésia après plus d’une année d’existence, un retournement de situation récent et inattendu dans le secteur du transport est venu contrecarrer certains plans de développement du groupe. En effet, depuis le 1er janvier 2013, tous les salariés du secteur doivent bénéficier d’une mutuelle. Grâce à un accord conventionnel daté du 1er octobre 2012, Carcept Prev avait été désigné comme étant l’assureur unique auquel devaient faire appel les entreprises du secteur pour leurs 450 000 salariés. Seulement voilà, dans une décision du 13 juin 2013, le Conseil constitutionnel a invalidé cet accord au nom du respect de la concurrence.
Résultat, si les entreprises ayant déjà signé un contrat avec Carcept Prev sont obligées de le respecter jusqu’à son terme (c’est-à-dire au maximum jusqu’en 2018), les autres sont tout à fait libres de s’adresser à un autre assureur à condition d’opter pour une couverture maladie au moins aussi avantageuse que celle prévue dans le cadre de l’accord avec Carcept Prev. Une situation qui n’est pas pour satisfaire Patrick Villessot, vice-président de Klésia: « Le régime conventionnel destiné à couvrir les frais de soins de santé des salariés de notre secteur, obligatoire depuis le 1er janvier 2013, est assuré auprès de Carcept Prévoyance qui a été désignée à l’unanimité par les partenaires sociaux. Si certaines entreprises décident d’aller ailleurs, si elles préfèrent s’adresser à un autre acteur de l’assurance, c’est leur choix. Mais je pense que cela pourrait être un recul social. Si elles veulent que les choses continuent à avancer en termes de protection sociale, il faut qu’elles restent chez nous ».
