Comment gagner des millions? C’est à peu de chose près le concept qui résume le mieux les circonvolutions actuelles de la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie autour de ce qu’il faut bien nommer "feu l’écotaxe". Déjà repoussée aux calendes grecques par le précédent gouvernement, cette sorte d’accise, fort peu appréciée des rouquins de tous poils, semble bien devoir se retrouver définitivement enfouie dans les couches profondes du Précambrien. Seuls vestiges de la période où les Verts pensaient encore imposer leurs vues et où les transports publics espéraient bénéficier d’une nouvelle source de revenus, quelques centaines de portiques au bord de nos routes. De curieuses œuvres contemporaines qui nous chantent, tel Homère tutoyant la mesquinerie des dieux, l’inconstance des hommes. Où est aujourd’hui la belle unanimité inscrite sur les tablettes du Grenelle de l’environnement de Jean-Louis Borloo? L’eau a depuis coulé sous les ponts et les camions ont circulé sur les routes de France. Le temps a fait son œuvre, le rouge est monté aux fronts de ceux qui devaient verser cette nouvelle dîme, et les sables mouvants de la politique ont recouvert progressivement les grands principes fondateurs de toutes les bonnes idées.
Reste un contrat gravé dans le marbre avec la société Écomou’v, discutable peut-être, et en tout cas fort discuté, mais qui de toute façon coûtera au pays quelque chose comme 800 millions d’euros en cas de reniement. Une poussière dans le contexte actuel! Autre épine sur la couronne des fossoyeurs de cet impôt écologique, le manque à gagner en matière d’investissement dans les infrastructures. Cette fois, il s’agit de la bagatelle de 500 millions dont l’absence bloque tout de même un bon nombre de projets, ou mettrait en péril l’équilibre économique d’un certain nombre de collectivités à qui l’on va demander prochainement rien moins que 11 milliards d’euros d’économie… Alors, au sein du ministère concerné, on s’agite, on virevolte, on gesticule, histoire de nous faire oublier plus vite tous ces monuments érigés sur nos routes à la gloire d’Ubu roi.
« Ô temps! suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours: Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! »
