Social Alors que les rangs des demandeurs d’emploi ne cessent de grossir dans bon nombre de secteurs d’activité, le transport routier de voyageurs fait figure d’affranchi.
Fort d’une palette de métiers variée, d’emplois stables et de rémunérations supérieures au SMIC, le secteur cherche entre 11 000 et 18 000 nouvelles recrues par an.
Alors que François Hollande a fait de l’inversion de la courbe du chômage l’une des priorités de son mandat, prévenant, au détour d’une visite à Clermont-Ferrand le 18 avril dernier, qu’il n’avait « aucune raison d’être candidat ou aucune chance d’être réélu » en cas d’échec, il semble actuellement embourbé. En effet, avec 4,949 millions de demandeurs d’emploi enregistrés toutes catégories confondues fin mars dernier, la trajectoire paraît coriace. Pour en dévier, tous les espoirs du gouvernement reposent aujourd’hui sur le pacte de responsabilité et de solidarité, susceptible de créer 190 000 emplois grâce aux 10 milliards d’euros d’exonération de cotisations patronales et 300 000 postes d’ici à 2017 grâce aux 20 milliards d’euros du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), l’autre versant du pacte. Une tendance confirmée en début d’année par l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (UNEDIC): « en 2014, sous les effets conjoints de la légère progression du PIB et de la montée en charge des effets du CICE, les destructions d’emplois affiliés à l’Assurance chômage ralentiraient progressivement jusqu’à une quasi-stabilité au quatrième trimestre 2014 », assurait-elle dans ses prévisions annuelles.
Sur le terrain, les effets du pacte sur la reprise du marché du travail laissaient sceptiques deux demandeurs d’emploi sur trois selon un sondage publié par OpinionWay le 25 avril. Peut-être un peu moins directement impacté par les aléas économiques que le secteur privé, le transport routier de voyageurs (TRV) est confronté à une autre problématique: répondre à d’importants besoins de recrutements.
Avec environ 90 000 salariés exerçant au sein de quelque 3 000 entreprises, le TRV affiche des besoins de recrutement compris entre 11 000 et 18 000 personnes chaque année. Parmi ces besoins, 85 % concernent les roulants. Au regard du dernier bilan social publié en 2013 par l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), plusieurs grandes tendances se dégagent sur les caractéristiques du secteur en 2012.
Premier constat: les roulants représentent le gros des troupes. En effet, 67,5 % des effectifs sont des conducteurs, 17 % des maîtrises et techniciens, 8,1 % des ouvriers non roulants, 5,7 % des employés et 1,7 % des ingénieurs ou cadres.
Deuxième enseignement: la profession crée de l’emploi. En 2012, sur 2 674 recrutements recensés, 842 correspondaient à une création de poste augmentant ainsi les effectifs de 1,9 %. En cause: les lancements ou prolongements de lignes, le renforcement des fréquences des bus, tramway ou métro, et plus généralement l’accroissement de l’offre de transport.
Troisième particularité: il s’agit d’emplois pérennes, puisque 98 % d’entre eux concernent des contrats à durée indéterminée et 95 % à temps complet.
Notons que 42,2 % des salariés du secteur affichent entre 5 et 15 ans d’ancienneté au compteur et que ceux ayant plus de 25 ans d’ancienneté représentent presque 15 % des effectifs. Parmi les causes de départ: la retraite, qui intervient dans 35 % des cas. Une proportion en hausse du fait des dispositions prévues par le décret no 2012-847 du 2 juillet 2012 relatif à l’abaissement de l’âge d’ouverture du droit à la pension de vieillesse pour ceux ayant intégré le marché du travail jeune. De leur côté, les licenciements et les démissions ont respectivement compté pour 24,6 et 17 % des départs sur la période étudiée.
Argument de fidélisation par excellence, le niveau de rémunération du secteur a vu la valeur de son point progresser de 2,2 % en 2012, ramenant le tarif horaire à une fourchette comprise entre 8,70 et 10,30 euros de l’heure. Bonne nouvelle, les salaires de 50 % des entreprises de la profession se situent au-dessus de la valeur minimale, il s’agit donc de 76,05 % des effectifs. L’UTP estimait donc à 2 451 euros le salaire brut
En revanche, parmi les points noirs du secteur: une lente féminisation des métiers qui touche seulement 17,8 % des effectifs. D’une manière générale, la catégorie professionnelle dans laquelle la proportion de femmes reste la plus élevée est celle des employés qui concentre 58,8 % d’entre elles.
Autre problématique du secteur: l’absentéisme, avec une moyenne de 27,12 jours d’absence par salarié et 82 % des effectifs absents au moins une fois en 2012. Entre absence maladie, accident du travail, maladie professionnelle, accident de trajet, maternité/paternité et les absences motivées, la profession totalise 1,2 million de jours d’absence en 2012.
Sur le terrain, les expériences des PME diffèrent selon leur segment d’activité. Si dans le transport urbain la santé de l’emploi se vérifie, il semble que ce ne soit pas la même chose dans l’interurbain où le turn-over est fréquent, où les clauses de certains appels d’offres fragilisent la pérennité des emplois au sein d’une même société et où les voies d’évolution de carrière d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui.
En moyenne pondérée.
