Offres Complexes, techniques et coûteux, les achats de véhicules de transport de voyageurs peuvent se révéler un casse-tête pour les collectivités locales. Une difficulté que les centrales d’achats comme l’UGAP ou la CATP d’Agir ont saisie en investissant ces dernières années le marché des véhicules de transport de personnes, quitte à bousculer les pratiques des constructeurs.
La polémique avait atteint son paroxysme lors des rencontres nationales du transport à Bordeaux, en novembre dernier. Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait sommé l’UGAP de favoriser le made in France. En effet, l’Union des groupements d’achats publics (UGAP), principale centrale d’achats par laquelle passent l’État et les collectivités locales, s’était retrouvée au cœur de l’actualité et avait concentré les critiques du ministre. Celui-ci avait même brandi la menace d’une dissolution de cet établissement public, industriel et commercial, créé en 1985 et placé sous la double tutelle du gouvernement (du ministre chargé du budget et du ministre chargé de l’éducation nationale). « Je considère qu’il y a un grave problème patriotique avec l’UGAP, c’est le carnet de commandes du monde entier, sauf de la France, que l’UGAP favorise. » Pour le ministre du Redressement productif, « les collectivités locales seront bien plus efficaces, beaucoup plus patriotiques dans leurs achats » qu’un organisme centralisé « qui ne joue pas le rôle qu’on lui demande de jouer ».
Passé de 780 M€ en 2005 à 1 917 M€ en 2013, l’essor de l’UGAP témoigne du rôle croissant de la centrale à l’heure où la recherche d’économies est à la une de toutes les politiques d’achat des collectivités publiques. Avec 29 % du volume des achats, les véhicules constituent le premier secteur de l’UGAP, ex aequo avec l’informatique et les télécoms. Mais cette branche des véhicules de transport de personnes, dont la part dans l’activité de la centrale ne nous a pas été communiquée, n’intervient que récemment dans le périmètre de l’UGAP.
En effet, les véhicules de transport urbain n’ont fait leur apparition qu’en 2012 dans les catalogues de la centrale. La place a été occupée dès le départ par les modèles urbains de Mercedes-Benz. Depuis, l’offre s’est élargie et des produits plus spécifiques comme les BHNS (bus à haut niveau de service, référencement remporté par le Crealis de Iveco Bus), ou encore les GNV (bus au gaz naturel de ville avec l’UrbanWay d’Iveco Bus), ainsi que les Low Entry ont fait leur entrée au catalogue.
Une consultation pour des bus urbains électriques est en cours. De quoi permettre d’élargir le cercle des constructeurs référencés (voir notre tableau récapitulatif). Ainsi, Scania a remporté le référencement de l’autocar Low Entry à l’UGAP avec le Citywide LE, face à six offres concurrentes (dont Iveco Bus, VDL, Mercedes-Benz et Irizar). « Il a été référencé pour une durée de 3 ans, suite un appel d’offres lancé l’an dernier, c’est une grande satisfaction pour nous, un référencement à l’UGAP nous apporte une réelle exposition sur ce produit », explique Olivier Toublanc, chef des ventes autobus chez Scania, « la centrale d’achats est un outil facile à utiliser pour les petites collectivités et cela nous permet de toucher plus de villes, de toutes tailles ». Pour un autre constructeur en quête de visibilité et de reconnaissance sur le marché français, VDL, les centrales d’achats sont aussi le moyen de toucher le marché des collectivités, primordial en France. « Notre offre minibus est référencée chez Agir depuis peu, c’est une première étape pour approcher le marché français et nous familiariser avec ses spécificités », explique le responsable minibus du constructeur hollandais.
Deux ans après sa création, la centrale d’achats du transport public (CATP) d’Agir commence également à trouver sa place et à offrir une alternative à l’UGAP, tant pour les collectivités que pour les constructeurs qui « ont dû se remettre en cause, surtout pour les bus où nous souhaitions apporter de la diversité et où chacun a dû réfléchir à son mode de production, moins pour les cars dont les offres sont déjà bien standardisées », explique Marc Delayer, directeur général des transports publics du Choletais et président de la CATP d’Agir.
Et de fil en aiguille, la centrale trouve sa place. « Nous avons vendu 132 véhicules en 2013, et au début du second trimestre 2014, nous en sommes déjà à 160 véhicules, les volumes plus importants nous permettent de négocier des prix encore plus intéressants, de l’ordre de − 10 à − 15 %. » La consultation pour sa nouvelle offre de produits référencés, lancée mi-mars et achevée courant juin, prix à l’appui, confirmera le positionnement plus large en terme de véhicules que le catalogue de l’UGAP. La CATP propose en effet plusieurs véhicules selon leur catégorie, tout en conservant l’accent mis sur les aspects techniques et tarifaires (prix d’achat et prix des pièces), « c’est réellement ce que nous demandent nos adhérents en terme de soutien au moment de l’acquisition de véhicules ». La centrale prépare par ailleurs un élargissement de son catalogue aux autres équipements des véhicules de transport public, notamment la billettique.
