Emploi Face aux difficultés de recrutement de chauffeurs de bus, la FNTV Midi-Pyrénées s’est associée à Pôle Emploi, l’OPCA Transports, le conseil régional et l’Agefiph pour mener des opérations partenariales. C’est la sixième année pour les chauffeurs de bus scolaires et la deuxième pour les chauffeurs de cars de tourisme.
« Notre région a un besoin annuel de 140 conducteurs qu’on avait du mal à recruter, surtout dans les zones rurales », explique Pierre Sauterel, directeur réseau transports du groupe Landès, basé dans l’Aveyron. « Cela a été le vœu de Joël Verdier, président de la FNTV Midi-Pyrénées, que notre fédération soit moteur d’une opération de formation-recrutement de chauffeurs de bus scolaires, menée en partenariat avec Pôle Emploi, l’OPCA transports, l’Agefiph
Cette opération se renouvelle selon le même schéma depuis 2009. En janvier-février, la FNTV recense les besoins de ses adhérents pour la rentrée suivante. Cette année, 49 postes ont été repérés (contre 80 l’année précédente): 24 en Haute-Garonne, 9 dans le Tarn-et-Garonne, 5 dans le Tarn et l’Aveyron, 4 dans le Lot, 1 dans les Hautes-Pyrénées et l’Ariège. Les lignes sont localisées précisément afin de cibler les recrutements: pas question d’embaucher une personne de Millau pour un service scolaire à Espalion, à 1 h 30 de route.
À partir de mars, Pôle Emploi et la FNTV organisent des informations collectives avec des portes ouvertes dans les entreprises. Elles présentent la formation et le contrat de travail en contactant les demandeurs d’emploi du secteur concerné. L’Agefiph fait de même pour les travailleurs handicapés enregistrés par les Cap emploi locaux, ce qui a permis de recruter l’an dernier 14 travailleurs handicapés sur 80. « Ce type de contrat peut convenir à ce public qui justement ne peut travailler qu’à temps partiel, a besoin d’une alternance entre station debout et assise ou ne peut plus travailler dans sa branche d’origine comme un boulanger devenu allergique à la farine par exemple », précise Marc Lacaille, directeur de l’agence Pôle Emploi de Castelginest spécialisée en transport-logistique.
Ensuite, suivant les lieux, les candidats sont testés par la méthode de recrutement par simulation de Pôle Emploi (sur leur habileté à se repérer dans l’espace, à lire une carte, à manipuler des gros véhicules, etc.) ou par des tests psychotechniques. Dans l’Aveyron, les informations collectives, les tests et les entretiens avec les entreprises ont lieu le même jour. Ailleurs, ces étapes s’étalent sur plusieurs jours. « En Haute-Garonne, nous réussissons à avoir 68 candidats validés pour 24 postes, mais c’est plus difficile en zone rurale où le maximum est de trois candidatures par poste », indique le spécialiste transports de Pôle Emploi. La plupart des candidats n’ont pas d’expérience de la conduite.
L’OPCA transports s’occupe de l’ingénierie financière. « Une fois que les entreprises ont trouvé leurs candidats, elles nous préviennent et nous définissons avec Pôle Emploi et le conseil régional le dispositif le plus approprié pour l’entreprise et le demandeur d’emploi, selon son âge, la distance avec le lieu de formation, l’éventuelle reconnaissance MDPH », explique Stéphane Parou, responsable de l’OPCA transports. « Sauf rares exceptions, cela ne coûte rien à l’entreprise. »
Cette année, vingt parcours sont pris en charge par la région dans le cadre du dispositif FIER (formation individuelle emploi recrutement). L’autre trentaine est cofinancée à hauteur de 210 heures par Pôle Emploi et l’OPCA transports dans le cadre d’une POEI
En mai, peut commencer la formation d’une durée de 420 heures, assurée par l’AFT-Iftim ou Promotrans. À la fin, la plupart des demandeurs d’emploi décrochent le permis de conduire, la FIMO (formation initiale minimale obligatoire), un titre professionnel conducteurs voyageurs reconnu par le ministère du Travail et un contrat en CDI. L’an dernier, seuls 8 sur 80 ont échoué à l’examen.
Les partenaires travaillent beaucoup sur l’information en amont et le recrutement afin que le temps partiel soit choisi et non subi. « Nos partenaires, Pôle Emploi, l’OPCA Transports, sont très concernés par nos problèmes et font un super boulot pour nous envoyer le bon public », souligne Pierre Sauterel. Mais ce n’est pas toujours suffisant. Sur 8 conducteurs recrutés par ce dispositif depuis quatre ans par le groupe Landès, seuls 2 sont restés, parce que le métier, les horaires ou la localisation géographique ne convenaient finalement pas. « Un candidat peut nous faire croire que le temps partiel lui convient alors qu’il veut un temps complet », regrette Stéphane Parou. « C’est pourquoi nous ciblons prioritairement des mères de famille qui trouvent qu’un ramassage matin et soir est compatible avec le soin des enfants, et des seniors pour qui ce contrat peut constituer un complément de retraite. »
Certaines personnes formées à l’interurbain peuvent aussi souhaiter en fait travailler dans l’urbain. « La FNTV a bordé cet écueil à l’aide d’une charte de collaboration avec l’urbain lui interdisant de recruter des personnes venant d’obtenir le titre interurbain », explique le responsable de l’OPCA. « Ce serait dramatique pour une entreprise de transport interurbain de voir partir ses ressources comme ça, et ils ne continueraient sans doute pas l’année suivante. »
Avec quelques années de recul, le groupe Landès a décidé de ne plus participer à l’opération transport scolaire pour se tourner vers celle qui, depuis deux ans, vise à sélectionner avec les mêmes partenaires des chauffeurs grand tourisme à temps complet. Le recrutement a lieu en octobre-novembre pour qu’ils soient opérationnels pour la saison touristique. La formation de 420 heures, financée dans le cadre d’une POEC, est plus exigeante car elle intègre une partie relation commerciale. Les derniers 24 demandeurs d’emploi formés ont tous obtenu leur titre professionnel. « Cette seconde formation permet un meilleur recrutement que la première, car en proposant des temps complets, nous attirons plus de candidats et pouvons être plus sélectifs », affirme Pierre Sauterel. « Pour le recrutement de conducteurs scolaires, nous n’avions que 10 candidats pour 8 postes, alors que pour la formation de conducteurs tourisme, 48 personnes se sont présentées dans l’Aveyron l’an dernier, 24 ont été retenues après les tests psychotechniques et 8 recrutées après un entretien avec deux transporteurs. »
C’est ainsi que Pierre Sauterel a embauché deux demandeurs d’emploi (un cuisinier et un boulanger de 30 et 40 ans), d’abord sur un CDD de 24 heures par semaine sur du scolaire et des missions occasionnelles, « le temps de les tester et de les faire monter en compétence », avant de leur signer un CDI à temps complet avec des missions de tourisme à l’international. Cette année, il en a recruté 4 de plus. Mais le chef d’entreprise aveyronnais préconise d’aller plus loin que ces « rustines »: « pour attirer les jeunes vers nos métiers, je plaide pour la création d’un BTS de conducteur de car. Et pourquoi pas une formation en alternance qui permettrait de conduire avant 21 ans sur des contrats scolaires, tout en suivant son BTS. »
Agefiph: Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées.
POE: préparation opérationnelle à l’emploi, individuelle (POEI) ou collective (POEC).
