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Van Hool renoue avec l’ambition en Macédoine

Construction En investissant dans une usine en Macédoine, Van Hool ouvre une nouvelle page de son histoire. Le constructeur belge prépare son entrée sur des segments plus concurrentiels grâce à une réduction de ses coûts de production. Un nouvel outil qualifié d’indispensable pour assurer la continuité de l’entreprise assure le Pdg de l’entreprise familiale, Filip Van Hool.

« Vingt-deux mois après la pose de la première pierre, nous inaugurons aujourd’hui l’usine et nous pouvons reprendre une célèbre citation d’Alexandre le Grand, “rien n’est impossible à celui qui a la volonté d’essayer” ». Filip Van Hool a su trouver les bons mots devant le Premier ministre de Macédoine, Nikola Gruevski, lors de son discours d’inauguration de la nouvelle usine Van Hool, à Skopje en Macédoine, le 12 mai dernier. Le personnage historique est en effet évoqué à toutes les occasions par les autorités de cet ancien pays de l’ex-Yougoslavie, malgré les protestations officielles de la Grèce voisine qui n’apprécie pas ces comparaisons en référence à son héros national… Le parterre d’officiels venus assister à l’inauguration de l’usine de Van Hool (plusieurs membres du gouvernement de Macédoine, Madame Anick Van Calster, ambassadeur du royaume de Belgique), témoigne de l’importance de ce site industriel pour la Macédoine: 25 millions d’euros investis, 430 et bientôt 600 emplois créés, 400 à 800 véhicules produits chaque année… « Nous nous félicitons d’accueillir pour la première fois une usine assurant une production complète de biens qui nous assure également une publicité aux États-Unis et en Europe grâce aux autocars Van Hool Made in Macedonia », a commenté le ministre en charge des investissements étrangers, « et nous espérons attirer d’ici 5 ans d’autres grands noms du secteur de l’autocar comme Daimler Buses, Iveco Bus ou Alexander Dennis. »

300 véhicules produits pour les États-Unis

Pour Van Hool, c’est en tout cas une nouvelle étape de son histoire. Le constructeur belge se dote d’un outil de production flambant neuf et capable d’assurer l’ensemble du processus de fabrication d’un autocar: peinture, soudure, caisses en inox, assemblage et montage des blocs moteurs, des éléments électriques, des vitres, etc. Les 430 employés ont été formés par le constructeur, 52 employés macédoniens, futurs cadres, ont été formés en Belgique sur le site de production de Koningshooikt. En retour, 80 cadres ou employés belges ont lancé, en encadrement des équipes locales, les premières productions de véhicules. La production a pu démarrer avant la fin du chantier de l’usine, et à ce jour, la chaîne de montage travaille déjà sur le 210e véhicule. « Nous avons déjà exporté 125 véhicules depuis notre usine de Skopje vers les États-Unis, via notre site de Koningshooikt en Belgique, a expliqué Filip Van Hool, et cette année, nous prévoyons une production totale de 300 autocars du modèle CX pour nos clients nord-américains ». À la sortie de l’usine, les autocars se rendent par la route (2 200 km) jusqu’à Koningshooikt en Belgique avant d’embarquer au port de Zeebrugge pour un voyage de 10 jours jusqu’aux côtes américaines, « ce qui permet à nos véhicules de réaliser leur phase de roulage et d’être fin prêts en arrivant aux États-Unis ».

En zone franche

L’éloignement géographique ne semble donc pas être un problème logistique pour Van Hool qui importe l’ensemble des éléments (moteurs Cummins et Detroit Diesel, transmissions Allison…) pour assemblage en Macédoine. Installée dans l’une des quatre zones économiques franches appelées TIDZ – Skopje 2 (Technological Industrial Development Zone), l’usine Van Hool profite de bonnes conditions, géographiques (proximité de la capitale Skopje et du réseau autoroutier, aéroport international à 6 km, port de Thessalonique en Grèce à 3 heures de route, etc.), comme de bonnes conditions financières et fiscales: 10 ans de dispense fiscale, de TVA et de frais de douane sur les biens et matériaux importés, exonération des taxes sur les services publics et sur l’accès aux réseaux- d’énergie et d’eau, etc. Des incentives fiscaux qui ont pesé dans l’analyse économique de Van Hool, mais d’autres facteurs ont aussi joué. « Il y a beaucoup d’autres pays qui proposent ce genre de dispositifs pour attirer les investissements, à des conditions similaires, explique Filip Van Hool, mais ici, en Macédoine, le gouvernement est très volontaire, facilement accessible et a très tôt cherché à faciliter le contact et les échanges, la collaboration a été étroite et elle continue à l’être, ce sont des hommes politiques, mais je considère qu’ils agissent comme des managers pour les affaires de leur pays ».

Du côté du personnel, le constructeur semble également satisfait des conditions malgré la faible culture industrielle du pays. Filip Van Hool souligne néanmoins « la qualité des écoles techniques et des formations universitaires », et le fait d’avoir pu accueillir « une quinzaine d’employés issus d’une ancienne usine d’autocars qui a fermé il y a quelques années ». « Ce sont des bases intéressantes pour démarrer une filière automobile, plusieurs fournisseurs locaux sont ou seront associés à notre production de pièces, de la soudure aux sièges, et d’autres de nos fournisseurs étrangers actuels pourraient, pourquoi pas, étudier la faisabilité d’une installation en Macédoine ».

L’usine produit la nouvelle gamme d’autocars EX

Van Hool compte profiter de son usine pour assurer son développement en Europe, et a d’ores et déjà annoncé l’extension de son usine avec l’embauche de 130 employés supplémentaires pour la production d’une nouvelle gamme d’autocars destinés aux marchés européens et appelée EX. Cet autocar sera présenté au prochain IAA de Hanovre, sa production débutera au dernier trimestre 2014 et devra permettre à Van Hool de se placer sur le segment très concurrentiel des autocars de tourisme d’entrée de gamme.

L’usine Van Hool de Skopje

25 M€ investis

170 000 m2

430 employés

400 à 800 autocars produits par an, gammes CX (pour les USA) et prochainement EX

Avril 2012: début de la construction de l’usine

Juillet 2012: pose de la première pierre

Juillet 2013: démarrage de la production

octobre 2013: production du premier car CX45

Mars 2014: fin de la construction de l’usine

Mai 2014: inauguration officielle de l’usine

Filip Van Hool, Pdg de Van Hool
« Nous prouvons qu’un constructeur indépendant, familial et européen a sa place sur le marché »

Comment a été prise la décision d’investir en Macédoine, un pays loin des terres d’origine de Van Hool?

L’ouverture de notre usine de Skopje marque une étape importante dans l’histoire de notre groupe. D’ici la fin de l’année, nous livrerons 300 véhicules. Ce n’est pas la première fois que Van Hool s’aventure à l’étranger puisque nous avons été présents en Espagne, au Brésil et en Irlande. Mais c’est la première fois qu’un investissement de cette taille a été pensé et mené dans les moindres détails, sur la formation des équipes, sur le financement, la destination, etc. Le plan a été présenté au conseil d’administration en 2011, la décision a été validée un an plus tard et le premier véhicule est sorti en octobre 2013, tout est donc allé très vite.

L’usine de Skopje produit d’importants volumes d’autocars pour les États-Unis. Peut-on parler des États-Unis comme d’un eldorado pour Van Hool?

Je ne pense pas que le marché américain des transporteurs privés puisse être comparé à un eldorado, sa situation n’est pas exceptionnelle mais plutôt normale: c’est celle d’un marché en activité, contrairement à celui que nous connaissons en Europe. Les niveaux de ventes sont normaux, il faut rappeler que c’est un marché limité de 1 500 à 2 500 véhicules par an. Mais c’est vrai que nous avons réussi à nous créer une place grâce à notre distributeur importateur ABC, avec une part de marché de 20 % que nous souhaitons porter à 30 % à moyen terme.

Comment expliquer la place prise par Van Hool aux États-Unis?

La Belgique est un petit marché, alors nous avons toujours souhaité exporter nos produits et c’est de cette manière que nous avons considéré le marché américain. D’abord par une collaboration avec MAN comme motoriste, puis, après son retrait du marché américain, nous nous sommes rapprochés de Cummins, de Detroit Diesel et d’Allison. Mais surtout, notre succès a été possible grâce à la qualité de notre relation avec la famille Cornell, propriétaire d’ABC, notre distributeur-importateur aux États-Unis dans lequel nous une part de 35 %. Enfin, il faut rappeler que Van Hool a également su faire preuve de flexibilité dans ses produits. Nous avons américanisé nos véhicules et répondu à un besoin des clients de sortir de la culture monoproduit du marché. Nous avons donc introduit des innovations, comme la double porte au milieu ou des espaces bagages agrandis. Des caractéristiques qui peuvent paraître banales en Europe, mais qui n’existaient pas aux États-Unis. Depuis, la concurrence est plus forte et de nombreux constructeurs étrangers sont venus se développer aux États-Unis.

Qu’en est-il du marché européen?

En ce qui concerne Van Hool, je suis très positif pour l’année 2014, notre planning de production et notre carnet de commandes sont remplis à 95 %. Bien entendu, les prix sont toujours très difficiles, très compétitifs. Constructeur d’autocar reste un métier de pauvre! Mais grâce à notre production en Macédoine, nous pourrons être en croissance cette année et continuer de nous développer. Nous avons investi ici pour assurer la continuité de l’entreprise. Nous prouvons que Van Hool a sa place sur le marché en tant que constructeur indépendant, familial et européen.

L’usine ne produira pas que des autocars pour le marché nord-américain. Une nouvelle gamme EX destinée aux marchés européens sera lancée, pouvez-vous nous en dire plus?

Ce sera un autocar deux essieux plutôt standardisé pour répondre à la concurrence qui existe aujourd’hui sur le segment inférieur du marché et qui sera proposé en deux longueurs et deux hauteurs. Selon les configurations, il pourra être utilisé pour du tourisme, du car de ligne ou de l’intercity. Il ne répondra pas aux conditions très agressives prix-équipements des cars scolaires tels qu’ils sont commercialisés en France, mais nous avons d’autres projets en cours d’étude pour ce type de produits.

Pourquoi faire fabriquer cet autocar en Macédoine?

Aujourd’hui, on ne peut plus fabriquer ce genre d’autocars d’entrée de gamme en Europe de l’Ouest. Face à des concurrents qui produisent en République tchèque ou en Turquie, nous devions trouver une solution pour aborder ce marché. Le développement, l’ingénierie et les premiers prototypes seront réalisés en Belgique. La production se fera en Macédoine, car nous voulons être compétitifs et ce serait impossible en le fabriquant en Belgique du fait des coûts élevés de la main-d’œuvre. En revanche, il est tout à fait possible d’y réaliser une production sur mesure ou plus sophistiquée, comme nous le faisons avec nos gammes d’autocars TX et nos bus ExquiCity.

Les employés Van Hool en Belgique pourraient craindre des licenciements futurs. Comment avez-vous présenté ce projet de délocalisation en interne?

Notre usine de Skopje nous permet d’élargir notre gamme de produits, de générer du chiffre d’affaires supplémentaire et d’assurer notre développement. Il s’agit donc d’une production qui vient s’ajouter à l’existante et de ventes supplémentaires à celles déjà réalisées aujourd’hui. À ce jour, notre projet est de maintenir les effectifs et la production en Belgique.

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Auteur

  • Bruno Gomes
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