Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

Forum Transports & Territoires: la mobilité en toute franchise

Image

Forum Transports & Territoires: la mobilité en toute franchise

Crédit photo Capucine Moulas

Rencontre La première édition du Forum Transports & Territoires a réuni transporteurs et représentants d’autorités organisatrices, le 15 mai à Angers.

Avec les réformes territoriales en toile de fond, les participants ont mené une réflexion sur la transition d’une offre de transport vers une offre de mobilité. Le tout dans un climat d’honnêteté.

« J’aurais un vœu à formuler. Sur ces sujets, il y a parfois un peu de langue de bois. Ici, j’aimerais que tout le monde dise ce qu’il a à dire et se fasse clairement comprendre », a introduit Alain-Jean Berthelet, président de l’association Réunir. Le 15 mai dernier, autour de trois conférences au Centre de congrès d’Angers, les 150 participants du Forum Transports & Territoires se sont appliqués à respecter ce vœu. Dans la salle, de nombreuses PME d’autocaristes, des équipementiers, des chercheurs, des spécialistes et quelques élus issus de conseils généraux ou régionaux étaient réunis à l’initiative des associations Réunir et Idéal Connaissances. Le thème: Construire la mobilité de demain. Un vaste programme.

Pour Laurent Lagie-Defrance, directeur de Réseau Idéal, le but de cette rencontre était de créer « un lieu collaboratif de coproduction pour les idées nouvelles ». Là encore, l’événement a été à la hauteur des attentes en donnant la possibilité aux acteurs du transport de poser des questions cruciales. Entre la répartition des compétences, la responsabilité des élus, la place des transporteurs, l’évolution de la qualité de service et le chapelet de réformes territoriales en gestation, le transport négocie un virage difficile.

« Tripatouillages géographiques » et compétences

Qui dit « territoires », doit s’attendre à rencontrer les « millefeuilles » administratifs et autres « tripatouillages géographiques », selon l’expression de Gilles Bontemps, vice-président du conseil régional Pays de la Loire et président de la commission Infrastructures, transports et déplacements. À l’heure où les départements sont menacés au profit de onze mégas régions, et où la loi Mapam (loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles) traîne déjà son cortège d’inquiétudes, les participants ont mené une réflexion sur la répartition des compétences transports entre les différentes strates administratives. Le problème? « Chacun dessert son territoire et ne va guère au-delà », selon Dominique Romann, membre du conseil de la Fédération nationale des associations d’usagers (Fnaut).

Pour certains, comme Jean-Yves Petit, vice-président délégué aux transports et à l’écomobilité de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et président de la régie, la régionalisation des réseaux semble être une bonne solution. « Pour faciliter l’accès aux transports collectifs, il faudra aller vers une tarification unique à l’échelle régionale », a-t-il affirmé. Face à la crainte d’une centralisation trop radicale qui pourrait exclure les petits opérateurs des appels d’offres futurs, il a cependant voulu rassurer l’assistance. Selon lui: « On ne fera pas d’appel d’offres pour un seul opérateur. Il n’y a aucun intérêt à ce qu’un seul opérateur agisse sur l’ensemble du réseau ».

Pour d’autres, la question est mal posée. « La priorité est d’économiser l’argent public. Le coût du millefeuille [territorial] est un problème, mais est-ce que le millefeuille lui-même est un problème? », s’est interrogé Étienne Chauffour, conseiller général de l’Essonne. Dans le même sens, Gilles Bontemps a défendu: « Le nombre d’autorités organisatrices n’est pas un problème. C’est la façon dont elles travaillent ensemble qui pose problème ».

Faut-il centraliser les compétences ou les déléguer à des AOT de second rang? Le débat a mis en évidence un paradoxe entre la proximité nécessaire des opérateurs sur leurs territoires et l’indubitable besoin de centraliser les décisions. Et Philippe Denis, président de l’ORT (Observatoire régional des transports) Pays de la Loire, d’user de métaphores parlantes: « La carte des transports urbains d’une ville qu’on ne connaît pas, c’est un sacré plat de spaghettis! Maintenant, il faut passer des spaghettis au plat de lasagnes, en se regroupant ». Reste à savoir à quelle échelle.

Dans ce contexte institutionnel mouvant, les participants n’ont pas manqué de partager leurs craintes. Pour Gilles Bontemps: « On est en train de casser quelque chose sans savoir ce que l’on va construire ». Résultat: transporteurs comme élus se sentent face à un « avenir incertain ».

La mobilité, une nouvelle donne

L’enjeu pour le transport est de répondre à une nouvelle demande, non seulement des usagers, mais aussi des territoires dont la vitalité dépend désormais de la mobilité. Mais à quoi correspond cette nouvelle demande?

« Le “transport” répondait à une logique technique. Avec une offre de “mobilité” on est dans une logique sociétale », a analysé Catherine Bouteiller, chercheuse au Laboratoire d‘économie des transports (Let). Cette nouvelle conception du déplacement engage une redéfinition du transport dont la responsabilité et le poids évoluent considérablement dans les débats publics. Pour Sébastien Capelle, directeur marketing transport chez Orange Business Services, la mobilité répond à une logique plus vaste. Contrairement au seul transport, « Elle pose la question du “pourquoi”. Le parcours ne commence plus par le déplacement en lui-même, mais par l’idée, l’envie de se déplacer du voyageur ».

Pour autant, le secteur est loin d’avoir acquis ses lettres de noblesse. Les intervenants ont dénoncé un décalage entre les lourdes attentes qui font pression sur le transport, et à plus forte raison sur la mobilité, face à un sourd rejet de la classe politique. Selon Étienne Chauffour: « Il existe un langage du transport qui exclut un peu les élus. Ils se positionnent souvent du côté des usagers et sont plus à dénoncer l’organisation des transports qu’à assumer leurs responsabilités. On est dans le déni. », a-t-il déploré.

Encore considéré comme « un mal nécessaire », selon les termes d’Alain-Jean Berthelet, le transport semble se frayer un chemin sinueux dans le monde politique. « Là où je suis inquiet, c’est que les transports ne sont pas au cœur des préoccupations dans la loi de réforme du territoire. À la limite, ils sont une sorte de composante dans le débat. On se dit: “Faisons la loi et on verra après pour le transport” », s’est troublé Étienne Chauffour.

Une exigence de qualité

Plus concrètement, créer une offre de mobilité – et gagner du terrain sur la voiture individuelle – passe par une exigence particulière sur le niveau de service. Catherine Bouteiller a rappelé en chiffres l’importance de la démarche qualité dans les entreprises autour d’un principe simple: « Le client est prêt à payer le prix pour un service de qualité ».

En matière de billettique, la chercheuse a évoqué les cartes prépayées, le paiement par SMS, ou encore la smartcard (la carte de transport servant de porte-monnaie électronique), utilisée à 100 % en Asie et aux États-Unis contre un usage de 60 % en France.

Côté information aux voyageurs, la multimodalité et sa valorisation sont de mise. Pour étayer son propos, Catherine Bouteiller s’est appuyée sur plusieurs enquêtes. Ainsi, une information de qualité réduit de 26 % le temps d’attente perçu par le voyageur, augmente de 50 % le sentiment de sécurité et de contrôle pendant l’attente et satisfait globalement 90 % des usagers. Par ailleurs, le client consentirait à payer de 5 à 20 % plus cher son titre de transport à l’unité s’il juge le service d’information fiable, selon une enquête de 2001.

Après avoir présenté la démarche de certification Engagement de service, délivrée par l’Afnor et obligatoire pour les PME adhérentes de l’association Réunir, 14 entreprises de transport indépendantes se sont vues remettre les trophées certification lors d’une courte cérémonie symbolique organisée par Réunir, pour la première fois effectuée en présence d’un public extérieur à l’association.

« Un label, ça rassure le client », a confirmé Philippe Voisin, directeur de Transports Voisin, une entreprise certifiée depuis 2006. « Chaque engagement a une suite et permet d’apporter plus de services aux clients, a-t-il défendu, cette année par exemple, nous avons pu gérer et répertorier dans l’entreprise plus de 200 objets trouvés. »

Le forum s’est clôturé dans une atmosphère presque familiale. Non seulement parce qu’il réunissait deux générations de transporteurs, juniors et seniors, mais aussi grâce à une forme de solidarité palpable entre les participants. « On a des compétences, et pas que de tourneurs de volant, a conclu Alain-Jean Berthelet, personnage au charisme fédérateur, on sait aussi réfléchir à notre métier et aux besoins de nos clients. » Une réflexion qui se poursuivra en 2015, lors de la deuxième édition du Forum Transports & Territoires, d’ores et déjà planifiée.

Les réformes territoriales: de quoi parle-t-on?

– L’acte III de la décentralisation, initié en 2013

Réforme des modes de scrutin des élections municipales, départementales (impliquant un redécoupage des cantons) et intercommunales.

Révision des compétences des collectivités.

Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (Mapam), en vigueur depuis le 27 janvier 2014:

– rétablit la clause de compétence générale des départements et des régions,

– crée une dizaine de métropoles (dès le 1er janvier 2015 pour Lyon).

– L’acte II de la réforme territoriale, amorcé par François Hollande et Manuel Valls

Réduction de moitié les régions en 2017.

Suppression des départements.

Suppression de la clause de compétence générale.

Redéfinition de la carte intercommunale dès le 1er janvier 2018.

À l’occasion du forum, un bus 100 % électrique à l’essai

À côté des véhicules Iveco Bus présentés à l’entrée du Centre de congrès d’Angers, l’opérateur B.E. green exhibait l’un de ses autobus 100 % électrique, l’Oréos 2X. Entre deux débats, les participants pouvaient à loisir tester le bus électrique en faisant un tour dans le quartier angevin. Le petit véhicule blanc, griffé aux couleurs de Réunir pour l’occasion, offre une capacité de 22 places, dont un espace pour personne à mobilité réduite, et peut atteindre jusqu’à 70 km/h. Ses batteries lithium-ion, lui donnent une autonomie de 120 km.

« À la conduite, ça n’a vraiment rien à voir avec le diesel », a confié la conductrice entre deux trajets. « Je l’ai conduit pendant la saison d’hiver à Font-Romeu [Languedoc-Rousillon, ndlr], et je ne l’ai pas chaîné une seule fois! », raconte-t-elle. Pour sa boîte automatique, comme pour sa maniabilité, l’autobus semble en effet avoir conquis son guide. Seul hic: le petit bus sur batteries est tellement silencieux qu’il pourrait en devenir dangereux, notamment pour les piétons inattentifs. « Il arrive souvent que les gens ne m’entendent pas arriver, explique la conductrice, mais comme le klaxon ressemble à celui d’un tramway, lorsque les piétons l’entendent, ils sont surpris d’entendre un signal auquel ils ne sont pas habitués hors des rails de tram et regardent immédiatement d’où ça vient. »

Créée en 2010, B.E. green est une filiale du transporteur Autocars Dominique. Avec une flotte de 24 bus électriques, il est le premier opérateur privé à s’engager dans l’énergie "propre" en France.

Déclinés en trois modèles: Zeus, Oréos (2X ou 4X) et Aptineo, ces bus sont notamment exploités pour le ministère de la Santé, Microsoft, Safran, GSK-AXA, la mairie de Paris (pour six ans sur la traverse Brancion-Commerce dans le 15e arrondissement), mais aussi sur de nombreuses locations saisonnières.

Le réseau de Belfort sous les applaudissements

Parmi les offres globales et intermodales citées à titre d’exemple, le réseau de Belfort (Franche-Comté) présenté par Bastien Faudot, chargé de mission au Syndicat mixte de transport en commun (SMTC), a été particulièrement salué.

Pour le réseau belfortain, qui a souffert d’une baisse de fréquentation de 10 % par an sur près de dix ans, la partie n’était pas gagnée. Pour les autorités locales, ce bilan alarmant a fait du transport une priorité absolue dès 2007, date à laquelle le réseau est baptisé Optymo.

En prenant en compte l’ensemble du département dans le périmètre de transports urbains (PTU), « ce qui est un cas unique en France », a précisé Bastien Faudot, le territoire desservi regroupe 75 000 habitants dans le pôle urbain, et autant en zone suburbaine. « Nous avons une approche servicielle », a-t-il expliqué. Les transports collectifs en site propre circulent sur une boucle empruntée par l’ensemble des lignes urbaines. « Nous avons voulu nous concentrer sur ce dont on avait besoin, à savoir 13 km réels de lignes commerciales », a-t-il précisé.

Autre réussite sur le réseau Optymo: le report modal. Le territoire urbain propose des stations de vélos en autopartage tous les 300 mètres (pour 800 utilisations de vélos quotidiennes), et 200 voitures en libre-service attendues d’ici la fin de l’année. Bastien Faudot a par ailleurs indiqué que 65 000 habitants sont équipés du Pass Optymo, sur une population de 145 000 âmes.

Avec un budget de 37 millions d’euros dans le transport, l’AOT a fait passer le nombre de trajets de 4 millions en 2006 à 8,8 millions en 2013. La vitesse commerciale des véhicules a également augmenté de 14 à 21 km/h. Le tout avec un titre de transport à 0,80 euro l’unité. « Applause ».

Retour au sommaire

Auteur

  • Capucine Moulas
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format