Afrique du Sud Présenté un temps comme l’infrastructure d’avenir du pays, le TGV Johannesburg-Durban semble revenu au second plan. C’est un sujet que le président Jacob Zuma, réélu en mai dernier, n’a quasiment pas évoqué durant sa dernière campagne.
Aujourd’hui, en matière de transport, les priorités semblent davantage orientées vers les énormes besoins d’adaptation des transports publics des grandes villes du pays.
Après l’inauguration en 2010, entre Johannesburg et son aéroport, du tramway express Gautrain, chantier lié à l’organisation de la coupe du monde de football, puis son prolongement vers Pretoria, il avait été question de la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse entre Johannesburg et Durban, via les aéroports respectifs de ces deux agglomérations. Et surtout, suite à la visite officielle que le président sud-africain avait rendue, peu de temps après, à son homologue chinois.
À cette époque, le gouvernement s’était montré favorable à la réalisation des études de faisabilité pour cette nouvelle liaison reliant la capitale économique et plus grande ville du pays, Johannesburg, à Durban, capitale du Kwazulu-Natal, l’une des villes et l’un des ports d’Afrique parmi les plus dynamiques du continent. Deux agglomérations, l’une de plus de 10 millions d’habitants et l’autre autour de 4 millions d’habitants, distantes de 600 kilomètres et pouvant être reliées en moins de trois heures! L’ambitieux projet était alors évalué à près de 25 milliards d’euros.
Le Groupe Chinois du Chemin de Fer (CGCC) s’était d’ores et déjà positionné sur le chantier, établissant même un accord avec la Standard Bank d’Afrique du Sud. Un accord d’autant plus facilité que depuis 2008, avec l’acquisition de 20 % des actions, cette structure financière était passée dans le giron de la Banque de l’Industrie et du Commerce de Chine. Dans la foulée du sommet de Copenhague de 2009, l’Afrique du Sud déclarait alors « vouloir diminuer ses émissions de CO2 de 46 % » en compensation de l’obtention de crédits internationaux. À ce moment, une gare flambant neuve sortait de terre, dans le centre de Durban. Aujourd’hui, elle est surtout fréquentée par les courants d’air ou encore par les quelques trains improbables qui relient plusieurs fois par jour Durban à Johannesburg, en environ 7 heures, quand tout va bien.
Cette situation livre à une noria de compagnies aériennes l’un des trafics les plus denses du continent africain. Mais, avec une monnaie nationale qui bat de l’aile (le Rand a encore perdu plus de 20 % de sa valeur sur la dernière année par rapport aux monnaies de référence, le dollar ou l’euro), les comptes doivent être réévalués au quotidien. Voilà qui a, semble-t-il, conduit ce projet à figurer dans la catégorie du moyen terme.
Pour autant, les questions de transport en Afrique du Sud ne se limitent pas à la seule grande vitesse ferroviaire, bien au contraire. « Sur les quatre grandes villes du pays, Johannesburg, Durban, Le Cap et Port-Elisabeth, les questions du transport du quotidien et de la mobilité des populations se posent avec de plus en plus d’acuité et méritent bien aujourd’hui, alors que le pays figure parmi les premiers au monde en terme de croissance économique, de figurer parmi les priorités du gouvernement », analyse Thami Manyathi, directeur de l’Ethekwini Transport Authority à Durban.
L’Ethekwini est l’une des huit municipalités métropolitaines d’Afrique du Sud créées en 2000. Elle compte à ce jour 3,5 millions d’habitants autour de la ville de Durban. C’est bien dans ce sens que le gouvernement de Pretoria a initié, depuis 2007, une politique d’investissement reposant sur un financement annuel de 5 milliards de Rands, l’équivalent à ce jour de 300 millions d’euros, répartis sur l’ensemble des grandes villes. « Chacune d’entre elles s’efforce de proposer les meilleurs projets de façon à récupérer de l’État le plus d’argent possible », explique Thami Manyathi. C’est tout le sens du projet Go Durban, un slogan et une marque lancés l’année dernière pour ce qui concerne l’agglomération de Durban.
Go Durban est donc l’appellation du futur réseau intégré rapide de transport en commun. Sa vocation vise à fournir un système de transport sécurisé, flexible, transparent et à un coût mesuré pour l’agglomération de Durban sur le périmètre de Ethekwini. « La population de Durban est adepte depuis longtemps des transports en commun: d’après nos derniers sondages, 55 % des habitants les utilisent, alors que les autres marchent à pied ou utilisent la voiture individuelle », précise Thami Manyathi. Go Durban s’engage à promouvoir le transport pour qu’il devienne universellement accessible à tous les citoyens du territoire. Par cet engagement, cette ville ambitieuse, qui se qualifie de « ville mondiale », affirme que ces investissements d’infrastructure sont essentiels à la viabilité de la région et à l’élévation du niveau de vie de ses citoyens.
Ainsi, ce projet se veut l’un des piliers du développement et de l’intégration sociale à travers ce territoire particulièrement multiculturel, multiethnique et multireligieux. Il compte 70 % de noirs, 18 % d’indo-pakistanais, 8 % de blancs. Go Durban est aussi identifié comme l’un des piliers clé, essentiel à la stimulation de la croissance économique dans la région. Son objectif est de fournir une continuité entre les différents modes de transport, en créant les meilleures facilités d’accès possibles aux différents arrêts ou stations, en utilisant les dernières innovations en matière de billetterie électronique, tout en assurant la sécurité et la sûreté des passagers. Sur ce dernier point, l’amélioration de l’éclairage et de la signalisation, les choix de l’aménagement paysager et du mobilier urbain, la conception des trottoirs et des routes sont orientés vers cet objectif, alors que l’ensemble de la conception du projet devra intégrer les exigences et les principes d’une économie durable.
Le programme initial comprend la conception et l’aménagement des stations avec la création de parcs de stationnement incitatifs et inclut la planification. Au niveau du réseau proprement dit, Go Durban a défini neuf tracés d’ici à 2027, des corridors de transport liés par différents modes de transport (bus, trains et taxis) sur le périmètre d’Ethekwini. L’un d’entre eux sera principalement ferroviaire, avec la réhabilitation des voies existantes, et les huit autres routiers. L’offre de transport est intrinsèque à la création d’une ville dynamique, viable et durable. Le but réel de la planification des transports est la fourniture de l’accès aux lieux de travail, aux équipements sociaux comme l’éducation ou les hôpitaux, de même qu’aux biens et services des centres commerciaux.
En accord avec la vision de la ville qu’ont les autorités publiques à l’horizon 2030, la métropole d’Ethekwini doit devenir la plus vivable de l’Afrique, ambitionne Thami Manyathi. Go Durban vise à fournir des transports publics abordables et accessibles aux citoyens: « dans l’ensemble de l’Ethekwini, au sens large, il n’est pas question d’augmenter le prix d’une course, qui est aujourd’hui, tout compris, de 15 Rands (1 €) quelle que soit la distance », avertit le directeur de l’Ethekwini Transport Authority.
Le chantier est gigantesque. À ce jour, le système de transport en commun est totalement désorganisé. Des flottilles de taxis collectifs quadrillent l’agglomération au gré de l’humeur des gérants et des conducteurs et sur des itinéraires laissés à leur initiative. Quelques compagnies d’autobus tentent, elles aussi, de se faire une place au soleil. « La première des choses est d’installer progressivement un cadre qui repose sur des règles écrites », prévoit Thami Manyathi – pour information, à ce jour, c’est la tradition orale qui prévaut. À cette fin, vient d’être constitué le Forum des taxis collectifs. Une centaine d’entre eux s’est manifestée et les premières réunions viennent de se tenir.
Go Durban vise à fournir une flotte de véhicules remise à niveau, des installations propres et efficaces, des arrêts repérés et des gares entretenues et sécurisées. Les heures de fonctionnement seront prolongées jusqu’à minuit. La fréquence des services sera ramenée entre 5 et 10 minutes pour les périodes de pointe et de 10 à 30 minutes pour les périodes intermédiaires. Les véhicules auront un accès universel, en particulier pour les fauteuils roulants. Un bureau central de contrôle et de sécurité sera mis en place. Le dispositif tarifaire et de distribution intégrera les dernières avancées en matière électronique. L’offre du réseau sera globalisée, c’est-à-dire qu’elle intégrera les systèmes de déplacement en amont et en aval: marche, vélo, services interurbains, taxi, etc. Ces derniers devront être équipés de compteurs.
Le calendrier envisage l’aménagement de 60 kilomètres pour la réalisation et la mise en œuvre de la phase 1 du réseau qui correspond à la réalisation du premier corridor. Il doit entrer en service en 2016. La succession de la réalisation des autres corridors devrait s’effectuer à raison d’un nouveau par an, pour un achèvement de Go Durban, en 2027. « Par sa nature à grande échelle, ce projet créera également des emplois et contribuera à la réduction de la pauvreté dans la province. Il se traduira par le rajeunissement urbain, un renouveau architectural et la revitalisation d’espaces délabrés ou en friches. Il constituera à terme l’un des héritages durables créés pour l’avenir de Durban », estime Thami Manyathi.
Au niveau du parc de véhicules, le choix de Go Durban s’est porté sur des véhicules articulés d’une capacité totale (places assises et debout) de 160 personnes. 600 unités vont être commandées. Quant à l’exploitation de l’ensemble, l’Ethekwini Transport Authority, qui est l’émanation des pouvoirs publics locaux, souhaite la confier à une société spécialisée du secteur des transports collectifs: « nous allons lancer un appel d’offres le 15 février prochain, avec le cahier des charges précisant nos souhaits en matière de service et de respect des horaires, et nous nous orienterons vers un contrat d’une douzaine d’années », prévoit Thami Manyathi. Un chantier ambitieux est désormais sur les rails, s’appuyant sur une volonté et des priorités qui semblent confirmées par les décisions gouvernementales… qui relèguent le TGV entre Johannesburg et Durban à une étape postérieure.
