Informatique embarquée Un des enjeux de tout exploitant de matériel de transport est le taux de disponibilité opérationnelle. Obtenir en toutes circonstances un parc prêt à rouler, en réduisant au maximum les véhicules en réserve, constitue un gisement de productivité.
Constructeurs et équipementiers l’ont bien compris!
Le développement des BHNS, des fréquences cadencées et des services nocturnes ont mis les parcs sous grande pression. Dans le même temps, la multiplication des systèmes électroniques et la sévérisation des normes antipollution rendent les véhicules de plus en plus complexes et fermés aux exploitants disposant encore d’ateliers intégrés. Comment faire remonter, avant même la fatale immobilisation, les alertes provenant des véhicules?
Premiers concernés: les constructeurs eux-mêmes. Aux avant-postes sur ces thèmes, on trouve Daimler et Volvo AB. Ainsi, le groupe Daimler a-t-il développé une offre de service appelée FleetBoard. Proposée aussi bien sur les camions que sur les autocars et autobus Mercedes-Benz et Setra, ce système permet de communiquer en temps réel avec le véhicule. « L’envoi de données sur plusieurs sujets, comme les moteurs, la possibilité d’un diagnostic à distance ou encore des statistiques sur la gestion des portes, notamment en urbain, intéressera autant les responsables d’atelier que les responsables d’exploitation », explique Julien Calloud, directeur commercial France de Evobus (Mercedes-Benz et Setra). De cette manière, il donne en clair des outils de performance tels que les temps de conduite, la distance parcourue avec le nombre d’arrêts, la gestion et les consommations de carburant (moyenne, totale, passée à l’arrêt, calculée par véhicule ou par conducteur).
Euro VI, avec sa complexité technique supplémentaire et l’attention accrue portée par tous sur la consommation des véhicules, pourrait redonner un coup de projecteur sur les avantages de ces solutions télématiques.
La géolocalisation incluse dans le contrat permet de suivre la position des véhicules et d’anticiper les besoins éventuels de relais ou d’attributions de missions. Il permet aussi de remonter les données du chronotachygraphe, tant sur le véhicule que sur les temps de conduite (une fonction utile pour les responsables d’exploitation). Tous les véhicules depuis Euro VI sont prévus chez Mercedes-Benz et Setra pour recevoir FleetBoard départ usine. La seconde monte est possible dès lors que le véhicule est doté d’un réseau BUS-CAN avec prise FMS. Car le constructeur, dans son optique de développer ses services sur toute la durée de vie du véhicule, souhaite augmenter le taux d’abonnement de ses clients à FleetBoard. « Dans le domaine de la télématique, nos volumes restent faibles mais nous souhaitons apporter nos solutions aux petites structures, car si les grands groupes ont pu développer leurs propres systèmes informatiques, les entreprises plus petites ne peuvent pas toujours le faire. » Le constructeur souhaite donc profiter du mouvement de consolidation technologique dans la télématique pour diffuser plus largement FleetBoard. « Dans le secteur, la télématique était fragmentée, séquentielle par type d’usage et suivait la multiplication des équipements, la tendance est clairement à l’interopérabilité », ajoute le responsable d’Evobus.
Le Volvo Telematics, système pionnier dans le domaine du transport de marchandises, existe aussi pour les autocars et autobus Volvo: il permet la géolocalisation mais aussi l’échange d’informations vers l’exploitant pour tout ce qui est lié au fonctionnement du véhicule, intervalles de vidanges, alertes éventuelles, données sur la conduite, la consommation, les surrégimes, le nombre d’heures passées au ralenti (et la consommation de gazole correspondante), etc. Il repose aussi sur le principe d’un abonnement, sachant que les véhicules Volvo sont, avec Euro VI, pré-équipés en série (seul le moniteur doit être ajouté, sauf si l’option usine navigation GPS est déjà sélectionnée pour les autocars).
Du côté d’Iveco Bus, le constructeur a été l’un des premiers à proposer des outils de gestion de flotte via son offre Intellibus. Mais faute d’une réelle promotion, Intellibus a surtout été vendu à l’étranger, notamment en Italie, et concerne les gammes Citelis, Crealis, Crossway et Magelys Pro. Relativement simple, il donne accès à la géolocalisation, à l’information en temps réel sur les alertes et les alarmes véhicule (qu’elles soient immobilisantes ou non), ainsi qu’au suivi de la consommation. Un coup d’œil rapide du côté des poids lourds Iveco laisse pourtant penser que la branche des autocars et des autobus pourrait peut-être profiter à terme du nouveau système Iveconnect, l’heure étant aux synergies dans le groupe CNH Industrial. Développée depuis avril 2013, la solution comprend la géolocalisation et le suivi de flotte (position temps réel et historique disponible 2 mois sur le serveur), mais pas la navigation embarquée qui est en option. De plus, elle inclut le téléchargement automatique des données du chronotachygraphe, et donc le récapitulatif des heures de conduite et de repos des conducteurs.
Autre tendance qui s’affirme en transport urbain: le confort de conduite. Que ce soit chez Actia avec le DriverAid, chez Sirac avec le RIBAS ou chez 21st Century, le suivi en temps réel de la conduite est devenu un véritable sujet. Laurent Sénigout, directeur d’exploitation de Keolis Lyon (réseau TCL), confirme la recrudescence des réclamations de clients en ce qui concerne le confort de conduite. Cette évolution n’est pas due à une dégradation du comportement des conducteurs receveurs, mais bien à une hausse des exigences des passagers!
À Orléans, Keolis a généralisé le dispositif 21st Century pour mesurer le confort de conduite. Les critères de confort recoupent, pour certains d’entre eux, ceux de la conduite rationnelle: les accélérations latérales, les freinages et les accélérations brusques font partie des points analysés et mémorisés par les systèmes d’analyse des données. Certains donnent directement au conducteur les alarmes avec le motif (comme le système Sirac RIBAS), d’autres se contentent de lui afficher une évaluation globale (21st Century, Actia). Mais dans tous les cas, les exploitants peuvent accéder aux données détaillées.
Si ces dispositifs peuvent être perçus comme du “flicage” par les conducteurs, ils peuvent aussi leur éviter des recours abusifs de la part des clients (un passager qui chute sans qu’il y ait eu un freinage ou un virage brusque par exemple). Ils sont surtout conçus pour permettre aux entreprises de réduire leurs coûts de maintenance sur le moyen terme: sont particulièrement sensibles les postes carburant bien sûr, mais aussi les plaquettes de freins et les pneumatiques! Suivant les équipementiers et les constructeurs, les gains sur le poste gazole peuvent osciller entre 2 et 15 % en moyenne. De quoi compenser le coût de l’abonnement et des terminaux de la plupart de ces offres dont les barèmes mensuels sont dégressifs en fonction du nombre de véhicules.
Notez que Sirac propose le RIBAS aussi bien en location mensuelle qu’en acquisition pure et simple, sachant que l’appareil peut être démonté et remonté sur un autre véhicule. Ils ont aussi en commun de reposer sur des systèmes de communication GPRS pour le transfert des données, le RIBAS de Sirac utilisant quant à lui une clé USB.
Les SAEIV (systèmes d’aide à l’exploitation et à l’information des voyageurs) peuvent prendre la main sur le réseau, directement à bord du véhicule, avec les priorités aux feux. Deux architectures existent: la balise du bus communique à l’automate de feux, en direct via une radio courte portée ou bien par la liaison radio au poste de régulation qui renvoie la demande aux armoires à feux situées aux intersections. Le couplage au SAEIV permet de savoir si le véhicule est en avance ou en retard sur son horaire de référence et active, ou non, les priorités aux feux.
Outre Comatis, Spie (avec le calculateur Kerlink Gateway IO) ou Thalès, les spécialistes des SAEIV comme Navocap ou Ineo Systrans proposent ces modules: « Cela contribue très fortement à la régularité », explique-t-on chez Ineo Systrans. Analyse confirmée par Laurent Sénigout, directeur d’exploitation de Keolis Lyon (réseau TCL): « Cela peut être très performant sur certains axes. Le gain de temps peut être très important dès que l’on circule sur plusieurs centaines de mètres de couloirs de bus sans arrêts intermédiaires ».
Il convient de noter que dans le cas des TCL, un rappel visuel sous le mât de feux permet d’avertir le conducteur de la prise en compte de la balise de priorité, « cela permet au conducteur de ralentir sans freiner et d’éviter des cycles d’arrêt et de démarrage inutiles ». Mais Laurent Sénigout prévient: « Pour que la régularité soit bonne, le graphique de circulation doit être robuste et fiable ». Les priorités aux feux et les SAEIV les plus sophistiqués ne pourront pas compenser la multiplication des obstacles et des restrictions de circulation que les élus des grandes villes s’ingénient à multiplier.
Si les conducteurs et les exploitants ont pesté à l’apparition du chronotachygraphe numérique en 2005, celui-ci commence à révéler tout son potentiel pour améliorer la productivité de l’exploitation. Ainsi, les logiciels de traitement des données des cartes conducteur, ou de celles relatives aux véhicules, permettent-ils de faire apparaître les vitesses excessives! Une analyse fine des données de vitesse, des cycles d’arrêt et de roulage permet aussi de voir si le temps de fonctionnement moteur n’est pas disproportionné par rapport au parcours effectué.
Les ordinateurs de bord des véhicules eux-mêmes, via les afficheurs au tableau de bord, sont de bonnes sources d’informations pour les responsables de parcs. VDO Continental propose différents systèmes permettant le retour d’informations en direct depuis les chronotachygraphes. Bien sûr, il faut un responsable de parc qui soit sur place pour regarder les données sur les véhicules, ce qui ne peut se faire que pour des parcs restreints et disponibles sur le parking. Mais ce recoupement entre données de chronotachygraphe numérique et ordinateur de bord ne coûte rien si ce n’est un peu de temps, et il se révèle aussi sans contestations possibles!
