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Des personnels de plus en plus diplômés et spécialisés

Administration Si les collectivités territoriales gèrent comme elles l’entendent leurs réseaux de transports en commun, en fonction du contexte qui leur est propre, force est de constater qu’elles suivent toutes plus ou moins la même tendance, celle d’une plus grande professionnalisation de leurs agents.

Ils mettent en œuvre la politique des élus en matière de transports en commun, travaillent sur les appels d’offres, réfléchissent aux évolutions de la mobilité durable et connectée. Qui sont-ils? Ce sont les personnels des services Transports des collectivités territoriales. Pourtant, ces travailleurs de l’ombre, aux missions plus que variées et stratégiques dans le domaine des transports, sont assez peu connus et souffrent souvent du stéréotype peu flatteur du fonctionnaire qui ne connaît pas forcément tous les tenants et aboutissants du secteur.

Bien sûr, il est parfois difficile pour les petites collectivités d’avoir en leur sein des professionnels pour chaque secteur dans lesquels elles sont compétentes. « Avec 32 000 habitants sur notre territoire, nous n’avons pas de service Transports intégré. Nous avons en revanche une directrice des marchés qui s’occupe de la délégation de service public que nous avons avec Keolis », indique la communauté de communes de l’Abevillois.

De plus en plus diplômés

Mais quand on y regarde de plus près, force est de constater que les profils des agents des services Transports ont beaucoup évolué au fil des années. Ils ont gagné en professionnalisation et en maîtrise de leur secteur dans nombre de collectivités, grandes et moyennes.

Cela se voit d’abord quand on regarde au niveau des diplômes: « Aujourd’hui, nous avons un effectif de 15 personnes au sein de notre service », indique Delphine Leroy, chef du service Mobilités, prospective et contrats au sein du conseil général de Bretagne. « Il s’agit soit d’ingénieurs, soit d’universitaires (qui occupent notamment des postes d’attachés territoriaux) qui ont passé les concours de la fonction publique territoriale de catégorie A [c’est-à-dire bac +3 minimum, ndlr]. »

Même constat au sein de la métropole Rouen Normandie (anciennement communauté d’agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe, ou Crea): « La plus grande majorité de notre personnel est issue d’une formation d’ingénieur. Viennent ensuite plusieurs attachés, explique Catherine Goniot directrice du pôle Transports mobilité déplacements de l’agglomération. « Il est vrai qu’on a de plus en plus d’exigences au niveau des recrutements, notamment pour des postes de direction. »

De plus en plus spécialisés

Et cette exigence ne s’arrête pas aux diplômes: « Nous sommes aussi de plus en plus à la recherche d’experts dans leur domaine, ajoute la directrice, que ce soit dans le ferroviaire, la billettique, ou l’infrastructure par exemple. Et ça tombe bien, de plus en plus de formations spécialisées en master liées aux transports existent aujourd’hui et font que de plus en plus de jeunes arrivent avec une connaissance dans le domaine, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Bien entendu, nous avons aussi des profils plus classiques, issus du génie civil ».

Dans le cas où les profils recrutés n’ont pas été baignés dans le transport dès la sortie du bac, ces derniers sont formés une fois en poste: « Dans notre équipe, nous avons surtout des rédacteurs et des agents administratifs, et peu de personnes spécifiquement formées dans les transports », indique Alain Baudez, directeur du service Transports au conseil général du Lot. « Mais dans notre cas, nous ne nous focalisons pas forcément sur le cursus initial. En revanche, nous les formons aussitôt qu’ils intègrent nos services. »

Un glissement vers la professionnalisation

Résultat, avec cette hausse du niveau des diplômes et les exigences toujours plus grandes des collectivités en matière de recrutement, « on assiste à un véritable glissement vers le haut des qualifications des personnels », indique Jacques Leduc, directeur du service Transports du conseil général des Deux-Sèvres. « Cela est surtout vrai depuis une dizaine d’années. J’occupe cette fonction depuis 23 ans et j’ai constaté qu’avant, nous avions surtout des administrateurs. Aujourd’hui, nous avons surtout des techniciens, car au fil du temps, il est devenu nécessaire d’être technique. »

Une évolution du contexte réglementaire

Plusieurs raisons expliquent ce glissement. La première, selon Alain Baudez, est d’abord à chercher « dans l’évolution du contexte réglementaire qui a touché le secteur à la fin des années quatre-vingt-dix et entraîné l’ouverture à la concurrence. Cela a nécessité d’avoir des compétences en interne, notamment pour passer des marchés. Il nous était désormais demandé de réfléchir sur la mobilité, le déplacement. Résultat, on a progressivement remplacé les anciens cadres de l’administration générale par des personnes qui avaient fait des études dans le domaine ou avaient travaillé dans le secteur ».

De même, cette professionnalisation s’explique par le fait que les collectivités « qui sont autorités organisatrices, ont pris, selon moi, de plus en plus conscience de l’importance de cette compétence majeure », estime Catherine Goniot. « En effet, quand on regarde au niveau des budgets consacrés, on s’aperçoit très vite qu’ils sont très importants. Également, le transport en commun, c’est le service public à l’usager qui se voit le plus, car les bus qui circulent, les arrêts, etc., sont vecteurs d’une image pour une agglomération, au-delà même de la volonté du développement du transport public. C’est un outil de communication qui est très visible. »

Autre raison selon la directrice, « Les grands groupes comme Transdev ou Keolis, de même que nombre d’entreprises de transport, ont des personnels très compétents, ce qui n’existait pas avant dans les collectivités où il y avait un vivier d’ingénieurs généralistes. Il nous a fallu devenir capables de dialoguer avec eux, de comprendre, de mettre en place des stratégies de mobilité. Les collectivités, qui au départ dépendaient beaucoup de la connaissance des entreprises, ont petit à petit voulu reprendre la main sur leur compétence au détriment des exploitants. »

Prochaine étape: tous communicants

Cette évolution des qualifications ne devrait pas s’arrêter là d’après Jacques Leduc: « Et selon moi, la prochaine étape que l’administration doit encore franchir, c’est de devenir communicante. En effet, nous avons énormément de données que nous traitons et diffusons, tant aux entreprises, qu’aux usagers. Il y a un enjeu commercial à bien transmettre les informations, en agissant de manière plus fine dans nos relations avec les entreprises, dans notre communication, pour attirer toujours plus d’usagers dans les bus, etc. »

Mais comme le précise le directeur des services du département, regrettant qu’une « collectivité comme la nôtre n’aille pas encore suffisamment loin pour des budgets communication », pour pouvoir mettre l’argent sur la table, il faut encore en avoir les moyens. « Avec la disette budgétaire qui touche à la fois les départements, les régions et les communes, la communication reste pour l’instant surtout institutionnelle. Le financement va d’abord au service aux usagers », d’autant plus que dans le cas des départements, qui « ne savent toujours pas à quelle sauce ils vont être mangés » avec la réforme territoriale, cela n’incite pas à développer des actions dans ce sens.

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Auteur

  • Shahinez Benabed
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