Datacar Acteur émergent de la billettique au service des transports publics, Datacar, filiale du groupe portugais AMI, propose un système complet qui permet une meilleure gestion des recettes et du suivi des utilisateurs, tout en ouvrant la voie de l’interopérabilité et de l’intermodalité pour les réseaux.
Créée en 2011 dans le Vaucluse, Datacar est une jeune société à l’avenir prometteur. Présidée par Dominique Gauthier, ancien directeur pour la France de Veolia-Transdev, cette PME de 4 salariés, spécialisée dans la billettique nouvelle génération, est en train de se faire une place sur les marchés français et espagnols, en dépit de la concurrence féroce d’entreprises plus puissantes (Thalès) ou déjà bien installées (Vixx et Parkea de Besançon ou ACS).
« Notre spécificité est de proposer des systèmes complets de vente et de validation de titres, de suivi statistique des données pour les réseaux, qui facilite leur ouverture à l’intermodalité et à l’interopérabilité avec l’ensemble de l’offre de transport connecté (vélos en libre-service, TER, TAD, voitures en libre accès), et développe le paiement sans contact », explique Dominique Gauthier, fin connaisseur du secteur des transports qu’il explore depuis 26 ans, alors que son parcours universitaire (études d’ingénieur agronome et une thèse en physiologie) l’orientait plutôt vers d’autres destins professionnels.
Datacar est la filiale française du groupe portugais Ami-Tecnologias para Transportes qui prospère dans le développement de systèmes sans contact de gestion des recettes dans le transport public de voyageurs. Elle a su séduire les réseaux urbains de taille moyenne, jusqu’à 200 000 habitants et une flotte de 200 véhicules maximum, telles que Chalon, Montauban, Ajaccio, Oyonnax, Vichy ou Mont-de-Marsan, et interurbains comme dans le Vaucluse et prochainement le Cher (installation du système prévue à l’automne). « Comme nous sommes encore émergents, nous commençons à nous développer sur ces segments, mais nous pouvons aussi adapter nos matériels sur des réseaux de plus grande taille », explique celui qui a contribué, d’abord comme conseiller stratégique pour AMI avant d’en prendre la présidence, à la création de cette filiale et à son déploiement en France. Preuve à l’appui: Datacar est impliquée sur le vaste réseau urbain de Madrid avec 20 % du marché et plus de 500 machines installées dans les bus de la capitale espagnole.
Ce nouveau système répond à l’évidence aux mutations technologiques du marché. Si la billettique (les ventes de titres) est déjà largement répandue dans l’Hexagone, des améliorations devraient intervenir sur « la nature même de la conception des systèmes, l’approche systémique de la mobilité », afin de rattraper le retard sur d’autres pays (Asie). Selon Dominique Gauthier, grâce à ce système, tout le monde est gagnant, à commencer par l’usager: « Il a un accès simplifié à l’intermodalité et à l’information ». Même le TAD est intégré dans cette offre globale grâce à un système léger embarqué dans le véhicule qui n’a pas besoin d’être câblé pour la vente de titres. Les bénéfices pour l’opérateur ne sont pas nuls non plus car il est dorénavant capable « de s’interfacer avec les outils d’exploitation ».
Datacar développe aussi un précieux système d’aide à l’exploitation et d’information voyageurs en temps réel. En conséquence, les réseaux peuvent affiner leur niveau de connaissance des pratiques des usagers. Enfin, le conducteur n’est pas oublié puisqu’il n’a plus qu’un ordinateur à gérer, niché dans un pupitre à bord de son véhicule: « Nous avons permis une simplification de l’interface. Les manipulations du conducteur sont réduites dans la mesure où les systèmes (vente de titres, localisation en ligne) dialoguent entre eux. Tout cela se fait tout seul », précise-t-il.
Pour tous les réseaux, étranglés par les contraintes économiques réduisant leurs possibilités de s’équiper, Datacar a conçu une offre clés en main dans laquelle Dominique Gauthier croit beaucoup. « Les systèmes de billettique adaptés aux spécificités d’un réseau coûtent relativement chers », admet-il. « C’est pourquoi nous proposons une solution qui permet une variabilité du système en faisant baisser les coûts de 40 % par rapport à un système spécifique, et qui présente en plus l’avantage de limiter les bugs ». Cette offre s’adapte à tous les budgets grâce à ses trois niveaux de sophistication: basique (vente de titres), intermédiaire (qui introduit la possibilité d’un paiement sans contact) et élaboré (traitement des abonnements, statistiques, suivi d’utilisation et ouverture vers l’intermodalité). Ce dernier niveau introduit aussi une réponse à l’annexe 11 de la loi sur l’accessibilité de 2005, à savoir l’obligation d’indiquer aux voyageurs les points d’arrêt d’une manière sonore et visuelle.
Avec un chiffre d’affaires se situant entre 1,3 et 1,4 million d’euros à l’issue de l’exercice en cours, clôturé fin août (6 millions d’euros pour le groupe Ami), soit plus du double par rapport à l’an dernier, Datacar a réussi son entrée sur ce marché de niche pour le moins porteur. Il reste la moitié des réseaux interurbains à équiper: « Si la loi sur la décentralisation confirme que les régions auront un rôle en matière de coordination tarifaire, alors il leur faudra des outils pour assumer cette compétence, assure le président de Datacar. Notre système permet la desserte fine d’un territoire car nous intégrons aussi les transports individuels comme le vélo en libre-service ». Quant aux réseaux urbains, « un gros tiers d’entre eux n’est pas passé à la billettique. Nantes par exemple, en fait partie. Si l’on ajoute tous ceux qui sont équipés en magnétique, depuis 10 ou 15 ans, – et je ne parle même pas de la RATP – plus de la moitié des réseaux urbains est concernée », évalue-t-il.
Le groupe Ami, via Datacar, avec la société italienne AEP qui émerge aussi en France, ont leur mot à dire pour « dynamiser un marché qui évolue très rapidement ». D’ici peu, viendront se greffer au système actuel les paiements par cartes bancaires sans contact ou par téléphone. « Les banques prévoient que d’ici trois ans, 95 % des cartes bancaires pourront être utilisées sans contact. Le paiement par téléphone me semble plus complexe, mais nous sommes déjà compatibles ».
Dominique Gauthier estime que les autres évolutions tourneront autour du numérique: achat des titres ou information voyageurs en temps réel. « L’interface numérique va se développer avec le système de mobilité », estime-t-il. « L’accès au système sera encore facilité, l’outil de paiement sera simplifié, la collecte d’informations en temps réel sera plus fine. » Durant sa longue carrière dans les transports, le président de Datacar a acquis la conviction que « plus les systèmes seront reliés entre eux, plus l’utilisateur sera informé, plus il sera acteur de son déplacement et plus le transport public sera attractif ». L’enjeu va, en somme, bien au-delà de la technique.
