À un moment ou un autre, il va bien falloir s’y mettre? Réformer, réformer encore, réformer toujours, etc. Joli discours, presque gaullien, encore faut-il que les actes suivent la parole. À l’origine était le verbe, certes, mais il a bien fallu mettre la main à la pâte pour obtenir des résultats, quels qu’ils fussent. Et là, force est de constater que la mise en forme des projets présentés tient plus souvent du smoothie que de la pièce montée. D’ailleurs, de tous les « chocs » proclamés au fil des deux dernières années, combien aujourd’hui ont accouché d’autre chose que d’une petite secousse? Même la grande réforme territoriale, peut-être la seule qui puisse désormais se faire à coût constant, ne cesse de s’engluer dans la multitude des oppositions de tous bords, renforcée en cela par l’incapacité de l’exécutif à taper clairement du poing sur la table.
Et ce n’est certainement pas le basculement programmé du Sénat dans l’opposition fin septembre qui va permettre à cette belle idée d’avancer à la vitesse nécessaire. Face à une économie atone, un moral en berne dans toutes les strates de la société et des entreprises qui, quoi qu’on en dise, se préoccupent légitimement de reconstituer leur marge et de trouver des clients avant de songer à embaucher, que peut vraiment le gouvernement? Le simple fait de vouloir chasser le précédent locataire de l’Élysée ne fait pas œuvre de programme, l’optimisme forcé non plus. En quelques mois seulement, nous sommes passés de la procrastination à l’incantation, de la béatitude à la stupeur, et, tandis que chacun peut voir s’avancer la forêt, le maître du château semble se demander quoi faire de ses mains, consulte les augures et se retranche derrière le seul verbe. Face à des situations exceptionnelles, il faut des décisions du même ordre, prises par des hommes – ou des femmes – dont la vision transcende la médiocrité ambiante et le courage force l’admiration de tous. Le temps des petits calculs est révolu.
La vie n’est qu’une ombre errante; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien. (Macbeth, acte V, scène V)
