L’île Maurice Le projet d’un système de transport par voie ferrée refait surface à l’île Maurice, au moment où les préoccupations environnementales poussent les pouvoirs politiques à prendre des mesures pour apporter une alternative à la motorisation grandissante de la population.
Parallèlement, l’organisation des transports publics sur l’île se transforme.
Comme dans d’autres pays, le chemin de fer a été à l’origine du développement économique de l’île Maurice. C’est au début des années 1860, que le réseau ferré a pris son essor, d’abord autour de la capitale Port Louis à destination de Pamplemousses et de Mahébourg, ensuite vers Rivière Noire, Tamarin, Souillac. À son apogée, au milieu du XXe siècle, il totalisait 250 kilomètres, représentant une réelle densité pour cette île de taille modeste, perdue au milieu de l’océan Indien. Un réseau qui était autant utilisé pour acheminer les voyageurs, et principalement les enfants se rendant dans les écoles, que pour les besoins des plantations de tabac ou de canne à sucre. Puis, à partir de cette époque, avec la constitution d’un réseau routier et l’avènement des véhicules automobiles sur l’île, la transition s’effectuait au profit du transport routier. Ainsi, le dernier train de voyageurs quittait la gare de Port Louis, à destination de Curepipe, le 31 mars 1956. Enfin, après que les derniers convois chargés de canne à sucre ont stoppé leur rotation en 1964, le réseau est démantelé.
Dans le même temps, se constituait un réseau de transport, autant urbain qu’interurbain. Aujourd’hui, 5 compagnies de transports de voyageurs par autocar de divers statuts cohabitent sur l’île Maurice. La principale, la National Transport Corporation (NTC), est publique et totalise environ 500 véhicules. Trois autres sont privées, la United Bus Service (UBS), la Triolet Bus Service (TBS) et la Rose Hill Bus Transport (RHBT). Une dernière catégorie est constituée d’une multitude d’opérateurs indépendants réunis au sein d’une coopérative. L’ensemble du réseau insulaire totalise un parc d’environ 1 200 véhicules sous licence, de qualité et de standing assez disparates, de véritables antiquités côtoyant des bus du dernier cri.
Le réseau est particulièrement dense, mais d’une grande complexité pour les non initiés. Le territoire mauricien est en effet découpé en plusieurs zones et la tarification mêle à la fois la distance et le nombre de zones parcourues. Les tarifs restent cependant bon marché: à partir de l’équivalent de 0,15 € pour le plus petit des parcours, jusqu’à 0,55 € pour le plus long (0,25 € pour les enfants de moins de 13 ans et les étudiants). Le réseau ne compte pas moins de 220 lignes pour plus de 900 arrêts. Les services fonctionnent 7 jours sur 7 avec des fréquences réduites le week-end. Les utilisateurs de ces services de transport sont soumis à un code de comportement très inspiré de l’époque britannique, régulant les files d’attente, la discipline à bord des véhicules, etc. L’ensemble est contrôlé par la National Transport Authority (NTA) qui dépend du Land Transport. Les infrastructures et les bâtiments dépendent quant à eux de la Road Development Authority. Ces deux structures sont placées sous la tutelle du ministère des Infrastructures publiques.
Parallèlement, il existe un service de sécurité des transports qui collabore avec les forces de police. Ce système complexe est en pleine évolution avec la création du Mauritius Land Transport Authority (MLTA). Il est en train de se constituer et reprend progressivement les compétences des diverses structures énoncées plus haut, sous l’égide du ministère des Infrastructures publiques. Selon les derniers comptages effectués, le système actuel de transport par autocars transporte 150 000 personnes le matin et autant le soir, sans compter le reste de la journée, avec un trafic moindre.
Quant à l’évolution future, elle s’appuie sur diverses études engagées dès le début des années 1980, et sur une prise de conscience des gouvernements: la démographie mauricienne est en progression. Sa population atteint aujourd’hui plus de 1 300 000 habitants, mieux répartie sur l’ensemble du territoire que celle de sa voisine, l’île de la Réunion.
On dénombre à ce jour environ 400 000 véhicules sur l’île, avec un taux de motorisation qui augmente chaque année à un rythme de 13 à 15 %. Dans ces conditions, à la demande des différents gouvernements, plusieurs consultants et cabinets (dont le Systra) se sont penchés sur les différentes possibilités de rouvrir tout ou partie de l’ancien chemin de fer mauricien, entre Port Louis et Curepipe pour commencer. Plus près de nous, en 2011, le Premier ministre de l’île Maurice rendait visite à l’État de Singapour et en revenait convaincu par le métro. En fait, le choix retenu dès 2012 s’apparente davantage à un tram-train qu’à un métro traditionnel. Tram-train, ou métro de surface, un concept qui se situe entre nos TER et nos RER. Ce nouveau mode de transport a été baptisé le Mauritius Light Rail Transit (MLRT). Il est censé améliorer la mobilité, l’accessibilité et l’intégration sociale des habitants de l’île. Depuis cette date, la réappropriation des emprises par l’État a été engagée. À la mi-juin de cette année, on peut considérer que 95 % du tracé entre Port Louis et Curepipe est sa propriété. Restaient à ce jour une trentaine de dossiers et autant de parcelles.
Le projet représente un tracé de 26 kilomètres en double voie, jalonné de 19 arrêts dont 5 plateformes de correspondance avec les réseaux d’autocars, et la création de parcs relais (park and ride). Entre les deux terminus, à une vitesse de 80 km/h, le trajet devrait prendre entre 42 et 45 minutes. Cela devrait réduire sensiblement la durée de transport en autocar, qui est aujourd’hui d’une heure environ, et régulariser sa ponctualité. Il sera assuré grâce à des rames comprenant 5 wagons, ce qui correspond à une capacité d’environ 500 places, 60 % debout et 40 % assises.
Pour garantir l’attractivité du MLRT, les autorités gouvernementales souhaitent maintenir un niveau de tarif assez bas, 1,20 € pour l’aller simple et 2,40 € pour l’aller et retour sont envisagés.
Dans le cadre d’un partenariat public-privé, reste à ce jour la question du choix du partenaire. Celui-ci devra prendre en charge les questions de la réalisation de l’infrastructure, de son financement et de son exploitation. Un appel d’offres a été lancé en octobre 2013. Clos au mois de janvier, son attribution devrait être annoncée avant la fin de l’année, sauf coup de théâtre.
Selon nos informations, cinq dossiers ont été retenus et, alors qu’un candidat français figurait sur la ligne de départ, seules restent en lice une candidature chinoise et une indienne. La concession sera d’une durée de 21 ans. Dès le choix effectué, les travaux pourraient démarrer rapidement. Dans ce cas, les observateurs s’attendent à une mise en service du MLRT pour 2018. Une date a même été choisie, le 13 mars, date de l’indépendance de l’île Maurice. À ce moment, le trafic envisagé du MLRT serait de 100 000 passagers par jour.
Au-delà de cette date, d’autres phases sont envisagées. La première serait le prolongement du MLRT après Curepipe, à destination du sud de l’île vers Souillac et Grand Baie. Une deuxième prévoit la création d’une boucle passant par l’ouest de l’île Maurice, vers Cascavelle et Flic en Flac. Bref, la reconstitution progressive de l’ex chemin de fer du XIXe siècle est en route, version tram-train cette fois.
