Opinion Depuis huit ans, François Ferrieux, président de la commission transports du conseil général de l’Oise et président de Oise Mobilité, le Syndicat mixte des transports collectifs de l’Oise (SMTCO), arpente salons, congrès et autres manifestations publiques pour promouvoir son concept de “mobilité courante”.
Le 16 octobre dernier, il organisait son premier colloque sur ce thème, avec à la clé le lancement du club de la mobilité courante, un think tank qui fait figure de pionnier dans la profession.
En quoi consiste votre concept de “mobilité courante”?
La “mobilité courante”, c’est la mobilité par tous les moyens, autocar, vélo, covoiturage, marche à pied, etc. L’idée est de rendre possible à tout individu l’usage d’un service public de mobilité presque aussi facilement que l’accès à l’eau courante. Ce n’est pas parce que la liberté de la voiture solo ne sera pas facile à égaler que la bataille est perdue pour les autres modes. Les conditions pour atteindre cet objectif sont peut être difficiles à réunir, mais c’était le cas pour l’eau et le gaz du XIXe siècle, puis plustard l’électricité, le téléphone, l’ADSL et bientôt le très hautdébit. La mobilité courante est un droit nouveau qui nécessite des moyens politiquement moins corrects, transport à la demande, prêts de scooters, etc., et implique de garder un chaînon voiture solo dont l’importance sera minimisée. La “mobilité courante” est une prise de responsabilité collective par les autorités organisatrices (AO) de la fluidité de l’ensemble des chaînes.
Pour nourrir votre réflexion, quelle a été votre source d’inspiration?
Le concept a forgé ses premières armes le 4 décembre 2006, date à laquelle je me suis vu confier la responsabilité de booster les transports de l’Oise pour le département. à l’occasion du changement de majorité, j’ai hérité des clés du ministère des Transports de l’Oisemais… à moyens constants. D’où la création du Syndicat mixte des transports collectifs de l’Oise (SMTCO), composé de 14 autorités publiques, 6 intercommunalités et d’un syndicat intercommunal.
L’intermodalité s’est tout de suite imposée comme cheval de bataille que nous avons décliné en trois axes de travail: l’harmonisation des horaires sur l’ensemble du territoire, l’élaboration d’un système d’information intermodal et l’intégration d’une billetique unique.
En parallèle, nous nous sommes attribués deux autres missions facultatives: subventionner les AO qui travaillent activement au développement de leurs réseaux et coopérer avec les collectivités limitrophes, compétentes en matière de transport public, notamment pour les liaisons vers Paris et l’Ile-de-France. à l’heure actuelle, nous avons atteint nos objectifs à 90 % et considérons le SMTCO comme un “laboratoire de la mobilité courante”.
Parmi les spécificités du “laboratoire”: un versement transport additionnel, à quoi sert-il?
Le versement transport (VT) additionnel est une ressource spécifique prévue par la loi pour financer les syndicats mixtes de transport collectif que nous avons instituée au 1er janvier 2007. Recouverte par les URSSAF, elle est redevable par tous les employeurs, publics ou privés, qui emploient plus de neuf salariés, à l’exception des fondations et associations reconnues d’utilité publique, à but non lucratif et à vocation sociale, des associations intermédiaires et des employeurs justifiant d’assurer un logement permanent sur les lieux de travail ou effectuant intégralement et à titre gratuit le transport collectif de tous ses salariés au prorata des effectifs transportés ou logés. Elle est assortie d’une réduction sur les périmètres de transport urbain existant dans la limite d’un cumul ne devant pas excéder 0,80 %.
De même, un différé d’application a été prévu pour les communes nouvellement incluses dans le périmètre de transport urbain, bénéficiaires des mesures progressives d’harmonisation de VT urbain. In fine, au niveau du département, le VT nous rapporte 12 millions d’euros par an, un budget qui nous sert à venir financièrement en aide à certains de nos membres désireux de contribuer au développement de la mobilité courante.
Cette ressource a-t-elle contribué au financement de votre système intégré des services à la mobilité dans l’Oise (Sismo)?
Oui. Notre Sismo a vu le jour le 15 avril 2010 dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) de 12 ans signé entre le SMTCO et Site Oise, un groupement d’entreprises. Ce projet a nécessité un investissement de 21 millions d’euros. Amortit sur 12 ans, son coût annuel de trois millions d’euros est largement finançable grâce au VT.
Combinant l’information multimodale et la billetique tout en intégrant une solution de covoiturage, ce système à double flux permet à la fois à l’usager d’optimiser son déplacement et au décideur d’apprécier s’il y lieu de mobiliser des moyens nouveaux. Pour parvenir à ce résultat, tous les acteurs du département ont été obligés de travailler ensemble régulièrement, puisqu’il s’agissait d’intégrer les données de tous les réseaux collectifs de l’Oise, c’est-à-dire de 14 AO, six AO délégataires du conseil général et 24 exploitants.
Quel rôle est dévolu aux collectivités locales dans ce combat pour la mobilité courante?
Pour les collectivités locales, tout l’enjeu consistera à prendre conscience du nombre élevé de déplacements formant une chaîne à plusieurs maillons, et à se préoccuper de la chaîne dans sa totalité. Supposons toutefois qu’une collectivité volontariste décide de mettre le paquet sur ses transports. Est-elle assurée que ses concitoyens seront plus nombreux à laisser la voiture au garage? Ceux dont le déplacement ne sort pas des limites de l’AO seront les bénéficiaires de cette action, mais les autres? Autrement dit: quid des déplacements nécessitant plusieurs modes?
Prenons un exemple: une personne souhaite aller à son travail. Les deux points ne relevant pas forcément de la même AO, son voyage nécessitera, au bas mot, l’utilisation de deux moyens de transport, un car interurbain puis un bus urbain par exemple. D’autant que plusieurs éléments peuvent l’inciter à préférer prendre sa voiture: l’un des deux trajets n’a pas fait l’objet d’une amélioration récente ou d’une tarification attractive, la correspondance horaire laisse à désirer, ce trajet nécessite de se procurer deux titres de transport, etc. Sichaque AO fournit un maillon optimisé pour sa partie, cela peut devenir parfaitement inopérant pour certains voyageurs dès qu’il y a un deuxième maillon, pire s’il y en a un troisième. D’où l’intérêt de décider ensemble de la façon d’articuler de manière continuellement lubrifiée les maillons entre eux. En clair, la structure de coopération nécessaire entre AO peut être associative, conventionnelle ou structurelle, comme un syndicat mixte de type solidarité et au renouvellement urbains(SRU).
Existe-t-il des limites au concept?
Au début je pensais que la mobilité courante existait déjà en Ile-de-France ou dans d’autres grandes agglomérations. Aujourd’hui j’ai révisé mon jugement, car je me suis aperçu qu’en plein centre de Paris, tout le monde avait accès à la mobilité courante, mais à certaines heures. Et dans des zones moins denses à l’extérieur de la ville, les limites sont aussi vite atteintes que dans certaines zones rurales. Là aussi, il y a lieu de plébisciter les possibilités de rabattement vers les gares ou autres pôles d’échanges multimodaux.
Le club de la mobilité sera-t-il le bras armé de ce concept?
Le club de la mobilité vise avant tout à regrouper les professionnels, les usagers et les experts du secteur pour qu’ils échangent leurs bonnes pratiques. Selon les premiers retours que nous avons eus, il intéresse aussi les transporteurs, car cela leur permet d’identifier les lieux où il n’y a pas de bout de chaîne et de pouvoir soumettre des questions qu’ils se posent tous les jours.
Au sein de plusieurs collèges, tout le monde amènera ses sujets de réflexion. Le club n’est pas uniquement un think tank, mais il se doit d’apporter aussi des réponses pragmatiques. Dès que nous créerons quelque chose, nous essayerons de voir rapidement si cela fait bouger les lignes. En milieu rural, il ne faut pas s’attendre à l’arrivée de métro, mais nous proposerons des solutions concrètes.
En développant depuis 18 mois des services de porte à porte, la SNCF surfe sur le concept de mobilité courante. De leur côté, Transdev, Keolis et la RATP Dev vantent les mérites de la complémentarité entre les différents modes. Cela montre que la mobilité courante est une préoccupation réelle.
Statutairement, ce club prendra la forme d’une association de loi 1901au plus tard fin février 2015. Il sera composé de membres fondateurs et de membres cooptés par catégories.
• Né le 15 septembre 1942.
• Ingénieur en aéronautique.
• 1983-2001: conseiller municipal de Compiègne.
• 2001-2014: conseiller général de l’Oise, canton de Compiègne-Sud-Ouest.
• 4 décembre 2006 à aujourd’hui: président du Syndicat mixte des transports collectifs de l’Oise (SMTCO).
