Nouvelles technologies Lauréat du concours mondial d’innovation, Qucit développe un système de disponibilité prévisionnelle des vélos et des voitures en libre-service. à Bordeaux, VCub Predict’ fonctionne depuis le 1er octobre.
Il aurait pu travailler comme trader. Mais son expertise en modélisation statistique l’a finalement mené au transport urbain. Pour être plus précis, à l’analyse des usages de leur véhicule que font les utilisateurs de vélos ou voitures en libre-service.
C’est tout d’abord comme simple usager du VCub que Raphaël Cherrier s’est intéressé au service des vélos en libre-service bordelais. « La station située à côté de mon domicile était souvent vide ou pleine. J’ai contacté la Cub [communauté urbaine de Bordeaux, ndlr] et Keolis pour obtenir des données. Je me suis ensuite plongé dans leur analyse. » Pour ce normalien, docteur en physique théorique, ces chiffres vont se révéler une mine d’informations. En parallèle de son métier de maître de conférences à l’I2M et à l’Ensam, Raphaël Cherrier élabore une stratégie sur le réassort optimal des stations VCub.
Les premières discussions avec Keolis et la Cub lui font sentir que ses travaux peuvent apporter une véritable plus-value au service. Aussi, se met-il en disponibilité de la fonction publique en septembre 2013 pour créer son entreprise. Qucit sera créée en mai 2014 avec Michael Kodochian, diplômé de Centrale Paris et de l’Insead, et ancien du secteur pétrolier. Lastart-up, qui est hébergée au sein de l’incubateur régional d’Aquitaine sur le campus de Talence, connaît rapidement ses premiers faits de gloire: lauréat du prix émergence du ministère de la Recherche, puis lauréat du Concours mondial d’innovation catégorie Big Data.
« Qucit a pour vocation d’améliorer les transports partagés à grande échelle, explique son créateur. Nos marchés naturels sont les systèmes de vélo et voiture en libre-service où la France est précurseur. Comme en plus nous avons la chance d’avoir de bons mathématiciens dans notre pays, nous avons vocation à devenir leader sur notre marché. »
La start-up a signé son premier contrat avec Keolis Bordeaux et développé l’application VCub Prédict’. Depuis son smartphone, il est désormais possible de connaître le nombre de vélos disponibles en temps réel, mais aussi dans les 12 prochaines heures de la journée. L’écran affiche une courbe qui précise le nombre de vélos qui devraient être présents en station à 10 heures, 11 h 30, 13 heures, etc. « Laprédiction va apporter une valeur à l’usager, même si on va parfois se tromper, prévient Raphaël Cherrier. Prévoir un taux de remplissage dans un tramway est assez simple, car on travaille sur des masses d’usagers. C’est plus compliqué pour une station de vélos qui compte quinze arceaux, car il faut anticiper les comportements de quinze personnes. Il est par exemple impossible de prévoir l’arrivée d’un groupe de cinq personnes. »
à Bordeaux, VCub Prédict’ est opérationnel depuis le1er octobre. Cette fonctionnalité a été ajoutée à une application déjà existante: La Bonne Station. Ce service permet de connaître via son smartphone la disponibilité des vélos en temps réel et de gagner des journées d’abonnement supplémentaires en ramenant son VCub dans une station vide ou en partant d’une station pleine. « Nousavons ajouté une machine à avancer le temps, avec une réglette que l’on déplace jusqu’à 12 heures plus tard », explique Raphaël Cherrier. Et Christophe Duprat, vice-président de la Cub en charge des transports d’ajouter: « On va désormais pouvoir savoir à l’avance comment programmer son déplacement VCub ». Les premiers tests font état d’un taux de fiabilité de 88 % à 30 minutes et de 74 % à 1h30. Pour établir ses prédictions, Qucit prend en compte l’historique des utilisations dans chaque station, mais aussi le taux de remplissage en temps réel ou la météo. Une donnée supplémentaire doit être ajoutée pour améliorer le taux de fiabilité: les événements culturels ou sportifs et les pannes de tramway.
En plus d’apporter une information utile aux utilisateurs de vélos ou de voitures en libre-service, le service que propose Qucit doit permettre de réaliser des économies sur le réassort des stations. « Nous pensons pouvoir diviser par deux ou trois le coût du réassort », affirme le jeune dirigeant. Celui-ci est d’ores et déjà en discussion avec Keolis pour proposer sa technologie dans d’autres villes où l’opérateur est présent. « Notre marché est mondial, déclare Raphaël Cherrier. Il peut être développé dans toutes les villes qui proposent des vélos ou/et des voitures en libre-service. Mais il peut également être utile aux loueurs de voitures. »
