Après la joie, légitime, de se voir enfin reconnus par l’État à leur juste valeur, les opérateurs du transport routier de voyageurs risquent de devoir batailler ferme pour qu’aboutisse enfin la tant attendue libéralisation des liaisons longue distance en autocar. Si tous les partis prenants de ce dossier, ou presque, s’en tiennent au discours politiquement correct qui réfute toute opposition entre les modes, force est de constater que dans les faits, la guerre a déjà commencé. L’appel à la grève pour le 4 novembre de l’Union interfédérale des transports, qui regroupe les sections CGT du secteur, est à n’en pas douter une première passe d’arme. Certes, il s’agit officiellement de rejeter en bloc toutes les réformes envisagées à ce jour, ferroviaire et territoriale notamment, et de protéger le principe même des services publics.
Mais la répétition à l’envi des termes « dumping social » et « remise en cause de la sécurité dans les transports » dissipe toute illusion sur la vraie nature de ce mouvement. Il s’agit d’une part de montrer sa capacité de nuisance dans le délicat dossier du statut des personnels ferroviaires (point d’achoppement fondamental de la réforme du même nom) et de rejeter en bloc toute idée de confier au privé le soin de développer ces fameuses lignes routières nationales qui manquent si cruellement au bon maillage du pays en matière de transport.
Pourtant, n’en déplaise à nos amis cheminots, le bonheur de travailler ne se trouve pas seulement au sein de la SNCF, et leur si cher statut n’est pas forcément l’alpha et l’oméga pour ceux qui œuvrent chaque jour à la fluidité des transports publics dans l’Hexagone. De même, la délégation au privé n’est pas synonyme de dégradation des conditions de transport pour la clientèle, voire d’un manque de sécurité. Qu’elles qu’en soient les raisons (pas toujours de leur fait, reconnaissons-le), les services les plus controversés en termes de confort sont à ce jour ceux de la RATP, sur un certain nombre de ses liaisons, et les catastrophes qui ont le plus marqué les esprits restent celles tristement vécues par la SNCF ces dernières années…
En ces temps difficiles pour tout le monde, la décence voudrait donc que l’on cesse de dissimuler des enjeux quelque peu corporatistes derrière un pseudo-sens de l’intérêt général. Qu’on ne s’y trompe pas, on parle ici d’accès au transport et d’emplois, et les deux vont souvent de pair.
