Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

« On fait partie de la famille des transporteurs »

Du sur-mesure Éric Heudicourt et Vincent Dumoulin, président et vice-président de l’association Première ligne qui regroupe les professionnels du secteur des moins de 9 places, militent pour la reconnaissance de leur activité auprès des transporteurs et des collectivités.

Pourquoi avoir créé l’association Première ligne?

Éric Heudicourt: Après avoir quitté la présidence de Vortex en 2011, j’ai voulu créer Première ligne parce qu’il était nécessaire que les entreprises spécialisées dans les véhicules de moins de 9 places soient représentées. J’y pensais déjà depuis deux-trois ans. Et il n’y avait pas de structure capable de rassembler ces professionnels.

Vincent Dumoulin: Il faut bien comprendre que c’est un nouveau métier. Éric Heudicourt, en fondant Vortex en 1999, puis Première ligne, a quasiment créé ce métier! Aujourd’hui, il y a une quinzaine d’entreprises adhérentes à l’association, plutôt de grosses structures du secteur, ce qui représente environ 5 000 véhicules, et une cinquantaine de sympathisants. Les entreprises y trouvent leur intérêt. Première ligne leur permet d’entrer dans la discussion. J’ai le sentiment qu’on a tiré la profession vers le haut.

Que représente ce secteur dans le monde du transport?

V.D.: On estime qu’il y a à peu près entre 20 000 et 30 000 entreprises qui exploitent des véhicules de moins de 9 places. Mais pour 90 % d’entre elles, ce sont des entreprises qui ont un ou deux salariés, voire même une seule personne qui exerce avec son propre véhicule. À côté, il y a une trentaine d’entreprises de taille plus importante.

E.H.: C’est environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en France pour le transport de personnes à mobilité réduite, et près d’un milliard pour le transport à la demande.

Quels sont les objectifs de Première ligne?

E.H.: Notre prochaine étape, c’est de fédérer les entreprises plus petites. Nous faisons un travail pédagogique dans ce sens-là. Nous organisons des réunions d’adhérents, et nous faisons ponctuellement des présentations de Première ligne. Beaucoup de ces professionnels sont concentrés sur leur métier et ne voient pas les enjeux du secteur. Nous avons signé un partenariat avec la FNTV en mai dernier, ce qui va nous permettre de donner de la force à notre discours.

Quels sont les enjeux du secteur?

V.D.: Ce que les gens ne savent pas en général, c’est que les véhicules de moins de 10 places sont sous l’égide de la même convention collective que les transporteurs classiques. Mais cette convention est faite pour les autocars, pas pour nous! Il faudrait que cette réglementation soit assouplie, même si c’est difficile de se faire entendre.

E.H.: Par exemple, nous transportons souvent des enfants handicapés. Si un jour, exceptionnellement, il faut aller chercher un de ces enfants à 10 heures au lieu de 9 heures, on le fera. Alors que l’autobus passe à 9 heures et lui, n’attend pas. On fait du transport public sur mesure, à la demande des conseils généraux.

V.D.: Nous siégeons aussi à la commission sociale de la FNTV. En ce moment, nous participons aux discussions pour l’adoption d’un accord de branche pour obtenir une dérogation à l’accord sur le temps partiel, en vigueur depuis le 1er juillet et décidé par le Medef et les centrales syndicales. Cet accord implique que le temps partiel ne pourra pas être inférieur à 24 heures par semaine. C’est, en l’état, une catastrophe, car dans le transport scolaire, nous embauchons beaucoup de salariés à temps partiel sur des durées forcément inférieures. Il renchérit nos coûts de 40 %, ce qui n’est évidemment pas supportable. Des entreprises risquent de disparaître et les collectivités feront appel aux taxis, ce qui leur coûtera beaucoup plus cher dans un contexte où les collectivités manquent d’argent. La signature de l’accord devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année, ou début 2015.

Allez-vous proposer votre propre convention?

V.D.: Obtenir une convention spécifique aujourd’hui, c’est illusoire. Et on a très vite compris que ce serait compliqué de changer la convention actuelle. Le dialogue est difficile, et nous sommes débutants dans ce genre de débat en quelque sorte. Première ligne est une association d’entrepreneurs. Nous ne sommes pas rompus au discours syndical.

Donc, on fait contre mauvaise fortune, bon cœur. On s’en tient à la convention, sous la contrainte des syndicats qui nous demandent d’appliquer la règle de manière rigide. Même si ces règles sont parfois absurdes pour nous. Après, on peut très bien avoir un chapitre ad hoc dans la convention collective. Il y a un avenant pour le TPMR, pourquoi ne pas envisager un avenant pour le moins de 9 places?

Êtes-vous entendu au sein de la FNTV?

V.D.: Nos entreprises étaient mal perçues. On est arrivés un peu comme des chiens dans un jeu de quille sur un marché historique, celui des autocars. Il faut rendre grâce à Michel Seyt qui a su convaincre les membres de la FNTV qu’il faut nous intégrer. Il a compris qu’on faisait partie de la famille!

Comment êtes-vous perçus dans la profession?

V.D.: Les partenaires pensaient que les moins de 9 places, c’était du transport de handicapés en fauteuil roulant. Lorsque nous nous réunissons, il faut souvent repréciser que ce n’est pas que du PMR. Les moins de 9 places, c’est aussi du transport scolaire classique dans les zones rurales, du transport à la demande, du sur-mesure.

E.H.: Et on peut envisager du transport personnalisé pour les grandes entreprises, dans le cadre de plan de déplacements. On ne peut pas nous réduire à la catégorie des PMR.

Et du côté des collectivités clientes?

E.H.: Les collectivités considèrent que nous sommes l’équivalent des taxis. Très souvent, elles nous envoient les appels d’offres quelques jours avant la rentrée! Ils ne comprennent pas qu’on achète des véhicules, qu’on embauche des gens, qu’on les forme. Que nous faisons du transport public, tout simplement.

V.D.: Il faut qu’on se mette en ordre de bataille pour transporter 700 à 800 personnes en quatre jours! Et souvent, il faut vérifier les informations qu’on nous donne, parce que les adresses des personnes à transporter sont fausses. Résultat: la première semaine de la rentrée scolaire est toujours un tour de force. Les salariés sont prévenus au dernier moment. Et certains enfants ne sont pas transportés, ou transportés au mauvais endroit! Derrière, nous pouvons le comprendre, les collectivités subissent la pression des parents. Mais le problème, c’est que les collectivités se déchargent à 99 % sur les transporteurs qui sont en bout de chaîne. Ces tensions donnent l’impression que l’entreprise fait un travail d’amateurs.

Que comptez-vous faire pour y remédier?

E.H.: On va faire un gros travail d’information. Notre objectif cette année, c’est d’informer les conseils généraux de nos contraintes, de notre métier qui est spécifique, mais aussi de nos droits. Et c’est leur devoir de nous fournir des informations exploitables.

V.D.: Nous avons vraiment l’espoir d’être entendus pour que ça change. Nous sommes optimistes. Le marché du transport en moins de 9 places est aujourd’hui bridé. Mais s’il est assoupli demain, c’est un marché qui va se développer de manière exponentielle et qui est susceptible de créer des milliers d’emplois! Le sur-mesure, c’est l’avenir!

Retour au sommaire

Auteur

  • Capucine Moulas
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format