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« Nous entrons en rébellion! »

Bras de fer Pascal Bureau, administrateur de l’Association des paralysés de France (APF), revient sur la création du collectif “Pour une France accessible à tous”, fin octobre dernier. Dans son viseur: l’ordonnance du 26 septembre 2014 créant les agendas d’accessibilité programmés dont le projet de loi de ratification doit être soumis au Parlement au plus tard le 27 février prochain. Son plan d’attaque: des actions en continu jusqu’à ce que le gouvernement baisse sa garde.

Quel est le contexte de la création du collectif “Pour une France accessible pour tous”?

Pascal Bureau: Ce collectif est né sous l’impulsion de l’Association des paralysés de France (APF) et regroupe vingt organisations représentatives de personnes en situation de handicap, de personnes âgées, de familles, d’usagers des transports, de piétons, de cyclistes, etc. Son objectif est de montrer au gouvernement que la question de l’accessibilité ne concerne pas qu’un faible pourcentage de la société, mais tous ceux qui empruntent la voirie, qui fréquentent les lieux publics ou qui empruntent les transports. Tout le monde, quels que soient son âge et son mode de vie, se trouve un jour concerné par l’accessibilité.

Pourquoi l’APF s’est-elle lancée dans cette aventure?

Historiquement, les combats de l’APF s’articulent autour de la défense des personnes atteintes de déficiences motrices. Par extension, nous défendons l’intérêt des personnes handicapées à travers différents filtres: l’emploi, le logement, la formation, l’exclusion, etc. En lançant ce collectif, nous nous inscrivons dans la droite ligne de cette tradition. Il n’est cependant pas le premier à voir le jour. Déjà, en 2001, nous avions monté “Ni pauvres ni soumis”, sur le thème des revenus d’existence. Toujours actif, ce collectif s’est illustré en organisant une “précaire pride” à Toulouse qui a rassemblé 200 participants en mai dernier. Avec “Pour une France accessible pour tous”, nous nous attaquons aujourd’hui à la problématique de l’accessibilité, particulièrement en matière de déplacement. Notre parti pris est de dire que plus les mesures pour achever les transformations nécessaires tarderont à être prises, plus lourdes seront les dépenses pour y faire face.

Quel problème soulève l’ordonnance publiée le 26 septembre dernier?

Cette ordonnance relative à l’accessibilité des établissements recevant du public (ERP), des transports publics, des bâtiments d’habitation et de la voirie introduit des possibilités de report et de dérogations allant de trois à neuf ans dans le cadre de schéma directeur d’accessibilité et d’agendas d’accessibilité programmée (SDA-Ad’AP). Nous nous battons pour l’accessibilité depuis quarante ans et la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances instaurait un délai d’application de dix ans, laissant ainsi entrevoir le bout du tunnel. Malheureusement, l’ordonnance de septembre dernier repousse ces obligations de dix années supplémentaires et nous prive de moyens légaux d’exiger quoi que ce soit des collectivités. Aujourd’hui, nous ne pouvons accepter de délais supplémentaires ou autre possibilité de recul. D’autant que cette ordonnance risque de profiter aux attentistes au détriment de certaines villes comme Lyon ou Grenoble qui ont mené de nombreux efforts en la matière.

Si des progrès ont été réalisés par certaines collectivités, l’échéance de 2015 aurait été symbolique puisque bon nombre d’entre elles étaient loin d’être dans les clous, que fallait-il faire?

Maintenir le cap du 12 février 2015. Globalement, les grandes métropoles avaient bien avancé, là où les plus petites restaient confrontées à de plus importantes difficultés. Ce n’était pas tant les flottes qui posaient problème, mais la voirie et les points d’arrêt. En effet, bon nombre d’AO ont renouvelé leur flotte et ont, de fait, hérité de véhicules accessibles. Certaines d’entre elles nous ont reproché les coûts de mise en accessibilité de leurs parcs, mais elles auraient été obligées de s’y coller du fait de l’évolution des motorisations et des législations européennes en matière de rejet de gaz à effet de serre. En revanche, la voirie et les points d’accès nécessitaient l’implication de beaucoup plus d’acteurs sur l’ensemble des tracés.

Que vous inspire la publication de quatre décrets de mise en œuvre de l’ordonnance du 26 septembre 2014 au Journal officiel le 6 novembre dernier?

Elle ne fait qu’exacerber notre crispation et nous amène à entrer en rébellion. Nous ne supportons plus le comportement du gouvernement. Le 10 juillet dernier, le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) avait déjà émis un avis négatif sur le projet d’ordonnance, le jugeant inacceptable en l’état et s’inquiétant de la possibilité de reporter indéfiniment un dépôt d’Ad’AP. Malgré cette opposition, le gouvernement n’a pas souhaité changer sa proposition. Ce qui est inscrit dans ces décrets correspond en tout point à ce que nous avions rejeté il y a quelques mois. C’est la raison pour laquelle nous demandons aux parlementaires de refuser de signer le projet de loi de ratification de cette ordonnance qui doit être déposé au plus tard le 27 février prochain.

Quels sont vos moyens d’action?

Nous allons mobiliser nos troupes et celles des associations qui nous ont rejoints pour décliner toute une palette d’actions locales et nationales. Nous avons déjà bloqué des péages, des autoroutes, des autobus et des parkings municipaux, ou organisé des marches avec des cercueils symbolisant l’accessibilité. Pour relayer ces actions, nous harmoniserons notre communication interne avec celles des associations partenaires et utiliserons les réseaux sociaux pour diffuser des vidéos. En parallèle, nous étudions aussi tous les recours juridiques possibles, que ce soit devant le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État ou les juridictions internationales pour non-respect des droits de l’homme.

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Auteur

  • Diane-Isabelle Lautrédou
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