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La SNCM à vau-l’eau

Analyse Instable depuis quelques années déjà, la SNCM a déposé lebilan début novembre, avant d’être placée en redressement judiciaire parle tribunal de commerce de Marseille à la fin du même mois. Jean-Paul Pagès,consultant portuaire et fin connaisseur de la SNCM, livre son analyse sur cettedérive et les perspectives qui s’ouvrent à la compagnie.

Le dossier SNCM fait couler de l’encre. Déclarée en cessation depaiement par son actionnaire majoritaire Transdev (66 % du capital) débutnovembre, la compagnie maritime a finalement été placée en redressementjudiciaire par le tribunal de commerce de Marseille le 28 du même mois.

La compagnie de ferries s’est en effet endettée de 103 millionsd’euros auprès de Transdev, auxquels s’ajoutent 14 millionsd’euros de créances auprès de Veolia Environnement, co-actionnaire deTransdev avec la Caisse des dépôts. Désormais face à deux alternatives, lacession ou la liquidation, la société vogue vers un avenir incertain. Lescauses de cette dérive se sont multipliées ces quinze dernières années, faisantdu cas SNCM un véritable sac de nœuds.

Une continuité territoriale détournée

Pour Jean-Paul Pagès, consultant ports et croisières et auteur de plusieursétudes sur la SNCM, dont un rapport officiel pour le ministère des Transportsen 1997, la première cause de ce déclin vient de la continuité territoriale.« La notion même de continuité territoriale a été vidée de toutcontenu au fil des ans », déplore-t-il. Créé sous la présidencede Jacques Chirac, ce principe prévoyait un alignement du transport maritimesur le transport ferroviaire.

« Mais, premièrement, la tarification de la SNCF a étébouleversée, ce qui a conduit à une perte de référence objective, expliquele consultant, Deuxièmement, la continuité territoriale faisaitl’objet de crédits. En 2002, cette enveloppe a été confiée à lacollectivité corse qui l’a utilisée pour tous les transports, ce qui anotamment permis la création de la ligne aérienne. Puis, ils l’ontutilisée pour les équipements, l’aménagement des ports, le transport dessupporters de l’équipe de football locale, etc. »,constate Jean-Paul Pagès. Résultat : la SNCM s’est vue peu à peuprivée de ces crédits.

Concurrence et syndicats

Se sont additionnées des contraintes grandissantes, dues à une délégation deservice public (DSP) de moins en moins souple, et la pression du concurrentCorsica Ferries « qui a la particularité de n’employer quedu personnel italien ou international, beaucoup moins coûteux pourl’entreprise que du personnel français », selon leconsultant. Sans compter le contrôle croissant de l’Union européenne quiexige que la SNCM rembourse 440 millions d’euros à l’État et àl’Office des Transports de la Corse pour des aides jugées déloyales etillégitimes.

Enfin, la mauvaise publicité qu’ont récoltée les syndicats, due à une« rigidité extrêmement forte », selon Jean-PaulPagès, n’a pas facilité la situation. « Ils ont exaspéré lahaute administration, aussi bien que l’opinion, avec desgrèves », constate le spécialiste de l’économie maritime.Après avoir énuméré cette « accumulation » de causes, ilconclut : « Et voilà pourquoi votre fille estmuette. »

Quels horizons ?

La première issue pour la SNCM serait donc d’être rachetée par unrepreneur. La compagnie étant présente en Corse et en Afrique du Nord,l’entreprise intéressée pourrait reprendre tout ou partie de sonactivité. Parmi les repreneurs déclarés, Baja Ferries, dont le patrond’origine marseillaise Daniel Berrebi, installé au Mexique, auraitd’ores et déjà fait part de son intérêt. Seulement, avec la compagnie, lerepreneur hérite aussi du panier de la mariée, à savoir les 440 millionsd’euros sanctionnés par l’Europe.

L’autre scénario, plus probable selon Jean-Paul Pagès, serait laliquidation de l’entreprise. « La SNCM estmorte », affirme-t-il. « En janvier ou en février,on déclarera qu’elle n’est pas viable. » Pour lui,même si « les arbitrages ne sont pas encorefaits », les actifs de la compagnie – à savoirles navires, puisque le siège a été vendu en 2012 – serontprobablement liquidés. Or, il y a tout juste un an, Paul Giacobbi, président duconseil exécutif de Corse, adressait un courrier à Alain Mosconi, secrétairenational aux transports du Syndicat des travailleurs corses (STC), pourannoncer la création d’une « société d’économie mixterégionale ».

Une probabilité que Jean-Paul Pagès entérine. « Ils créerontune société régionale corse. Ils pourront avoir trois bateaux, en faisant unemprunt, et ils feront gérer cette société par la Méridionale [l’unedes compagnies maritimes concurrentes de la SNCM, ndlr], et étendront la DSPsur cette société. » L’expert du secteur prédit même lareprise de son activité : « Il y aura un flottement auprintemps, mais au début de l’été, ça repartira. »

Reste une dernière hypothèse, celle de l’intervention d’un autreacteur, jusque là très discret, le département desBouches-du-Rhône.« Curieusement cette collectivité, qui disposede moyens financiers importants, s’est désintéressé du dossier, etn’a pas eu jusqu’à présent le même courage que ceux de Bretagnequi, confrontés dans le passé aux difficultés financières de la compagniebretonne BAI, étaient intervenus pour la renflouer avec succès et sauverdurablement les milliers d’emplois concernés. Un bel exemple dont ilconviendrait peut être de s’inspirer pour sauver le millierd’emplois menacés début 2015 à la SNCM », conclueJean-Paul Pagès.

Chronologie d’une dérive

20 novembre 2013

La Commission européenne réclame 440 millions d’euros de remboursementà la SNCM pour des aides d’État jugées illégales.

24 juin 2014

À l’initiative de la CGT Marins, les syndicats se mettent en grèvepour la reprise du plan long terme (la commande de quatre nouveaux navirescontre 500 départs volontaires). La grève dure 17 jours.

4 novembre 2014

Endettée de 103 millions d’euros, la SNCM est déclarée en cessation depaiement par Transdev.

28 novembre 2014

Le tribunal de commerce de Marseille annonce son verdict : leredressement judiciaire de la SNCM.

28 mai 2015

Fin de la période d’observation de la SNCM. Deux scénarios seprésentent à la compagnie : la cession de ses actifs (et de ses dettes),totale ou partielle, à de potentiels repreneurs, ou la liquidation de lasociété.

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Auteur

  • Capucine Moulas
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