Autocars L’atelier Lignes interrégionales: de la loi au terrain, s’est tenu les 4 et 7 décembre derniers dans le cadre de la 14e édition du Club Managers. Il est revenu sur les freins à lever pour permettre le développement de lignes de transport longue distance par autocar en France, en s’appuyant sur des exemples à l’étranger.
Le développement des lignes d’autocar interrégionales pourrait constituer une véritable aubaine pour les PME du transport de voyageurs en France, à condition de revoir certains aspects réglementaires et de bien prendre en compte les contraintes commerciales liées à ce type de service. Tel est le message que tentait de faire passer l’atelier intitulé Lignes interrégionales: de la loi au terrain, organisé les 4 et 7 décembre à Ouarzazate au Maroc.
La table ronde se déroulait dans le cadre de la 14e édition du Club Managers. Elle était animée par Dominique Gautier, président de DG Consulting, cabinet de conseil dans le domaine de la mobilité, qui a dressé un état des lieux de la situation réglementaire en France, tout en analysant des exemples de lignes interrégionales à l’étranger. L’objectif: amener les participants à réfléchir aux moyens de développer, avec succès, ce type d’offres dans l’Hexagone.
Le premier point développé au cours de l’atelier a été celui du vrai potentiel lié à ce type de service. D’abord, parce que comme l’ont rappelé les intervenants, l’Autorité de la concurrence estime que si la France arrivait à atteindre 5 millions de voyageurs en longue distance par an, cela permettrait la création de 10 000 emplois sur le territoire. Or aujourd’hui, les offres à ce niveau sont encore très peu développées, car peu de transporteurs, excepté de gros poissons tels qu’iDBUS et Eurolines, se sont pour l’instant jetés à l’eau.
Résultat, en 2013 dans l’Hexagone, seules 110 000 personnes avaient utilisé un autocar longue distance, un chiffre bien dérisoire à côté de pays tels que la Suède, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le Portugal. Chez nos voisins britanniques par exemple, pas moins de 30 millions de personnes avaient voyagé de cette manière en 2012.
Les raisons de ce retard français s’expliquent aisément. La première d’entre elle est avant tout réglementaire. En effet, même si la possibilité de proposer des trajets interrégionaux sur le territoire existe, elle est encore beaucoup trop contrainte pour qu’un réel développement de l’offre ne se fasse. Heureusement, un début de changement semble s’être amorcé, avec l’annonce, en octobre dernier, du ministre de l’Économie Emmanuel Macron de vouloir lever les freins à l’établissement de ces lignes. Un texte dans ce sens devrait être voté au printemps prochain. L’ouverture du marché pourrait donc se faire très rapidement, d’où la nécessité pour les transporteurs de se tenir prêts.
Outre l’aspect réglementaire, les contraintes commerciales propres à ce type de transport ont aussi été pointées du doigt. Car il est nécessaire de bien réfléchir avant d’agir, au risque de se retrouver avec des lignes déficitaires. Cette réflexion peut notamment s’appuyer sur des exemples de pratiques déjà mises en place avec succès dans d’autres pays.
Dominique Gauthier, ex Transdev, a ainsi présenté le cas du Portugal, et plus particulièrement l’organisation des lignes interrégionales de Rede Nacional de Expressos (RNE). Le réseau, fondé en 1995, prend la forme d’un groupement de plusieurs compagnies locales avec la branche portugaise de l’opérateur Transdev et engrange 47 millions de chiffre d’affaires annuel. Les destinations desservies couvrent 42 000 km sur le pays, avec des véhicules équipés en wifi, vidéo, etc. Mais « 80 % des voyageurs empruntent les lignes qui vont à Lisbonne. Et la destination qui fonctionne le mieux est Porto–Lisbonne, malgré le fait qu’elle soit en concurrence directe avec le ferroviaire », a expliqué Dominique Gauthier. Si 45 % de la clientèle du réseau avait moins de 34 ans en 2007, et était d’abord issue des milieux étudiants, « il ne faut pas oublier que 55 % avaient plus de 34 ans », a-t-il précisé. L’offre doit donc aussi cibler les autres voyageurs.
Au niveau des prix proposés, force est de constater que l’autocar portugais est attractif, 10 euros en moyenne par trajet, mais les tarifs sont assez similaires entre les différents modes et concurrents sur des distances entre 100 et 150 km (cf. graphique). Par contre, plus le temps de trajet et la distance sont importants, plus le prix de l’autocar diminue pour rester compétitif, « mais on voit qu’il n’est pas pour autant nécessaire de casser les prix pour que le service fonctionne », a ajouté Dominique Gauthier. De même, pas besoin non plus de viser un taux de remplissage démesuré pour être rentable: « sur le réseau, celui-ci tourne autour de 35 %, ce qui est suffisant. Lorsque l’on entend qu’iDBUS annonce en France 70 % de taux de remplissage alors qu’ils perdent 7 millions d’euros, cela a de quoi étonner », a considéré l’ancien directeur de réseau de Transdev.
Après cette première partie d’exposés, l’atelier proposait aux participants un petit exercice de réflexion. Ils devaient partir de l’hypothèse qu’ils devaient créer un réseau interrégional et avaient pour mission de passer en revue les différents facteurs de réussite pour que leur système soit viable. Après un brainstorming riche en propositions, les différentes idées qui en sont sorties ont été regroupées en trois thèmes principaux et des plans d’action ont été élaborés. Des rapporteurs étaient ensuite chargés de présenter l’aboutissement du travail de leur groupe à tout le monde.
Résultat, plusieurs réflexions communes ont été dégagées. Au niveau juridique par exemple, il a été pointé la nécessité « d’avoir une liberté d’action, à savoir qu’un régime déclaratif soit mis en place [comme le prévoit l’avant-projet de loi d’Emmanuel Macron, ndlr] », a expliqué un rapporteur. L’idée d’un regroupement entre transporteurs, comme cela a été fait dans le cas de RNE, a aussi fait l’unanimité, tout comme la nécessité de réfléchir à l’offre et au positionnement en termes de prix. « Il faut une offre confortable, mais pas luxueuse », ont insisté certaines personnes présentes.
Au niveau du marketing, la méthode de commercialisation, et surtout l’accent à porter sur Internet, a aussi été mise en avant: « Il serait intéressant de travailler en lien avec de grands sites internet, par exemple fnac.com, pour que notre offre soit visible sur leur site. Il faudrait aussi être présents sur les réseaux sociaux », a proposé un rapporteur. Des suggestions de développement de services innovants, comme des Blablabus (services de covoiturage en bus), ont aussi été évoquées pour mettre en place des lignes rentables.
Les idées et la motivation étaient donc au rendez-vous de cette 14e édition du Club Managers, reste maintenant à savoir si les évolutions réglementaires promises par le gouvernement permettront un jour aux transporteurs de se lancer sans trop de difficultés.
DG Consulting est une entreprise de conseil aux collectivités et aux entreprises au service de la mobilité. Elle a été fondée par Dominique Gautier qui bénéficie d’une expérience de plus de 25 ans dans le transport public, en France et à l’international.
DG Consulting intervient dans les domaines suivants:
– conseil stratégique,
– audit de systèmes de mobilité,
– implantation de systèmes billettiques et numériques,
– modernisation de réseaux,
– pilotage du changement,
– développement, acquisition, intégration,
– organisation,
– coaching.
