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RATP Dev chez les Bretons

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RATP Dev chez les Bretons

Crédit photo Capucine Moulas

Manchester En novembre, le groupe RATP a inauguré le plus grand tramway d’Angleterre, avec un an d’avance. Ce tour de force révèle une stratégie efficace du groupe outre-Manche.

RATP n’est pas toujours synonyme de Paris. Via sa filiale RATP Dev chargée de l’exportation depuis 2002, le groupe s’est implanté dans 12 pays, dont le Royaume-Uni qui concentre le chiffre d’affaires le plus important de la filiale (près de 380 millions d’euros) devant l’activité France. En novembre, c’est la filiale britannique qui accueillait en grande pompe la nouvelle extension du tramway de Manchester, entre le centre-ville et l’aéroport, dernière réalisation en date sur le sol anglais.

Inauguré (et conduit) le 3 novembre par George Osborne, chancelier de l’Échiquier (ministre chargé des finances et du trésor), le tronçon du tramway s’est fait applaudir quelques jours plus tard par la presse et les partenaires. Emmanuel Pitron, secrétaire général de la RATP et seul français à monter au pupitre lors de la cérémonie, s’est dit « particulièrement fier de représenter le groupe ici », devant un oratoire attentif et enthousiaste.

Une solide organisation

Faut-il prêter ce succès à l’efficacité anglo-saxonne? Quoi qu’il en soit, force est de constater que le tramway mancunien est une réussite. Inaugurée avec un an d’avance pour un coût de 500 M€ (budget comparable à celui de la ligne T6, de 14 km, à Paris), cette extension de 14,5 km fait du réseau de Manchester le plus grand du Royaume-Uni en matière de métro léger. Le tramway totalise 92 km de rail et autant de stations.

« C’est comme si tous les six mois, on avait ouvert une ligne de tram de banlieue parisienne », se félicite Tim Jackson, à la tête de la Business Unit Irlande et Grande-Bretagne de RATP Dev. En plus de l’extension, cet Anglais francophone précise que RATP Dev a procédé à un « changement complet de la flotte ». Exit les anciennes voitures T68, elles sont remplacées par 120 rames M 5 000 de Bombardier.

Tim Jackson ne manque pas d’insister sur les plus de 300 événements culturels que la ville de Manchester a accueillis l’an dernier. « Il a fallu s’adapter quasiment tous les week-ends pendant un an, en ouvrant le réseau un peu plus tard le soir par exemple. » Les résultats sont marquants: en deux ans, le réseau est passé de 20 à près de 30 millions de passagers transportés par an. Loin de se satisfaire de ce bon bilan, l’objectif ambitieux de l’autorité organisatrice Transport for Greater Manchester, TfGM, est d’atteindre quelque 70 millions de passagers annuels d’ici 2017.

Londres versus le nord

L’activité bondissante de RATP Dev à Manchester arrive à point nommé. Porté par cinq des plus importantes métropoles du nord de l’Angleterre, Leeds, Liverpool, Manchester, Newcastle et Sheffield, un rapport, baptisé One Northet et publié en juillet dernier, articule une stratégie d’unification dont les transports sont la colonne vertébrale.

Avec un poids démographique (15 millions d’habitants) égal à celui des Pays-Bas et supérieur à celui de Londres, les métropoles constatent que leur activité économique n’est pas proportionnelle. « Notre ambition pour le nord est de créer un contrepoids dynamique, complémentaire à Londres et à l’économie du sud-ouest », expose le rapport. Leur « priorité »: développer les axes routiers et miser sur le rail pour interconnecter les agglomérations entre elles.

Dans cette perspective politico-économique, le tramway de Manchester fait figure de référence, sous la bannière jaune poussin de Metrolink. C’est ce qui explique peut-être que le nom de RATP Dev est resté en retrait lors de la cérémonie, au profit des acteurs locaux largement investis dans ce réseau devenu emblématique au Royaume-Uni.

Les défis à relever

Malgré tout, la partie n’est pas encore gagnée. Des efforts sont attendus en matière de cohérence sur l’ensemble du réseau urbain. « Nous voulons travailler sur l’intermodalité avec les bus de la ville », assure Tim Jackson, qui reconnaît que les modes sont trop fermés sur eux-mêmes. Autre grand projet: le système de billettique par carte “Get me there” (en français,”“amène-moi là-bas”), à l’essai auprès de 500 000 personnes.

Le chancelier de l’Échiquier avait par ailleurs annoncé lors de sa visite que Manchester recevrait un budget de 350 M£ (soit près de 440 M€) pour développer la prochaine extension de 5,5 km jusqu’au centre commercial de Trafford. De quoi occuper l’opérateur jusqu’en 2017, date à laquelle le contrat pour le réseau de Manchester sera remis sur le marché.

3 questions à…
Tim Jackson, Pdg de la Business Unit Royaume-Uni de RATP Dev

Nommé en janvier dernier à la tête de l’activité de RATP Dev en Grande-Bretagne et en Irlande, Tim Jackson fait le point sur la présence du groupe français sur le sol britannique.

Bus & Car: Comment se répartit l’activité de RATP Dev au Royaume-Uni, aujourd’hui?

Tim Jackson: Nous avons un chiffre d’affaires d’environ 300 M£, dont les deux tiers proviennent du transport régulier londonien. Nous avons 10 dépôts dans le sud-ouest, l’ouest et le nord-ouest de Londres. Avec 87 lignes et 1 050 véhicules, nous occupons 12 % de part de marché de l’activité de Transport for London (TfL). À côté, nous avons le tramway de Manchester, une activité bus et car en urbain et interurbain, et deux filiales dédiées au tourisme.

B & C: Quel est l’avantage d’un marché aussi régulé que celui de Londres?

T.J: Les contrats de TfL durent 5 ans. Il y a constamment des appels d’offres, lignes par lignes, ce qui oblige à rester compétitif en permanence. Nous sommes évalués sur l’efficacité du service, mais aussi sur la propreté des véhicules, le comportement des conducteurs et du personnel, l’entretien technique, etc. Tous ces résultats sont publiés tous les mois, et vus par la concurrence. On fait très attention. D’ailleurs, le trafic a augmenté de 65 % depuis la privatisation de l’activité bus de TfL. Je considère que Londres est un laboratoire pour apprendre un système de régulation très pointu. Des ingénieurs de la RATP sont même venus dans les dépôts de London United pour profiter de son expérience [à l’horizon 2025, le parc de bus parisien devrait entièrement passer à l’énergie verte, ndlr], parce que TfL nous a choisis comme pionnier du bus hybride. L’objectif est en effet, dans la zone intérieure de Londres, de restreindre la circulation aux véhicules électriques et hybrides d’ici 2020.

B & C: Sur quels marchés souhaiteriez-vous désormais vous orienter?

T.J.: Aujourd’hui, on ne veut pas perdre le marché à Londres, voire plutôt l’agrandir, mais sans en être dépendants. Nous aimerions créer le poids de Londres, ailleurs qu’à Londres. Dans les perspectives, il y aura un appel d’offres pour l’extension du Midland Metro, le tramway de Birmingham. Là-bas, il n’y a pas vraiment d’agglomération mais des villes proches les unes des autres, ils voudraient donc étendre leur tramway de manière considérable. Ils ont vu le tram de Manchester. Le succès politique de cette ville et le fait que le projet ait attiré des fonds nationaux ont fait beaucoup de bruit.

RATP Dev au Royaume-Uni: quelques dates

2011: RATP Dev rachète à Stagecoach le contrat d’exploitation et de maintenance du réseau de tramway de Manchester, Metrolink.

La même année, la filiale du groupe RATP rachète London United, opérateur de 59 lignes de bus londoniennes, et les Yellow Buses de Bournemouth Transport Limited, sur un marché dérégulé.

2012: RATP Dev rachète Epsom Coaches qui exploite des cars de loisir et des lignes de bus à Londres et dans le comté du Surrey.

2014: Le groupe rachète London Sovereign à Transdev, ajoutant 140 autobus à sa flotte déployée sur Londres.

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  • Capucine Moulas
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