Accessibilité La journée d’information et d’échanges sur l’accessibilité des transports publics, organisée le 9 décembre 2014 au siège de l’Association des maires de France par AGIR et ses partenaires avait pour objectif de faire le point sur les évolutions du code des transports en matière d’accessibilité. Elle a montré l’ampleur des efforts qui restent à accomplir, alors que le 13 février 2015 reste (officiellement) la date limite de la mise en accessibilité des services publics. Toutefois, les transports collectifs bénéficient d’un sursis et d’un agenda de mise en œuvre.
D’évidence, ce ne sera pas une date couperet." Tous les intervenants se sont voulus rassurants face à une échéance aussi rapprochée que symbolique, puisqu’elle correspond au dixième anniversaire de la loi du 11 février 2005 sur l’accessibilité. Ainsi, Marie Prost-Coletta, déléguée ministérielle à l’accessibilité, a ouvert les débats en rappelant l’actualité législative en matière d’accessibilité des transports publics avec l’ordonnance no 2014- 1090 du 26 septembre 2014.
Marie Prost-Coletta constate les difficultés qui ont été rencontrées durant ces dernières années pour la concrétisation de la loi. Côté transports publics, la complexité est doublement au rendez-vous. Qu’elle soit technique, en raison de la « durée de vie des matériels et des infrastructures qui sont à la fois lourds et coûteux », ou qu’elle soit de nature politique à cause « des problèmes de partage » des responsabilités et des financements entre les différentes autorités organisatrices de transport.
Il suffit de constater la situation. Côté matériels roulants, alors que les transports urbains (qui seraient jugés globalement accessibles à hauteur de 43 %) ont peu ou prou réussi à appliquer la loi grâce au développement des nouveaux matériels à plancher bas, qu’il s’agisse des bus ou des tramways, le bilan des transports interurbains se révélerait « décevant ». Et si les nouveaux matériels des TER, les Régiolis d’Alstom ou les Regio 2 N de Bombardier (comme ses AGC généralisés dans la foulée de la loi de 2005) ont intégré la démarche d’accessibilité, on reste très loin du compte pour les matériels grandes lignes. C’est particulièrement vrai avec les TGV des séries les plus anciennes, sans même parler des voitures Corail dont l’âge moyen frôle la quarantaine!
De toute façon, « il n’y aura pas de big bang dans le domaine des matériels roulants », admet Marie Prost-Coletta, en convenant qu’il faut tenir compte d’une nécessaire « durée du renouvellement des parcs », et donc qu’il faut pouvoir continuer à exploiter les matériels non accessibles jusqu’au terme de leur durée de vie. Cependant, pour avancer d’emblée dans le bon sens, elle préconise « d’intégrer les critères d’accessibilité dans les appels d’offres » de renouvellement des matériels. Une démarche que les autorités organisatrices de transport, les constructeurs routiers et ferroviaires ont d’ailleurs d’ores et déjà adoptée durant la dernière décennie, quitte à anticiper la loi.
Le chantier des stations et des points d’arrêt en général serait littéralement « colossal », selon la déléguée ministérielle, à commencer par le cas particulier du métro parisien
Comme on ne peut pas équiper de façon identique tous les objectifs concernés et qu’il ne peut réellement exister de modèles types d’aménagements
Dans ce contexte, les autorités organisatrices peuvent aussi décider à leur guise de critères supplémentaires qui seraient liés à la situation locale des réseaux de transport
C’est pourquoi, comme la déléguée ministérielle l’a souligné dans la conclusion de son intervention, la détermination des points d’arrêt à aménager sur les réseaux sera le travail essentiel qui devrait attendre les AOT durant les prochaines années. D’autant que des sursis de mise en conformité leur sont accordés selon les modes jusqu’à respectivement 2018, 2020 et 2023. Tout cela ne va pas sans préoccupations, elles ont été exprimées par des responsables d’AOT comme par des exploitants de Châteauroux, du Bas-Rhin ou bien encore de Saint-Quentin-en-Yvelines. Ils ont abordé de façon vivante et concrète la complexité des problèmes qui se posent… comme celui des coûts élevés
En revanche, l’accessibilité de 56 des 65 gares du RER RATP serait assurée. Du côté du métro parisien, la tâche est immense, principalement pour l’accessibilité immédiate des stations depuis la voirie urbaine et pour les correspondances.
Un quai de 25 m de longueur et d’une largeur de 2,5 m est nécessaire pour accepter un lift PMR intégré au véhicule.
Ainsi, dans les réseaux d’Île-de- France, on viserait un seuil de 5 000 voyageurs par jour, alors que ce seuil reste généralement fixé à 1 000 dans les autres réseaux. En trafic interurbain, un point d’arrêt supplémentaire doit être équipé si la distance entre deux points d’arrêt déjà équipés dépasse 50 km.
Selon les cas, le coût d’aménagement d’un point d’arrêt serait de 2 500 à 20 000 euros! Le département du Haut-Rhin a ainsi recensé sur son réseau d’autocars une centaine d’arrêts à aménager pour un total de 2 millions d’euros: le quart du programme a été réalisé de 2007 à 2014 et les deux tiers des 129 autocars du parc sont équipés de lifts. À Saint-Quentin-en- Yvelines, 8 des 25 lignes du réseau et les deux tiers de ses 150 arrêts sont aujourd’hui accessibles.
Au-delà du 13 février 2015, un cadre législatif d’application de la loi sur l’accessibilité a été mis en place afin « d’accorder du temps [aux autorités organisatrices de transport, ndlr] en échange d’un engagement sur chacune des années et des périodes [à venir, ndlr] pour atteindre l’objectif final d’accessibilité », qu’il s’agisse des matériels, des infrastructures ou des stations. Cela oblige les AOT à « construire un dispositif » en ce sens, en concertation et en respect avec la loi de 2005.
Concrètement, cette démarche, contrôlée par les préfets, devra être soutenue par un document de programmation, le schéma directeur d’accessibilité des services (SDA). Elle sera applicable selon un agenda d’accessibilité programmée (Ad’AP) pour une durée maximale de trois ans dans les transports urbains, portée à deux périodes de trois ans en Île-de-France et à trois périodes de trois ans dans les transports ferroviaires.
Des volets d’information du public et de formation des personnels des réseaux sont inclus dans les SDA et programmés dans les Ad’AP.
