Le diesel bashing est bien entré dans les mœurs. À grand renfort d’alarmantes enquêtes de santé publique, ce carburant passe désormais pour une des causes principales de nos endémiques maladies pulmonaires. À côté de la nocivité supposée – et soyons honnêtes, sans doute en partie réelle – des rejets de ce type de moteurs, les effets de la désormais mythique Boyard maïs sans filtre feraient presque figure de pastille contre la toux… Seulement voilà, pas de chance, une bonne partie de nos autobus, autocars et autres trains d’équilibre du territoire fonctionne encore à l’aide de ce carburant. Faute d’avoir défendu suffisamment les énormes avancées technologiques consenties par tous les motoristes ces quinze dernières années, les industriels du secteur – et les opérateurs – se trouvent aujourd’hui face à un paradoxe quasi insurmontable: leurs véhicules diesels n’ont jamais été aussi respectueux de l’environnement, mais les donneurs d’ordres ne veulent plus en entendre parler. On pourrait rétorquer qu’il est logiquement du ressort de ces mêmes décideurs d’anticiper l’avenir et de faire plier le monde industriel aux desiderata – vertueux – de la clairvoyance politique. Soit. Méfions-nous tout de même des effets de mode. Il fut un temps, pas si lointain, où tout le parc d’autobus français devait, « dans un futur proche », fonctionner au GNV. Vint ensuite le temps de la pile à combustible qui allait « révolutionner le transport urbain » dans les trois ans, puis cinq, puis dix, etc. Parallèlement, s’accumulaient les normes Euro I, II, III, IV, V et VI aujourd’hui, qui elles, modifièrent réellement la nocivité du diesel au quotidien. Si l’impulsion nouvelle à donner aux transports dits propres est incontestablement salutaire pour l’avenir de nos poumons, attention cependant à ne pas déterminer à marche forcée le timing de cette évolution à la seule aune du calendrier électoral. L’électrique et l’hybride, qui apparaissent désormais à certains comme la solution miracle à tous nos maux, posent encore de nombreuses questions. Outre la question bassement matérielle de savoir si nous avons vraiment les moyens de nous offrir une telle transition accélérée, les interrogations restent aussi nombreuses du point de vue technologique et écologique.
Autant de questions posées dans ce numéro.
