L’Ademe et l’IFP-Énergies nouvelles se rejoignent dans l’analyse. Ainsi, selon Denis Benita, expert au département Transports de l’Ademe: « Technologiquement, on sait faire, mais le volume à traiter est trop faible aujourd’hui pour que la filière se mette en place. C’est un sujet complexe qui sort un peu de mon champ de compétences, mais nous avons un expert sur le sujet à l’Ademe en la personne de Fabienne Benech du service Produits et efficacité matières. » Pour François Badin, « on a des solutions, on a les clés, mais pas encore de marché en termes de volume. Il faut attendre une montée en cadence et l’arrivée en fin de vie de ce parc neuf (compter de 8 à 10 ans). Pour le recyclage, il existe plusieurs acteurs comme Recupyl en Rhône-Alpes. »
On peut citer également d’autres entreprises industrielles qui se positionnent sur ces marchés en devenir: la Snam, Société nouvelle d’affinage des métaux basée dans l’Aveyron et la société Umicore NV, basée en Belgique. Toutes deux ont conclu un accord-cadre avec Toyota Motors Europe pour le recyclage des batteries nickel-metal hydrures (Ni-MH) et lithium-ion (Li-ion) des voitures Toyota et Lexus hybrides.
Si les packs batteries n’ont rien à voir en volume unitaire à ceux requis pour un autobus, il y a là un véritable gisement, car ce ne sont pas moins de 850 000 Toyota et Lexus hybrides qui ont été mises en circulation en Europe depuis 2000. Si la toxicité des batteries lithium-ion est présentée comme bien moindre que celle des batteries nickel-cadmium, la Snam demeure prudente: « sans technologie de recyclage appropriée, on peut craindre à terme des problèmes environnementaux et de sécurité à cause de leurs composants (métaux lourds, solvants, polymères plastiques). »
Les batteries lithium-ion soulèvent un problème particulier en ce qu’elles contiennent un pourcentage élevé de métaux lourds dangereux. Sur les 4 000 tonnes de batteries Liion en fin de vie collectées en 2005, 1 100 étaient constituées de métaux lourds et 200 d’électrolytes toxiques. La Snam, en France, en collaboration avec la société belge Floridienne Chimie, a imaginé le projet RecLion-Bat afin d’élaborer une technique de recyclage pour ces batteries. Grâce à ce procédé, jusqu’à 60 % des composants des batteries peuvent être recyclés. La Snam estime qu’une unité RecLionBat de 1 000 tonnes pourrait récupérer 550 à 600 tonnes de métaux aptes au réemploi, permettant ainsi de sauvegarder les ressources naturelles et l’environnement. La quantité de déchets de batteries mis en décharge serait en outre amoindrie.
Chez Bolloré on se veut confiant, même si le service communication tient certains points secrets: « Nous avons l’obligation de recycler à 95 % nos batteries dans le cadre de la réglementation automobile. Pour ce faire, nous avons engagé des travaux avec deux sociétés, une aux USA et une en Europe (confidentiel). Nos batteries sont conçues pour être recyclables: démantèlement de 50 % du produit et récupération des 50 % restants grâce à des procédés électrochimiques qui sont des matières électrochimiques (cuivre, lithium, etc.) subissant ensuite des process de purification. »
