Nouvelles technologies Le 10 février, la ville de Charlemagne organisait un workshop et une visite d’étude. En partenariat avec le programme Civitas, le but était de présenter aux participants les initiatives qu’elle a mises en place pour développer la mobilité électrique. Reportage.
Crachin sur la ville somnolente, rues silencieuses, emmitouflées dans un brouillard matinal, rares passants pressés dans le froid hivernal. Il est 7 heures 30, Aix-la-Chapelle s’éveille. En cette matinée de février, les voitures, bus et autres engins motorisés sont encore étrangement peu nombreux sur les routes de la commune allemande. Si peu nombreux que le profane, qui débarquerait tout juste de la gare ferroviaire, pourrait presque croire, s’il oublie de regarder le nombre de voitures garées, que les embouteillages aux heures de pointes, la pollution et autres nuisances liées à la circulation sont des situations que la ville ne connaît pas. Et pourtant…
À l’instar de ses voisines européennes, la municipalité de 241 000 habitants, située dans le Land de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est loin d’être épargnée par les inconvénients de la modernité automobile. Ce carrefour entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas draine en effet un trafic routier important. Chaque année, 1,4 milliard de kilomètres y sont parcourus par des véhicules motorisés. Et avec 51 % de part modale, la voiture reste incontestablement le mode préféré des habitants de la ville. Le vélo quant à lui obtient le score de 11 %, la marche 23 % et les transports publics 15 %
Face à cette situation, la commune a décidé, au cours des dernières années, de prendre le problème à bras-le-corps. La solution choisie a été d’opter pour l’e-mobilité, ou mobilité électrique. L’objectif à terme: « se débarrasser des véhicules à énergie fossile dans le centre-ville », a expliqué Georg Werdermann, directeur de projet au sein de la municipalité. Il s’exprimait lors d’un workshop et d’une visite d’étude sur le sujet organisé à Aix-la-Chapelle le 10 février, en partenariat avec le programme européen Civitas. Un choix encore peu commun à cette échelle, mais qui fait d’ores et déjà de la ville « une des pionnières allemandes en matière de mobilité électrique, en ne se concentrant pas uniquement sur la recherche et le développement de technologies de mobilité électrique, mais aussi dans la mise en place et la promotion de mesures allant dans ce sens », considère une étude réalisée par la société de conseil Rupprecht Consult fin 2013
Mais pourquoi avoir choisi cette option pour réduire les impacts environnementaux de la voiture? Elle peut en effet s’avérer coûteuse lors de l’achat de véhicules, et pas toujours pertinente sur de longues distances. C’est tout d’abord parce que la mobilité électrique, en ayant un impact sur le bruit et la pollution, répond bien aux problématiques particulières que rencontre la ville. Ensuite, parce qu’Aix-la-Chapelle a choisi de ne pas exclure la voiture, considérée comme un moyen de transport à intégrer dans une chaîne de déplacements, et que la ville souhaite surtout rendre plus propre. Enfin, parce la municipalité a aussi fait le pari que c’est en boostant la e-mobilité que celle-ci prendra son envol: « Si cette dernière n’est pas développée, c’est aussi parce qu’on ne donne pas les moyens aux habitants de s’y mettre », a ainsi insisté une participante.
Mais pour que cette politique fonctionne, la ville a bien compris qu’il était nécessaire de penser chaque détail en amont, afin de préparer le terrain et d’inclure le plus possible les acteurs du transport de voyageurs: « On n’a que ce que l’on planifie », a considéré Margrethe Schmeer, maire d’Aix-la-Chapelle.
Cette prise de conscience ne s’est cependant pas faite en un jour. Au début, en 2010, c’est la participation de la municipalité et d’une université de la ville à un programme de financement national, Mobilité électrique dans les régions pilotes, qui a initié le mouvement. L’objectif du programme, qui prévoyait de contribuer à hauteur de 130 millions d’euros à huit projets de région au sein du pays, était notamment de faire de l’Allemagne un leader du marché de l’électromobilité et d’avoir un million de véhicules électriques en circulation dans le pays d’ici 2020.
Une fois cette étape franchie, la création d’un groupe de travail consacré à l’e-mobilité a vu le jour la même année. Il a été initié dans le but de « concentrer toutes les activités liées à la mobilité électrique dans la région d’Aix-la-Chapelle et diriger le développement de la région vers la mobilité électrique », selon l’étude de Rupprecht Consult. Le groupe réunissait la municipalité, deux universités techniques de la ville, des groupes de travail d’acteurs concernés par le sujet et l’association des municipalités de la région. Une feuille de route stratégique a notamment découlé de ce regroupement, montrant que la mobilité devait être comprise dans une vision globale et intégrée, proposant diverses mesures à mettre en place.
Si les préconisations envisagées n’ont pas abouti faute de financement et si le groupe a finalement été dissous, les jalons d’une réflexion avaient été posés. En a découlé la création de la Commission experte en e-mobilité. Cette entité réunit un plus grand nombre d’acteurs: représentants de la ville, fournisseurs de service de mobilité, universités, associations locales, etc. Elle a pu aller beaucoup plus loin que celle qui l’avait précédée.
Parmi les avancées notables figure la mise en œuvre d’un Plan de mobilité urbaine durable, initié en 2011 par la ville, dans lequel la mobilité électrique a réussi à être intégrée en tant que thématique à part entière, à égalité avec l’accessibilité, le management de la mobilité, etc. Autre exemple, en janvier 2014, la ville a approuvé ses vues pour 2050: un plan à très long terme dans lequel la mobilité électrique a aussi une place à part entière et dont les orientations ont été validées par plus de 80 % des habitants consultés sur le sujet.
Cette vision à très long terme a aussi été couplée à des mesures et des expérimentations concrètes. Touchant divers modes de déplacement, elles ont été mises en place récemment ou sont en cours d’implémentation. Parmi ces mesures, le déploiement progressif d’une cinquantaine de bornes de rechargement (dont une rapide) réparties dans 20 stations à travers la ville. Pour donner l’exemple, Aix-la-Chapelle s’est aussi équipée de véhicules électriques pour sa flotte interne, grâce à des cofinancements nationaux et européens.
Au niveau des transports publics, un assistant de planification des voyages en temps réel, incluant des suggestions pour les modes de transport alternatifs, devrait voir le jour prochainement. Un bus hybride est testé par l’opérateur de transport de la ville, ASEAG, dans le cadre d’un programme de financement européen baptisé Civitas Dyn@mo, initié en 2012 et qui devrait s’achever en 2016. Un autre bus articulé hybride, un EvoBus Citaro, également lié au programme Dyn@mo, est quant à lui en cours de conversion pour être transformé en bus 100 % électrique, une première en Allemagne. Les premiers tests ont été réalisés en décembre dernier, mais des certifications autorisant le véhicule à circuler dans des conditions réelles doivent encore être obtenues.
Les actions menées ont aussi concerné Cambio, le principal service d’autopartage dans la ville. La compagnie s’est en effet essayée à tester progressivement des véhicules électriques depuis 2011. Aujourd’hui, sur une flotte d’une centaine de véhicules, neuf e-voitures, réparties sur cinq stations, sont disponibles pour les clients. Ces quelques années de recul ont d’ores et déjà permis à Cambio de se forger une opinion quant à l’utilité d’intégrer ce type de mode non polluant à leur service. Si « l’utilisation des véhicules électriques dans une flotte en autopartage est très utile » et rencontre « un retour positif auprès des clients », a indiqué Roland Jahn, directeur exécutif chez Cambio Aachen
Dernier exemple concret de cette politique volontariste, celui de la mise en place, cette année, de Velocity, un système de location de vélos électriques en libre-service. Si les premiers tests doivent avoir lieu au cours du premier semestre, le dispositif devrait rapidement être ouvert au public mi-2015 avec 150 vélos électriques et 15 stations. À terme, l’objectif est de proposer 1 000 vélos dans 100 sites, sélectionnés pour favoriser l’intermodalité avec les infrastructures de transport existantes. Les futurs clients bénéficieront de surcroît d’une application mobile leur permettant d’obtenir des informations sur la disponibilité de la petite reine et d’effectuer des réservations. La tarification devrait être intégrée avec celle des transports publics et de l’autopartage.
Si des actions commencent à voir le jour et si des planifications à long terme ont été actées, la route pour rendre le centre-ville complètement débarrassé des véhicules à énergie fossile reste cependant encore longue. Un état de fait dont la ville allemande a bien conscience: « Nous comprenons que nous en sommes au début de l’e-mobilité et que nous avons beaucoup de leçons à apprendre », a reconnu Margrethe Schmeer. Aujourd’hui en effet, sur les 131 120 véhicules enregistrés dans la ville d’Aix-la-Chapelle, seuls 460 sont électriques ou hybrides (soit une part de 0,33 % contre 0,2 % en moyenne dans le pays) et les deux tiers appartiennent à des entités publiques ou à des entreprises.
Ces chiffres n’empêchent pas la ville de persévérer et de croire en l’avenir de sa future mobilité verte. Elle compte en effet aller encore plus loin. Dans ce sens, un plan déterminant les actions à mener d’ici 2030 devrait voir le jour cette année. Il inclura la e-mobilité comme composante à part entière des déplacements à Aix-la-Chapelle, il tentera de déterminer quels chemins stratégiques seront pris précisément pour atteindre les objectifs ambitieux de mobilité fixés dans les « visions » de 2050.
Chiffres de 2012.
L’étude intitulée « Stratégies en matière de mobilité électrique mises en place par les municipalités », publiée le 15 novembre 2013.
Nom allemand pour la ville d’Aix-la-Chapelle.
