Accessibilité Déjà remarquée par la gratuité instituée dans les transports en commun, la préfecture berrichonne mène aussi une politique très volontariste pour les rendre accessibles.
Exemplaire depuis 2001 pour la gratuité de son réseau de bus, l’agglomération de Châteauroux l’est aussi en matière d’accessibilité. Alors que des délais supplémentaires ont dû être accordés aux collectivités pour qu’elles se mettent, autant que possible, en conformité avec la loi, la préfecture berrichonne est parvenue à concilier contraintes budgétaires et efficacité. « Aujourd’hui, 42 % des 465 points d’arrêts du réseau sont équipés de quais bus, dont 59 % – soit 115 points d’arrêts – disposent de tous les équipements PMR », explique Paul Pluviaud, l’élu en charge des transports depuis 2001. « D’ici 2015, une centaine d’autres arrêts seront mis aux normes et nous allons compléter le système d’aide à l’exploitation et à l’information des voyageurs (SAEIV), dont les annonces sonores et visuelles sont opérationnelles dans les bus urbains depuis janvier, par des panneaux d’informations voyageurs au pôle d’échange central de la place Voltaire. » Un volontarisme remarqué par la délégation ministérielle à l’accessibilité qui vient de saluer l’exemplarité de la démarche de la préfecture berrichonne.
Mais en Berry, comme souvent dans le monde rural, les élus et les services techniques savent que les sous poussent moins vite que les cailloux et que le volontarisme politique n’interdit pas le bon sens. « Toutes les normes n’ayant pas été précisées simultanément à la loi, le véritable travail sur l’accessibilité n’a débuté qu’en septembre 2009, avec la création de la commission intercommunale pour l’accessibilité aux personnes handicapées (CIAPH) », explique Paul Pluviaud. Le premier enjeu a donc été de mobiliser toutes les associations représentatives de tous les handicaps. Dans les faits, seules les associations les plus importantes ont pu participer activement à la CIAPH qui a véritablement commencé à travailler au printemps 2010. « Nous avons d’abord mené des visites sur le terrain pour identifier les difficultés. Cela a été riche d’enseignements, plus que tout ce qu’on aurait pu lire. » Emmanuel Gerber, le technicien en charge du dossier à Châteauroux Métropole, poursuit: « Nous avons ainsi affiné la grille de diagnostic du réseau et Mobhilis, le bureau d’études en charge du schéma directeur d’accessibilité (SDA), a pu s’appuyer sur ces remontées du terrain. Ces visites préalables sont indispensables pour ne pas partir sur de mauvaises pistes. » Ainsi par exemple, un matériau choisi pour une raison esthétique peut s’avérer totalement inadapté au besoin. Tel un béton désactivé qui, par sa granulométrie, peut être confondu par un malvoyant avec une bande podotactile.
Dès octobre 2010, le diagnostic du réseau élaboré par Mobhilis, et pour les points d’arrêt scolaires par les services de l’agglomération, établissait, à côté des aspects positifs: très bonne identification du réseau, information efficace en amont du voyage, faibles contraintes topologiques, véhicules déjà majoritairement aux normes, etc., des points à améliorer, notamment l’absence de quai à de nombreux arrêts, la plupart des arrêts en encoche, des obstacles au cheminement, etc. De quoi élaborer différents scénarios, du plus ambitieux au moins coûteux, et permettre aux maires des quinze communes de l’agglomération – qui s’étend sur 497 km2 et compte 78 600 habitants – d’en choisir un et d’en élaborer les principes de financement. « En mai 2011, la conférence des maires a validé un scénario mixte consistant à traiter en intégralité les deux principales lignes (60 % des voyages) – points d’arrêt et matériel roulant – et sur les autres lignes, les principaux arrêts, ceux fortement générateurs de trafic, ainsi qu’un arrêt dans chaque commune », détaille Paul Pluviaud. Ce scénario a été rendu possible par le fait que toutes les lignes du réseau sont des radiales en correspondance avec le pole d’échange central Voltaire. « Avec pour règle que le financement de chaque arrêt relève du gestionnaire de la voirie. S’il s’agit d’un arrêt situé sur un axe d’intérêt communautaire, c’est l’agglomération qui finance la mise en accessibilité, si c’est une voirie communale, c’est la commune. » Concernant l’équipement de ces arrêts, l’agglomération prend en charge l’indispensable, à savoir le poteau d’arrêt. Les abris sont soit à la charge des communes, soit pour 105 d’entre eux par JC Decaux dans le cadre de la convention avec l’afficheur. Ainsi, le scénario retenu par le SDA fixait à 113 le nombre d’arrêts 100 % accessibles (bon nombre partiellement accessibles avec un traitement systématique en cas de travaux de voirie pour un coûtde 1,679 M€), la nécessité d’améliorer l’accessibilité dans les véhicules grâce au renouvellement du parc (3 M€) et le déploiement progressif du SAEIV (0,5 M€). « D’avoir été vite dans la mise en accessibilité nous a permis d’obtenir, notamment par le contrat d’agglomération, un taux de subvention pour les arrêts et le SAEIV d’environ 30 %. C’est très correct », estime Paul Pluviaud.
Une fois le SDA présenté et validé par les différentes instances, Châteauroux Métropole a aménagé une dizaine de points d’arrêt avec des configurations différentes suivant les contraintes de pente, de stationnement VL, les difficultés d’accès, etc. Elle les a ensuite fait expérimenter par les membres de la CIAPH. « La façon de travailler de l’agglomération a été remarquable! » Daniel Dupuis, responsable départemental de l’APF (Association des paralysés de France), insiste: « Nous avons été associés à toutes les étapes et nos remarques ont été prises en compte. Et aujourd’hui encore, toutes les remontées du terrain vers nos associations sont transmises et nous sommes écoutés! C’est essentiel et ça permet d’accepter que la mise en accessibilité soit progressive. » Un échange constructif puisque même sur certains points d’arrêt retravaillés, des difficultés sont apparues. « C’est parfois tout bête, explique Emmanuel Gerber. Par exemple, à un point d’arrêt déplacé de quelques centimètres pour faciliter l’accès d’un riverain à son garage, la glace retour de l’abri gênait la descente à la porte médiane. Il a suffi de supprimer la glace retour… ».
Effet collatéral positif à cette mise aux normes, la suppression des arrêts en encoche qui était jusque-là mal perçue par les riverains car elle portait atteinte au stationnement. Maintenant justifiée par l’accessibilité, elle est mieux acceptée. Or, cette suppression permet une amélioration de la vitesse commerciale des bus.
Châteauroux Métropole va, d’ici l’été, remplacer quatre bus, jusqu’ici mis à disposition par le délégataire Keolis pour des lignes périurbaines, par quatre Heuliez GX337 (équipés de moteurs Iveco Tractor 7 et non de Cursor). Cela permettra à la collectivité d’être propriétaire de tout le parc, parc qui doit être à 100 % accessible. Ce marché, d’un montant de 1 273 400 €, n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres mais d’une acquisition via la centrale d’achat du transport public créée par Agir. « Celle-ci prend en charge les formalités de mise en concurrence grâce à un accord-cadre avec quatre constructeurs (Heuliez Bus, Iveco, Man, Mercedes) », expliquent les services de l’agglomération qui a opté pour un véhicule standard pouvant s’adapter à toutes les lignes du réseau, avec seulement deux portes afin de maximiser le nombre de places assises pour les trajets les plus lointains.
Le choix du SAEIV a été déterminé, sans que le prestataire soit associé, en octobre 2013. Il s’agit de la solution Navineo Chronolys d’Ineo Systrans. Le système a été testé en novembre 2014 et sera déployé d’ici la fin d’année dans tous les véhicules et au pôle d’échange central Voltaire (panneaux d’informations voyageurs). Il comportera un bandeau lumineux à l’arrière du poste de conduite, 2 écrans TFT dièdres au niveau de la porte médiane des bus et un dispositif d’annonces sonores. Jean-Luc Quintric, directeur de Keolis Châteauroux, reconnaît que rendre opérationnel le SAEIV n’a pas été simple. « C’est toute une mécanique de planification qu’il faut faire adopter aux outils pour qu’ils traduisent les informations dans les bus, soit un long travail d’intégration de nos outils informatiques dans l’outil SAEIV, sachant qu’il s’agit d’outils différents, pas immédiatement compatibles entre eux. Cela a été un travail de back-office long et fastidieux qui a nécessité de renforcer notre équipe avec une personne dédiée pendant un an. Mais le résultat est là et il est très satisfaisant. Les usagers sont contents de ces informations supplémentaires, même ceux pour qui elles n’étaient pas indispensables, et cela donne une image de modernité au réseau. Or, l’image qu’ont les usagers de leur réseau est importante! Pour nous, c’est un moyen de contrôle général du système, c’est un plus en termes de connaissance du terrain. Cela constitue réellement une aide à l’exploitation. »
Alors que la DSP des transports de Châteauroux Métropole sera renouvelée en novembre et que les différentes propositions sont actuellement étudiées, Jean Luc Quintric prévoit plusieurs formations pour son personnel en matière de sensibilisation au handicap, avec les outils Keolis mais aussi par des rencontres avec les associations de la CIAPH. « C’est un dialogue permanent très enrichissant », souligne-t-il.
« Les élus font le nécessaire pour que l’accessibilité progresse à Châteauroux, il y a la volonté, c’est vrai, et ça doit être dit. Mais même ainsi, c’est loin d’être parfait. » S’il préfère de ne pas être nommé, Joaquim, usager régulier du réseau Horizon, énumère quelques-unes des difficultés qu’il rencontre avec son fauteuil. « La ville a fait le choix de n’accepter qu’un fauteuil par bus. Comment fait un couple de PMR pour se déplacer? Demande-t-on à un couple de valides de prendre des bus qui se suivent? Et puis les rampes d’accès ont parfois des problèmes pour se déployer et il faut l’aide du chauffeur pour monter. Les chauffeurs sont pour la plupart très compréhensifs, mais ont-ils le droit de venir nous aider? Enfin, si on peut comprendre que tous les arrêts ne sont pas encore aux normes, il faut que la voirie soit correcte pour permettre de se rendre à un arrêt proche accessible. »
Alors qu’il explique son quotidien, les propos de Joaquim sont illustrés de manière frappante. Il retrouve Daniel Dupuis au pôle d’échange Voltaire et ils doivent choisir qui pourra monter dans le bus. Et… la rampe d’accès refuse de se déployer, et… il faut que le chauffeur et Jean-Luc Quintric, présent sur les lieux, aident Daniel Dupuis à embarquer. « Ces rampes d’accès sont très sensibles, et au moindre obstacle elles refusent de se déployer. Là, c’est peut-être simplement un petit caillou dans le mécanisme », se désole Jean-Luc Quintric. Trop de technologie tue la technologie… « Si le chauffeur est autorisé à venir aider? Il est clair que je ne reprocherai jamais à un chauffeur de le faire. Mais ce n’est pas prévu, cela entraîne forcément un décalage dans les horaires et le SAEIV n’aime pas… »
Alors que le bus quitte enfin son arrêt, laissant Joaquim sur le trottoir, Daniel Dupuis s’installe à l’emplacement réservé où seuls un accoudoir amovible et les freins du fauteuil évitent les déplacements intempestifs. « Faut s’accrocher! plaisante le représentant de l’APF en insistant: même si tout n’est pas parfait, ça ne doit pas masquer les efforts véritables de l’agglomération. Tout le travail réalisé en matière d’accessibilité sur les véhicules et sur les arrêts permet au plus grand nombre de PMR d’accéder au réseau classique, ce qui libère un peu le service Handibus pour ceux dont le handicap est plus lourd. »
Là est effectivement un des objectifs de Châteauroux Métropole: rendre plus accessible le réseau classique afin de désengorger le service dédié qui fonctionne sur réservation, en porte à porte, et qui est victime de son succès avec un planning rempli quinze jours à l’avance.
– PTU de 15 communes.
– 77 565 habitants, dont 47 600 à Châteauroux.
– 37 véhicules, dont 34 appartenant à la Cac (communauté d’agglomération castelroussine).
– 13 lignes régulières + 1 service PMR.
– 465 points d’arrêts.
– 4,6 M de voyages, dont 1,9 M pour la L1.
– 1,5 M de kilomètres.
– Coût de production du service: 4,9 M€ (HT).
+ 42 circuits scolaires:
– 1 900 élèves.
– 127 points d’arrêts spécifiques.
« Après treize années de gratuité des bus, je crois pouvoir dire que c’est un succès… En 2001, la fréquentation était de 22 voyages par an et par habitant, soit 1,529 million de voyages. Aujourd’hui, nous en sommes à 61 voyages par an et par habitant, soit 4,7 millions de voyages. Une progression qui a été rapide, + 81 % de fréquentation dès la première année, et quasi continue. Mais je crois que désormais, la fréquentation ne progressera plus beaucoup. » Paul Pluviaud se souvient du défi qu’a représenté la mise en gratuité du réseau. « Il ne s’agissait pas de chasser l’automobile du centre-ville – le maire était concessionnaire auto! – et il ne fallait pas augmenter les impôts. Cela a été possible car la billetterie ne représentait que 14 % du coût du service et que le versement transport n’était que de 0,10 %. En le passant à 0,60 %, nous avons équilibré le budget transport jusqu’en 2008, jusqu’à l’obligation de créer des lignes de transport scolaire et d’autres périurbaines avec des véhicules qui ne sont pas propriété de la collectivité. » Ce ne sera plus le cas avec la prochaine délégation de service public (DSP) et l’acquisition de quatre nouveaux véhicules. Actuellement, entre l’urbain, le périurbain et les scolaires, le budget transport (4,9 M€) doit être abondé de 1,6 M€. « Les gens, notamment dans la profession, pensent souvent que la gratuité du réseau implique qu’il est au rabais, et donc que les véhicules sont sales, que les usagers ne respectent pas le matériel. C’est faux! », assure Jean-Luc Quintric qui reconnaît toutefois que cette attitude peut être liée à la taille de l’agglomération et à son implantation dans un département rural.
