Faire savoir Le 11 novembre 2014, Alstom a inauguré les onze kilomètres du tramway Citadis de Dubaï. Au royaume des superlatifs, cet équipement se devait lui aussi de sortir des rails convenus. Fort de l’expérience acquise, le constructeur français compte bien en faire un tremplin pour la commercialisation mondiale d’un concept qu’il a baptisé solution intégrée.
Contrairement aux tours et autres malls (centres commerciaux) de son environnement immédiat, le tramway de Dubaï ne surprendra pas, au premier abord, les habitués de la ligne T3 du tramway parisien. Et pourtant. Les 11 kilomètres de lignes, parsemées de 11 stations entre lesquelles circulent 11 rames, sortent tout de même des normes habituelles du Vieux Continent. « La RTA
La version du Citadis conçue spécifiquement pour Dubaï possède en effet quelques particularités. La première d’entre elles est évidemment la captation par le sol de l’énergie électrique, le fameux système APS
Fortes chaleurs obligent, toutes les stations sont entièrement climatisées, au même titre que les rames dont les systèmes renforcés maintiennent une température constante de 21 oC en hiver et 25 oC au plus fort de l’été. La chaleur, ou l’omniprésence du sable, a d’ailleurs nécessité l’emploi de matériaux et d’équipements largement renforcés par rapport à leurs homologues européens. Un ensemble testé en soufflerie, en chambre climatique à Vienne et en conditions réelles à La Rochelle, avant la mise en œuvre à Dubaï. « Nos choix technologiques se trouvent validés par les trois premiers mois d’exploitation, se félicite Vincent Prou, puisque le taux de disponibilité de nos tramways est de 99,99 %, avec une ponctualité de 99,65 %. »
Au-delà de la technologie vendue à la RTA, c’est aussi, et peut-être surtout, la nature du contrat passé avec l’autorité organisatrice (AO) qui fait la fierté d’Alstom. La solution intégrée, comme à Dubaï, repose sur un seul appel d’offres et un contrat unique pour gérer l’ensemble du projet. Un système qui simplifie l’organisation pour l’AO, puisque la complexité du montage est du ressort de l’entreprise (plus généralement du groupe d’entreprises) qui remporte la compétition. « Ces solutions intégrées sont idéales pour les marchés émergents qui recourent le plus souvent au partenariat public-privé (PPP) pour le financement de leurs projets de transport
De fait, concernant le tramway de Dubaï, Alstom a piloté la totalité du projet aux côtés d’un ensemble de partenaires, au premier rang desquels se trouve Besix, une entreprise britannique spécialiste du génie civil. « Ainsi, sur les 700 millions d’euros du contrat, la moitié est revenue à Alstom, le reste concernait justement le génie civil », précise Gian Luca Erbacci, non sans rappeler que la société hexagonale a aussi remporté le contrat d’entretien de ce même tram, pour une valeur de 60 millions d’euros sur 13 ans.
« Pour ce tramway, nous avons mené de nombreuses études avec nos partenaires concernant le réaménagement urbain autour de la ligne, explique Vincent Prou. Dans un périmètre de 100, 200 et 400 mètres autour des stations, il nous a fallu travailler sur les accès piétons, sur les zones d’intermodalité avec les autobus du réseau ou les taxis. Enfin, nous avons aussi dû concevoir les passerelles pour permettre un accès au métro suspendu. » L’ampleur des études et des travaux consentis explique certainement la fierté affichée par Alstom d’avoir pu mener ce chantier en 34 mois, et de l’avoir livré avec deux mois d’avance… Le constructeur s’estime désormais en bonne position pour remporter les appels d’offres à venir, du moins en matière de tramway.
Et les projets ne manquent pas. La RTA s’est d’abord fixé pour objectif de faire passer la part des transports publics de 13 à 30 % d’ici 2030. Par ailleurs, l’émirat a été retenu pour accueillir l’exposition universelle de 2020, deux dates qui imposent donc un calendrier de développement serré. En 2016 devrait ainsi être lancé un appel d’offres concernant le prolongement de la ligne actuelle. Il s’agira de 4 nouveaux kilomètres sur lesquels circuleront 14 rames. Enfin, la RTA a démarré les études préalables au lancement d’un appel d’offres concernant cette fois une nouvelle ligne de 16 kilomètres de tramway le long du littoral de Dubaï. De quoi aiguiser les appétits quand le marché européen stagne…
(1) Road and Transports Autorithy of Dubaï.
(2) Alimentation électrique au sol.
(3) Ce qui n’est pas réellement le cas pour Dubaï qui dispose de fortes capacités en matière de financement public.
(4) Union des Industries Ferroviaires Européennes.
Le marché de cette vaste zone géographique est porté par une importante croissance de la demande dans le domaine du transport de voyageurs. Les commandes réalisées sur la période 2013-2014 atteignaient 1,7 Md€, chiffre passé à 5,5 Md€ en 2014-2015. Selon l’Unife, les investissements pourraient atteindre 9 Md€ sur la période 2017-2019. « Nous visons 25 à 30 % de ce marché », explique Gian Luca Erbacci, senior vice-président d’Alstom Transport Moyen-Orient.
Afrique du Sud: trains périurbains PRASA.
Algérie: tramways pour Alger, Oran, Constantine, Sétif, Ouargla, Mostaganem (maintenance des tramways et électrification).
Arabie Saoudite: métro de Riyad.
EAU: tramway de Dubaï.
Égypte: métro du Caire (rénovation, signalisation).
Irak: métro et train de Bagdad.
Iran: locomotives, pièces de rechange.
Maroc: tramways pour Rabat et Casablanca (locomotives Prima, RGV du Maroc, électrification, système de signalisation, maintenance).
Qatar: tramway de Lusail.
Tunisie: tramway de Tunis (électrification).
Turquie: tramway et métro d’Istanbul (signalisation, maintenance des trains à grande vitesse).
• Le siège d’Alstom Transport Moyen-Orient et Afrique est à Istanbul.
• Le constructeur emploie 1 500 personnes dans la région, réparties dans 14 bureaux (incluant Le Caire, Casablanca, Rabat, Tunis, Istanbul, Ankara, Dubaï, Alger, Annaba, Johannesburg et Riyad).
• Alstom dispose de 9 installations de maintenance (Égypte, Maroc, Tunisie, Turquie, Dubaï et 4 en Algérie), d’une usine de câblage (JV Cabliance) au Maroc, d’une usine d’assemblage (JV Cital) en Algérie et d’une usine de fabrication (JV Gibela) en Afrique du Sud.
