Portrait Créée en 2010, la start-up Drivy a connu un décollage spectaculaire en se plaçant sur la location de véhicules entre particuliers.
Sous les poutres blanches d’un vaste open space dans le 14e arrondissement de Paris, une vingtaine de jeunes salariés s’affairent, ici au téléphone, là devant leurs écrans. Sur les murs immaculés, une immense voiture rose flanquée du nom de la start-up, Drivy. Pas de costards, pas de chichis, une atmosphère chaleureuse règne sur les îlots de tables où traînent encore quelques chocolats de Pâques en compagnie d’iPhones.
Dans ce sympathique décor, Drivy multiplie chaque année sa croissance par trois. La plateforme de location de voitures entre particuliers gère plus de 500 000 membres et 26 000 véhicules. Elle a enregistré trois levées de fonds pour un total de 16 millions d’euros depuis 2012. Au mois d’avril, la dernière, de 8 millions d’euros, s’est assortie du rachat d’un concurrent, Buzzcar. Paulin Dementhon, fondateur de l’entreprise, le reconnaît: « En cinq ans, on a assisté à un décollage spectaculaire de la voiture partagée. »
Tout a commencé en janvier 2010 à Marseille. Dans sa rue, à quelques pas du Vieux-Port, Paulin Dementhon rencontre trois familles qui partagent une voiture. « Ils s’organisaient entre eux, avec des tableaux Excel », se souvient-il. Le concept séduit ce jeune entrepreneur, déjà conquis par les plateformes de covoiturage naissantes. « C’était simple à monter, et contrairement au covoiturage, ça n’existait pas. »
Cinq mois plus tard, il développe un microsite qui attire rapidement une trentaine de personnes. Le pari est presque gagné. En décembre, Paulin Dementhon s’associe à Nicolas Mondollot, actuel directeur technique de l’entreprise, et MMA crée un contrat d’assurance tout risque sur mesure. Le « vrai Drivy », selon l’expression de son fondateur, est né.
Une fois le navire à flot, reste la mer à sillonner. « Plus il y a de monde, mieux ça marche. Il faut atteindre une masse critique pour avancer », note le startuper. Pour attirer une nouvelle communauté, Drivy mise sur deux arguments. Le prix tout d’abord, « environ 30 % moins cher qu’une location traditionnelle », évalue Paulin Dementhon, avant de préciser que le prix de location moyen chez Drivy est de 29 €, contre 45 € pour les loueurs professionnels. « Si l’on prend une location à 100 € pour trois ou quatre jours, le propriétaire touchera 70 €, Allianz 15 €, et Drivy 15 € TTC », illustre le chef d’entreprise.
Deuxième argument, la possibilité de louer une voiture près de chez soi. « Vous pouvez louer une voiture dans votre rue, explique-t-il, et la location est ouverte à des horaires plus larges. Vous pouvez rendre votre voiture à 10 heures du soir, une fois que les enfants sont couchés. » Côté loueurs, l’intérêt est d’amortir une voiture dont le propriétaire, qui fixe lui-même le prix de location, se sert peu. « Il y a en moyenne deux voitures par famille, déplore Paulin Dementhon, C’est un actif mal utilisé. La chaîne industrielle automobile fonctionne bien, mais l’usage n’est pas optimisé. Nous, on évite le gaspillage. C’est du bon sens. »
Autre avantage: les contrats d’assurance, pris en charge par Allianz depuis 2014, couvrent gratuitement un deuxième conducteur.
La jeune équipe veille à ce que le contrôle technique du véhicule soit à jour et insiste pour que le profil du propriétaire soit complet sur le site. Enfin, pour veiller au bon déroulement de la location, les deux contractants s’évaluent sur drivy.com, à l’instar de la communauté d’Uber chez les VTC, ou de BlaBlaCar, dans le covoiturage.
Les loueurs classiques doivent-ils craindre ce turbulent nouveau-né? « Même si nous sommes ponctuellement concurrents, l’objectif est d’ouvrir le marché », tempère Paulin Dementhon. Et d’insister: « Nous ne sommes pas des loueurs de voitures. Nous sommes une boîte de gestion de logiciel. Le logiciel, c’est l’ADN de Drivy. » Pour lui, on ne peut comparer avec un loueur professionnel, à commencer par la location dans une agence physique, ce que Drivy n’a pas vocation de développer. « Chez nous, on trouve plutôt des voitures d’occasion, le service n’est pas le même. »
Pour autant, Drivy ne s’arrêtera pas là. « Notre vision à long terme est de proposer un service là où les opérateurs traditionnels [de la location de voitures, ndlr] n’ont pas développé d’offre de transport. » Et, chose étonnante, cette pratique semble trouver son public ailleurs qu’à Paris qui ne représente que 25 % du volume France de Drivy. « Quand on observe le ratio, Paris n’est pas forcément bien placée. Devant, on trouve Versailles. Et ça marche très bien aussi à Toulouse, à Marseille, à Bordeaux ou à Biarritz », constate le directeur. Drivy se tourne même vers l’international. Présente depuis novembre dernier en Allemagne, la plateforme compte se frayer un chemin jusqu’en Espagne « avant l’été ».
Le marché professionnel aussi s’avère alléchant puisqu’il représente déjà 3 % des membres inscrits, sans avoir fait de campagne spécifique. Paulin Dementhon, qui plus qu’une entreprise a créé une pratique, résume son ambition: « L’objectif, c’est d’avoir une voiture à tous les coins de rue. »
