Dominique Bussereau L’ancien ministre des Transports, président du conseil départemental de Charente-Maritime, se prépare à une actualité chargée. Élu président de Coopération pour le développement et l’amélioration des transports urbains et périurbains au mois d’avril, il va aussi succéder au socialiste Claudy Lebreton à la présidence de l’Assemblée des départements de France.
Il y a une vie après celle de ministre. Dominique Bussereau, député et président du conseil départemental de Charente-Maritime, jure qu’il ne rêve pas spécialement de redevenir un jour ministre des Transports: « Je l’ai été. Ma préoccupation est aujourd’hui de bien faire ce dont je m’occupe. » Ce fils et petit-fils de cheminot, né à Tours il y 64 ans, secrétaire d’État entre 2002 et 2004, puis entre 2007 et 2010, poursuit son chemin avec un appétit de jeune homme. Il vient d’être élu président de Codatu (Coopération pour le développement et l’amélioration des transports urbains et périurbains) et, plus récemment, de l’Assemblée des départements de France (ADF). De nouvelles fonctions qui viennent s’ajouter à ses mandats d’élu et à son poste de deuxième vice-président du Gart (Groupement des autorités responsables de transport).
À Codatu, où Dominique Bussereau succède à Jean-Louis Léonard, il va devoir préparer COP21
Dans son esprit, les questions environnementales arrivent en second plan pour justifier de la nécessité de développer les réseaux de transport collectif: « Que ce soit en France ou ailleurs, les transports publics doivent faciliter la vie des usagers avant de répondre aux enjeux écologiques. » Prenant les commandes de l’ADF à la place du socialiste Claudy Lebreton après la victoire de la droite aux départementales de mars, il va dans le même temps pouvoir se consacrer à la défense des conseils départementaux. Un temps menacé, cet échelon a retrouvé des couleurs. Avec la création des treize super-régions, Dominique Bussereau est convaincu de la nécessité de conserver « un champ intermédiaire. La future région Aquitaine–Poitou-Charentes–Limousin aura une superficie équivalente à celle d’un État comme l’Autriche et une population comparable à celle du Danemark », souligne-t-il.
Cet homme, classé parmi les modérés de l’UMP, fait l’unanimité parmi les présidents des conseils départementaux. Ils voient en lui un élu de consensus « qui sait rassembler au-delà de l’UMP », estime François Sauvadet (UDI), président de la Côte-d’Or. Les thématiques de transport public ne disparaissent jamais vraiment de son champ de vision. L’une de ses missions sera d’obtenir un amendement pour que les départements continuent d’être en charge du transport scolaire.
Élu de terrain depuis les années quatre-vingt, Dominique Bussereau est l’un des meilleurs spécialistes des questions de mobilité de l’Assemblée nationale, du Sénat, du Parlement européen et des collectivités territoriales. « Il y a peu de réflexion sur les transports. À l’assemblée nationale, il n’y a pas assez de députés qui se sont emparés de ces questions, alors qu’au Parlement européen, c’est plutôt mieux qu’avant. » En 1995, il a créé Avenir Transports, aujourd’hui coprésidé par Alain Gest et Gilles Savary, pour pallier ces manques et « faciliter la compréhension par les élus de tous les enjeux liés aux modes et infrastructures de transport, sans distinction ni préférence ». À la demande de Richard Descoings, ancien directeur de Sciences Po Paris, Dominique Bussereau a aussi créé un module pour cette matière jusque-là peu enseignée.
Passionné des transports depuis son enfance, on prête à Dominique Bussereau de connaître par cœur toutes les lignes ferroviaires qui irriguent l’Hexagone. Ancien secrétaire d’État, il a présidé, à la fin des années quatre-vingt-dix, le Predit (Programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres) et dévore toute la littérature sur ce domaine: « J’aime ça. Je suis abonné à un tas de revues sur les transports. Au fil des années, j’ai été amené à m’intéresser au maritime ou au transport urbain. » Proche de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il a transmis son goût pour les transports à ses deux filles, « l’une vit en Suisse, profitant d’un réseau de transport admirable ». L’autre travaille comme responsable des ressources humaines dans un grand groupe de transport en Angleterre, pays qui « a très bien évolué ces dernières années », et qui, comme les États-Unis ou l’Allemagne figure parmi les pays modèles en matière de transport public.
Depuis son fauteuil de député, Dominique Bussereau a approuvé la récente loi Macron et la création des lignes interrégionales que la Fédération nationale du transport de voyageurs (FNTV) appelait de ses vœux quand il était ministre: « À l’époque, j’étais déjà favorable à la libéralisation de l’autocar, mais j’ai été confronté au veto de Matignon et de l’Élysée », se souvient-il. Pour lui, le temps est venu de s’inspirer du modèle allemand et de créer une alternative au ferroviaire pour le transport interrégional: « Le covoiturage qui s’est développé à la vitesse de l’éclair ne fait que concurrencer l’autocar. S’opposer à la loi Macron, ce serait pédaler en arrière. Ce que l’autocar ne prend pas comme part de marché, le covoiturage s’en chargerait », poursuit-il, pragmatique.
Ce nouveau souffle va aussi permettre à la France d’accroître l’attractivité des transports publics, portés par l’épanouissement des tramways dans les moyennes et grandes agglomérations. « Les transports ont beaucoup progressé en France. Depuis dix ou vingt ans, le changement d’image est tout à fait remarquable. La grande force du tramway à la française, c’est qu’il concerne dorénavant tout le monde: le lycéen, le chômeur, le cadre ou la mère de famille », avance cet homme de conviction, auquel on doit notamment le retour de l’État dans le financement des projets de transport en site propre de province.
Membre de la commission Duron sur l’avenir des Corails et des trains d’équilibre du territoire (TET), Dominique Bussereau attend des propositions novatrices, telle qu’une « libéralisation, sous forme expérimentale, des lignes de TET, car le monopole de la SNCF, qui n’a par exemple jamais modernisé ses services à bord, a beaucoup nui à l’image de ces trains. » Il milite aussi pour une refonte des lignes, de « l’origine à l’arrivée ». Dans l’urbain, il attend des réformes pour résoudre les problèmes de financement des infrastructures: « Il faudra sans doute passer par une augmentation de la participation des clients, j’utilise ce mot sciemment, car le versement transport (VT), comme la part d’engagement des collectivités locales, est arrivé à saturation. Une tarification sociale intelligente, sur le modèle de l’agglomération de Strasbourg, serait intéressante. À condition toutefois d’offrir des transports sûrs, confortables, et un service 365 jours sur 365, y compris les jours de grève ou le 1er mai », explique-t-il, et il n’a pas de mots assez durs contre ceux qui proposent la gratuité totale des réseaux ou des services de transport scolaire: « Cela va à l’encontre du développement des transports collectifs ».
Qu’on se le dise, Dominique Bussereau saura faire entendre sa voix dans les prochains débats qui auront trait à la mobilité.
*COP21: 21e conférence des parties (COP) à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, réunissant 195 États et l’Union européenne.
La conférence Paris Climat 2015 (COP21) se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris-Le Bourget (93).
