Nantes Acheter des trams et des bus, changer les comportements, voilà l’objectif de la nouvelle directrice des déplacements. Le bureau des temps sera à l’ordre du jour et Claudine Saumet-Roche s’attachera aux vertus dopantes de l’intermodalité.
J’arrive à une époque où il faut faire le mieux possible avec l’infrastructure existante. » Depuis le mois de mars, après cinq ans au poste de directrice des transports, de l’environnement et des services aux usagers à Saint-Étienne, Claudine Saumet-Roche est directrice des déplacements à Nantes. Si elle visait Rennes, à un poste lié à l’aménagement urbain, domaine où en l’espace de 11 ans au service de la ville elle avait fait sa marque, c’est plutôt en généraliste qu’elle arrive à Nantes.
La cinquantaine espiègle, elle intègre donc la direction de la cohérence territoriale qui regroupe aussi l’urbanisme et la voirie. « J’ai l’espoir de beaucoup travailler de manière transversale », indique-t-elle. C’est son tempérament, « elle a le souci permanent de la relation humaine avec les gens avec qui elle travaille », indique Noël Philippe, directeur général des services urbains qui l’avait recruté à Rennes. Cela correspond aussi à son parcours. « De toute façon, elle saura s’adapter. Elle tient ça de sa culture d’ingénieur généraliste. À l’époque déjà, alors que nous recherchions un spécialiste des transports, elle avait été choisie parce qu’en entretien, elle avait su nous démontrer sa capacité à tout aborder. Les transports ou autre chose! » Lorsqu’elle arrive à Rennes en 1999, Claudine Saumet-Roche, ingénieur de la ville de Paris, venait de travailler « 15 ans pour Chirac ». À la direction de la voirie, elle avait, dit-elle, appris son métier. Au début des années 1980, la mairie de Paris « tournait bien ». Et pour cause, le premier adjoint s’appelait Alain Juppé. L’automobile régnait en maître dans la ville. Jeune ingénieur, elle a réalisé les études pour faire passer à cinq voies automobiles au lieu de trois, la rive droite sous le pont d’Austerlitz.
Si à Paris elle n’a pas touché aux transports, elle a tout connu de la circulation, des aménagements pour la favoriser et des stationnements. Elle s’est trouvée en charge de la gestion de 70 parkings souterrains. C’était « le début du stationnement résidentiel, ou accélérant les rotations pour favoriser le petit commerce! »
Au début des années 2000 à Rennes, elle travaille à l’accès ouest de la ville (couloirs de bus) et à la fin de la construction de la première ligne de métro. Elle apprend surtout la maîtrise d’ouvrage dans les opérations d’urbanisme. « Je suis fondamentalement une directrice de projet. ». À l’époque, elle redresse la situation dans la construction, mal partie, du complexe culturel des Champs libres. « J’y ai travaillé en direct avec Edmond Hervé, un homme au sens de l’équité exceptionnel. Un personnage qui m’a fait confiance! »
C’est à Saint-Étienne qu’elle se confronte pour la première fois aux transports. « Une compétence qui me manquait. Une tâche à deux dimensions: le réseau doit fonctionner et il doit se projeter dans l’avenir. À Saint-Étienne, j’ai trouvé un président très rationnel, Maurice Vincent, avec une équipe de direction générale travaillant bien avec les élus pour anticiper. » Intégrée au pôle métropolitain de Lyon, allant jusqu’à Vienne, elle apprend « les différentes échelles du transport ». La tarification multimodale et zonale du réseau stéphanois est pour elle une fierté. L’intermodalité, symbolisée en Rhône-Alpes par la Carte OùRA! et qui apportera, selon l’ex-président du Sytral
De la ville stéphanoise, elle amène à Nantes le sens de l’économie. « Saint-Étienne n’est pas en expansion. J’y ai donc cultivé le réflexe de l’économie et de la rationalisation. L’époque l’exige partout. À Nantes, qui à l’inverse poursuit son essor et dispose déjà d’un beau réseau, on va sans doute attendre avant d’investir dans de nouvelles infrastructures. Nous devons donc tirer tout le parti possible de l’existant. »
Optimiser le réseau, voilà ce qui l’attend en priorité. Avec une idée en particulier: « des mesures d’exploitation peuvent avoir plus d’effets que les infrastructures! » Elle pense à desserrer l’étau du début des heures de cours à l’université pour éviter la saturation de la ligne 2 du tramway vers le nord de la ville. Cette belle idée d’un bureau des temps, Edmond Hervé en parlait beaucoup à Rennes. Sa ville l’a mise en œuvre après que Claudine Saumet-Roche soit partie. Un compromis a été trouvé avec l’université pour décaler quelques débuts de cours. Claudine Saumet-Roche espère en obtenir autant à Nantes. Une première réunion a eu lieu avec tous les acteurs. Mais il faut établir un diagnostic: quels étudiants, venant d’où et à quels moments? « Boucler le dossier en deux ou trois ans, ce serait bien! »
Autre priorité, le changement des comportements: « Plus de la moitié des parcours de moins de 5 km sont effectués en voiture. Bien sûr, les transports publics doivent offrir une véritable alternative, attractive, mais nous sommes un peu au bout de ce modèle. Le transfert pour les courtes distances vers des modes doux, voilà le véritable challenge pour la ville de demain! À Nantes, le vélo n’en est qu’à 4 ou 5 %. Cela doit pouvoir progresser. Il faut jouer sur tous les leviers possibles. » Claudine Saumet-Roche pense à l’évolution des normes de stationnement, à réduire en particulier les places de parkings au travail. « Les chefs d’entreprise sont d’accord parce qu’elles coûtent très cher. Cette mesure, quand elle est bien orchestrée, crée du report modal. »
Claudine Saumet-Roche parie sur l’inventivité des services de transport grâce à l’écoute des usagers et des associations, et grâce à la curiosité de ce qui se fait ailleurs. « Mais Nantes possède déjà cette culture-là! » Les élus doivent aussi avoir foi en ce changement possible des comportements. À Nantes, elle ne roule plus qu’à vélo. Elle ne prend le train que pour rejoindre son domicile rennais. « Peut-être que le débat sur la transition énergétique, avec la conférence climat de la fin de l’année, va accélérer la prise de conscience globale et avoir autant d’effet qu’une remontée toujours possible du cours du pétrole. » Elle juge que les jeunes générations y sont davantage prêtes, « elles aiment moins l’automobile ». Peut-être aussi qu’avec la région comme nouveau pilote institutionnel, l’intermodalité jouera davantage pour utiliser les gares en ville et doper le covoiturage. Selon Claudine Saumet-Roche, le transport ne se pense qu’à l’échelle, au moins, de la région, car c’est celle de ses utilisateurs. Rêve ultime, le stationnement deviendrait excédentaire en ville, les voitures, toutes petites, se gareraient à trois sur une place de parking, mais « dans trente ans. Je ne serai plus en fonction. »
*Sytral Syndicat des transports lyonnais.
