Distinction L’Intermodes 2015, qui récompense une collectivité modèle en matière d’intermodalité, a été décerné le 3 juin à Paris. C’est Stockholm qui a été récompensée, notamment pour sa vision à long terme de la mobilité.
Après Pontevedra en Espagne et Utrecht aux Pays-Bas, c’est au tour de Stockholm d’être récompensée pour ses actions en faveur de l’intermodalité. La capitale suédoise vient en effet de recevoir le prix Intermodes 2015 lors du congrès éponyme qui se déroulait les 3 et 4 juin à Paris.
Décerné depuis 2009, le trophée a pour objectif de distinguer « les communautés européennes engagées politiquement pour améliorer la mobilité des citoyens européens à travers l’intermodalité, à savoir la connexion de différents modes de transport entre eux », indique un communiqué d’Intermodes du 3 juin. Dans le cas de Stockholm, ce n’est pas une, mais plusieurs actions qui ont convaincu les fondateurs du congrès de l’engagement de la ville scandinave.
Et si Stockholm a su convaincre, c’est d’abord parce qu’elle a choisi de se lancer, dès 2007, dans une ambitieuse planification de la ville, courant jusqu’en 2030. Cette politique inclut de nombreuses mesures en faveur de l’intermodalité et de la mobilité durable. L’objectif de ce plan est de répondre aux différents enjeux de taille auxquels doit faire face la capitale suédoise, à court, moyen et long terme.
Le premier d’entre eux concerne l’augmentation impressionnante de la population. Comme l’a indiqué Fariba Daryani, chef de projet au sein du département planification du trafic à la ville de Stockholm, lors du congrès Intermodes: « Il y a 35 000 nouveaux habitants dans le comté de Stockholm chaque année, et 16 000 de plus dans la municipalité ». Résultat, en l’espace de six ans, la population a bondi de 16 %, atteignant aujourd’hui près d’un million d’habitants. Si ce rythme se maintient dans les prochaines années, la ville risque alors de compter 25 % d’habitants de plus à l’horizon 2025.
Avec une telle croissance au pas de course, Stockholm doit aussi faire face à une autre problématique. « Ces dernières années, le nombre de véhicules en circulation a fortement augmenté », remarque le site internet du programme européen Civitas, cela entraîne la congestion des principaux axes routiers. De plus, ajoute le site, « la qualité de l’air dans le centre-ville est généralement mauvaise » en raison de la concentration de particules dans l’air (notamment les NOx). Les autres nuisances liées à la voiture, telle que le bruit, sont également élevées.
Pour faire face à ces challenges, le plan se donne donc pour objectif de réduire les besoins en déplacements de ses habitants et de rendre plus attractifs les transports alternatifs à la voiture. C’est dans ce sens qu’il prévoit, entre autres, de donner un coup de pouce à l’intermodalité grâce à de multiples actions. Il s’agit notamment du développement de hubs pour connecter la périphérie au centre-ville, d’un travail pour améliorer la complémentarité des modes de transport, d’une meilleure gestion des premiers et derniers kilomètres, de la mise en place de rotations à forte fréquence de différents modes pour réduire les temps d’attente.
La vision 2030 envisage aussi plus largement de favoriser la mobilité durable en œuvrant à rendre la ville plus compacte, en aidant au développement du télétravail et des achats via internet, mais aussi en boostant la pratique du vélo et de la marche à pied. Plusieurs mesures sont envisagées qui visent à répondre à l’objectif zéro combustible fossile à l’horizon 2050 que s’est lancé la ville.
Enfin, ce programme à long terme « s’inscrit dans un plan plus large pour la ville de Stockholm qui ne concerne pas uniquement les routes et les rues », indique un document de la ville présentant en détail la stratégie de mobilité urbaine prévue dans la planification. L’idée est de faire en sorte que les actions menées se fassent en parfaite coordination avec d’autres évolutions urbanistiques, architecturales, etc., également prévues.
Au-delà de cette vision d’avenir volontariste, Stockholm a aussi été choisie par Intermodes pour les actions qu’elle a su mener très tôt en faveur de l’interconnexion de ses modes de transport. En effet, « l’intermodalité a été au cœur de la structuration du territoire dès le début des années 1980 », explique Nathalie Leclerc, notamment pour surmonter les problématiques engendrées par son territoire atypique.
En effet, la particularité de la ville « est d’avoir été construite sur la mer Baltique. C’est une capitale sur l’eau, un archipel composé de près de 30 000 îles », précise la cofondatrice du congrès. Ce point est, bien entendu, loin d’être facile à gérer lorsque l’on veut développer un réseau de transport en commun. D’où la nécessité pour Stockholm de réfléchir rapidement à son maillage et à la pertinence de chaque mode. Résultat, outre les lignes de métro, de bus, et les vélos en libre-service accessibles avec une billettique parfaitement interopérable, les ferries sont aussi omniprésents et jouent un rôle central pour assurer certaines connexions: « Avec les bus, ils permettent un rabattement efficace de la périphérie vers le centre-ville », note Intermodes.
À cette bonne répartition des modes sur les territoires, s’est ajouté un travail de coordination des bus, métros, etc., pour limiter le temps de marche entre deux modes et le temps d’attente sur les quais grâce à des fréquences de passage élevées. Réduire au maximum les effets décourageants de la rupture de charge permet ainsi de rendre le réseau plus attrayant.
Enfin, toujours selon les cofondateurs du congrès, l’information voyageurs n’a pas été oubliée dans le dispositif: « Nous considérons que le réseau est « User friendly », c’est-à-dire simple d’utilisation et très intuitif. Cela donne l’impression que Stockholm est une ville […] où les voyageurs n’ont pas besoin de chercher l’information parce que l’information vient à eux. »
Ce sont donc différentes actions qui ont permis à la ville d’obtenir une répartition modale en centre-ville très satisfaisante, puisque dans leurs déplacements, les Stockholmois utilisent aujourd’hui à 43 % les transports publics, à 33 % la voiture, à 15 % la marche à pied et à 7 % le vélo. Des chiffres à faire pâlir d’envie d’autres villes européennes, quand on sait que sur le continent, la part modale de la voiture était de 83,2 % en 2013.
