Nouvelles mobilités En marge des traditionnels constructeurs et équipementiers, le salon UITP de Milan s’est ouvert à des formes de mobilité peu communes. En 2015, transports alternatifs, technologie de pointe et mobilité connectée se sont invités.
Cette année, pas de révolution côté innovation à l’UITP. À l’étage des équipementiers cependant, les écrans, les smartphones témoins et les designs futuristes étaient légion entre les stands. Peut-on encore parler de mobilité sans ajouter: « connectée » ou « alternative »? Bus & Car a fait le tour en trois thèmes des à-côtés du transport dit traditionnel.
Sans surprise, les smartphones étaient à l’honneur. Selon une étude présentée en conférence par la société suédoise de télécommunications Ericsson et réalisée sur 1 500 utilisateurs de smartphones (à Londres, New York, São Paulo et Shanghai), 82 % des Londoniens et 79 % des New-Yorkais interrogés utilisent une application de transport pour planifier leurs trajets quotidiens. Par ailleurs, l’an dernier, les paiements via smartphone dans le secteur du transport ont augmenté de 192 % à New York.
Cependant, l’enquête révèle que 55 % des sondés ne sont pas satisfaits des services de communication proposés dans les transports publics. Ils sont pourtant en tête des activités virtuelles plébiscitées par les voyageurs (51 à 70 % du temps passé sur le téléphone lors des trajets). En deuxième position vient la musique (40 à 65 % des activités sur smartphone), puis les vidéos et autres médias (8 à 21 %).
Cet usage du smartphone pourrait même constituer un argument pour encourager les automobilistes à utiliser les transports en commun, selon Ericsson. Pour 61 % d’entre eux, l’information en temps réel serait convaincante. Une meilleure connectivité déciderait 41 % des conducteurs de voitures individuelles. 37 % considèrent que le fait d’être professionnellement plus productif grâce aux smartphones est une bonne raison de choisir les transports publics. Enfin, seuls 15 % d’entre eux abandonneraient leur véhicule grâce à l’argument du paiement via smartphone.
Transporter toujours plus de passagers dans des villes qui ne cessent de s’accroître, tout en respectant l’environnement. Tel est le challenge imposé aujourd’hui au transport public. Cette contrainte a le mérite de stimuler l’imagination de certains. C’est le cas des élèves de la School of Engineering Centre of Product and Process Development (Zhaw, université des sciences appliquées zurichoise) de Winterthur (canton de Zurich). Sur leur stand, ils présentaient le Bicar, un prototype de véhicule électrique en libre-service, à mi-chemin entre le vélo et la voiture. Huit de ces petits véhicules au profil insolite remplissent une place de parking automobile standard. Les élèves espèrent séduire une collectivité et démarrer une production en petite série d’ici 2017.
Le téléphérique cherche sa place en ville. « On connaît le téléphérique car on l’associe au ski », constatait lors d’une conférence Katharina Bernard, responsable commerce et développement international chez Doppelmayr, société autrichienne dédiée au transport par câble. « Notre enjeu, c’est d’amener le téléphérique en ville. Notre avantage, c’est que nous volons! Il y a un point important à soulever: c’est un mode de transport amusant qui donne une autre image de la ville », insistait-elle. Implanté dans 85 pays, Doppelmayr transporte neuf millions de passagers par heure.
Le transport urbain par câble n’a pas vocation à remplacer le métro, mais il vient compléter l’offre. De même pour les tapis roulants, peu conventionnels en matière de transport de voyageurs. À l’UITP pourtant, Alexander Pfurr, Pdg de ThyssenKrupp Access Solutions, défendait: « Les villes s’agrandissent. Le besoin de mobilité augmente, mais aussi le besoin de gérer des flux de personnes au sol, voire sous le sol. »
Le tapis roulant proposé par son entreprise et baptisé Accel, présente un « mouvement télescopique ». Sa vitesse varie de 0,65 mètres par seconde en début et en fin de parcours, et va jusqu’à 2 mètres par seconde à mi-chemin, permettant aux voyageurs de se déplacer plus rapidement sans perdre l’équilibre promet le Pdg.
La billettique s’affranchit du contact. L’initiative n’est pas neuve, mais les solutions 2.0 abondaient à Milan. Sur le stand de Thalès, le dispositif TransCity était présenté comme un ensemble valideur au portillon design. « Ces dernières années, Thalès a voulu recentrer l’offre, moins dans les solutions techniques et plus dans l’approche orientée utilisateurs », défend François Baylot, responsable de ligne produit et de stratégie billettique. « Il y a 15 ans, l’enjeu était le transport de masse, mais aujourd’hui, c’est acquis. La question est plus d’améliorer l’expérience du transport en commun ».
Côté valideur, Thalès a opté pour une solution tout-en-un: carte abonné, carte de paiement, code-barres, récepteur NFC, etc. Le seul support que ce petit boîtier sobre et discret ne peut pas recevoir, c’est le papier. Avec ce modèle, le BV500, présenté pour la première fois à Innotrans en septembre dernier, deux applications dédiées permettent aux voyageurs d’acheter leur titre de transport et d’utiliser leur smartphone comme un pass. Ce dispositif est déployé en Inde et aux Pays-Bas.
Assorti au valideur, le portillon de Thalès, sur une base de quatre pieds symétriques, permet de détecter le passage des voyageurs. Habituellement équipée d’une technologie infrarouge, cette porte d’accès est surplombée d’un cube en inox doté de capteurs 3D. « Les capteurs sont plus fins, ils permettent de bloquer les portes entrebâillées si le voyageur n’a pas encore tout à fait franchi le portillon », illustre François Baylot.
L’an dernier, Thalès, en partenariat avec la start-up new-yorkaise Bytemark, a remporté un appel d’offres au Royaume-Uni pour réaliser une démonstration de sa technologie d’ici mi-2016. L’innovation: un portillon qui pourra détecter un titre de transport contenu dans une poche de pantalon grâce à la technologie Bluetooth. « Il est aussi possible de coupler ce système avec un traitement d’images pour contrôler les flux de voyageurs », précise le responsable. L’UITP sera-t-il plus connecté à Montréal en 2017? Le stand dédié laisse rêveur.
