Interview Jean-Michel Lattes est président de Tisséo et vice-président aux transports et aux déplacements de Toulouse Métropole.
Il explique à Bus & Car la stratégie Mobilités 2030 pour répondre aux besoins de déplacements d’une métropole à la population en forte croissance.
Mobilités 2030 est le nom de code de la révision du PDU (plan des déplacements urbains) de la métropole toulousaine. Le point de départ est le changement d’équipe suite à l’élection municipale de 2014. Nous avons remis les éléments du PDU de 2012 à plat pour analyser les contraintes: la métropole toulousaine grossit de 12 000 à 14 000 personnes par an et on a évalué qu’il fallait “inventer” 50 000 déplacements de plus par an, pas seulement en transport en commun, mais aussi à pied, à vélo, en voiture… D’ici dix ans, c’est donc 500 000 déplacements de plus que doit inventer la métropole toulousaine, avec beaucoup plus de transport en commun. Nous avons redéfini notre programme avec plusieurs séquences correspondant à des programmes pour faire évoluer cette part modale des transports en commun.
Le 4 février, lors du conseil syndical de Tisséo-SMTC (le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération toulousaine), j’ai présenté la feuille de route ainsi que la manière d’avancer stratégiquement. La première séquence s’étend de 2015 à 2020 avec trois objectifs précis.
Le premier objectif voté est l’extension des quais des stations de la ligne A du métro à 52 mètres
Le deuxième projet sera voté en juillet: il s’agit du dossier Linéo. Dix des meilleures lignes de bus du réseau bénéficieront d’équipements spécifiques: site propre, quais de 20 mètres, information voyageurs, fréquences fortes jusqu’à 5 minutes en heure de pointe, amplitude horaire de 20 heures sur 24. C’est un projet à 120 millions d’euros qui sera terminé à échéance 2020. Une ligne (la 16) a été lancée en 2013 et va être rallongée compte tenu de son succès (on dépasse 22 000 passagers par jour alors que l’on en prévoyait 16 000). Une ligne va être lancée vers Colomiers, à l’ouest de Toulouse, en septembre 2016, deux autres sont dans les tiroirs. Toutes doivent l’être durant ce mandat à raison de deux à trois par an. L’enjeu est de développer un réseau en étoile indépendant du métro et du tramway.
Le troisième projet, pas encore finalisé ni décidé formellement, pourrait être voté par le SMTC en octobre-novembre. Il s’agit de l’Aérotram qui permettra de boucler la ceinture Sud. Cela pourrait être un maillon pour relier les trois lignes de métro: la A au niveau de Basso-Cambo, la B au niveau de Rangueil et la future troisième ligne TAE (Toulouse Aerospace Express). En arrivant aux affaires, nous avons trouvé un projet avec un problème majeur: une capacité insuffisante de 7 000 personnes par jour entre Rangueil et l’Oncopole pour un coût de 80 millions d’euros. Nous avons tout repris, y compris au niveau technique. Nous avons optimisé le projet en le prolongeant d’un côté à partir de l’Oncopole vers le terminus de la ligne A du métro à Basso-Cambo, et de l’autre de Rangueil vers Montaudran et la future TAE. Il pourrait se faire en trois temps, en commençant par la section Rangueil-Oncopole, aujourd’hui évaluée à 60 millions d’euros.
Le principe du lancement du projet de troisième ligne de métro
Nous venons de terminer la consultation sur l’extension des quais de la ligne A à 52 mètres. Trois réunions sont prévues sur les prochaines lignes Linéo. Le projet global Mobilités 2030, avec les éléments du PDU qu’il faut réviser, sera présenté à l’automne.
Nous attendons le retour du commissaire enquêteur qui sera décisif. Mais nous considérons que la troisième ligne de métro serait plus profitable que le prolongement de la ligne B.
(1) Lors de la construction de la ligne A en 1993, quatre stations (Patte-d’Oie, Fontaine-Lestang, Mermoz et Basso-Cambo) n’avaient pas été dimensionnées à 52 mètres comme les autres, par souci d’économie à court terme. Ce sont elles qui empêchent de faire circuler deux rames de Val accolées. Le chantier prendra trois ans, avec trois étés de fermeture en 2017, 2018 et 2019.
(2) Projet porté lors de la campagne des élections municipales par Jean-Luc Moudenc, élu maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole.
