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Défendre le modèle du transport public

Interview Le président du groupe Keolis, Jean-Pierre Farandou, a été élu président de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) le 18 juin dernier.

Il détaille à Bus & Car les grands enjeux qui ponctueront son mandat.

Vous venez d’être élu président de l’UTP à la suite de Jean-Marc Janaillac. Quels seront les principaux dossiers à l’ordre du jour au cours de votre mandat?

La profession a subi plusieurs mauvais coups ces dernières années, avec notamment les hausses de la TVA en 2012 et 2014, la baisse des dotations de l’État aux collectivités, ou encore les avatars de l’écotaxe. Il faut que cela s’arrête. Il faut défendre le modèle du transport public dans ce pays. C’est un secteur très important qui permet d’apporter des réponses à la congestion dans les villes, qui est un enjeu de desserte des territoires moins denses, etc. Pour ce faire, parmi les dossiers que nous allons pousser, figure celui de la TVA, qui est un vrai sujet. Il n’est pas normal que l’État réduise ou maintienne le taux réduit à 5,5 % dans certains secteurs (comme le cinéma) et choisisse de l’augmenter à 10 % dans les transports publics du quotidien. En Europe, 14 pays appliquent une TVA inférieure à 10 % dans ce domaine. Cela vaut aussi pour l’Allemagne où le taux est de 7 %. En France, 20 millions de personnes utilisent quotidiennement les transports en commun. Nous demandons donc qu’ils soient considérés comme un service de première nécessité et bénéficient d’un taux à 5,5 %. Ce serait un signal très fort pour les Français, et particulièrement pour les plus défavorisés, car cela permettrait d’améliorer leur pouvoir d’achat.

Nous nous concentrerons également sur le fret, car il y a une vraie demande de transport de marchandises par train. Malheureusement, la menace d’une hausse des prix des péages ou d’un arrêt de leur compensation est réelle. Ces signaux ne sont pas favorables à la relance de l’activité.

Troisième point, nous allons poursuivre les discussions sur la future convention collective ferroviaire qui a pour objectif de donner un cadre social harmonisé à 160 000 salariés.

La libéralisation des lignes d’autocar longue distance, voulue par le projet de loi Macron, sera sans doute elle aussi un sujet incontournable. Pouvez-vous rappeler la position de l’UTP à ce sujet?

L’UTP est très favorable à la libéralisation de l’autocar longue distance en France. C’est une bonne loi, qui promeut le transport par autocar dans notre pays. Aujourd’hui, en raison notamment du coût du train, beaucoup de Français ne voyagent pas. Ce marché a donc un potentiel important, avec d’un côté une demande des citoyens, et de l’autre une envie des opérateurs de développer cette offre.

Nous sommes aussi globalement satisfaits du projet de loi tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons été entendus sur plusieurs points, par exemple, sur la nécessité d’opter pour un système déclaratif et de mettre en place une autorité de régulation, l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Mais nous voulons aller plus loin. Selon les textes actuels, seules les autorités organisatrices ont la possibilité de faire une saisine à l’Arafer, [si elles considèrent qu’une ligne peut porter atteinte à l’équilibre économique d’une ligne de service public, ndlr], nous souhaitons que cette possibilité soit aussi accordée aux opérateurs.

Bien sûr, certains dispositifs doivent encore être ajustés [par exemple la limite des 100 kilomètres pour la régulation des lignes d’autocar longue distance, ndlr] et il reste un équilibre à trouver entre les entreprises et les besoins des utilisateurs. Il ne s’agit pas non plus de chambouler l’équilibre économique des lignes de service public. Il sera donc nécessaire de rester vigilants quant à l’évolution des textes et à leur mise en place.

La question du financement au niveau du fonctionnement avait été un sujet largement traité par votre prédécesseur Jean-Marc Janaillac. Quelles solutions l’UTP préconise-t-elle sur les réseaux?

Cette question nous préoccupe beaucoup. Nous avons réalisé un tour de France avec le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) afin de répertorier les bonnes pratiques. Nous avons ainsi relevé des idées intéressantes pour accroître les recettes, adapter l’offre, augmenter l’attractivité des transports publics, promouvoir leur usage, etc. Il y a aussi un problème en France en matière de tarification. Les tarifs des transports publics sont les seuls à avoir baissé en dix ans, contrairement aux autres services publics marchands tels que l’eau, les déchets, l’énergie, etc. [Les tarifs des transports routiers de voyageurs ont baissé de 3,8 % entre 2003 et 2014 (selon l’Insee) alors que pour les services publics marchands, la hausse se situe entre 20 % et 60 % sur la même période]. Il est aussi essentiel d’agir contre la fraude, qui est encore trop importante. Il faut enfin ajuster les réseaux, augmenter la vitesse commerciale avec des lignes sur voies dédiées, etc. Bien sûr, des choses ont déjà été faites sur les réseaux dans ce sens. Il faut les amplifier.

La refonte des prix doit-elle passer par une remise en question des tarifications par statut?

Nous ne sommes pas favorables au maintien des tarifications liées au statut. Il n’est, par exemple, pas logique que des retraités disposant de revenus supérieurs à certains actifs paient moins cher leurs abonnements. En revanche, nous sommes pour la mise en place d’une tarification solidaire basée sur les revenus et le quotient familial. Cette solution que nous préconisons est d’ailleurs bien acceptée par tous les acteurs du transport, y compris la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut).

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Auteur

  • Shahinez Benabed
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