Nouvelle donne Le premier bus électrique standard fabriqué par le groupe Bolloré et sa filiale Blue Solutions sera livré à la RATP à la rentrée. Nouveau venu dans l’industrie et vainqueur surprise désigné par le Stif pour son premier marché passé sur les bus électriques, le véhicule a été conçu à partir d’une feuille blanche et sera fabriqué en France.
Il n’a pas encore de nom et aucun exemplaire n’a été produit, mais il réussit à bousculer le Landerneau des constructeurs de bus urbains en France. Le Bluebus électrique de 12 m de longueur, fabriqué par le groupe Bolloré, est apparu sur les radars des constructeurs habituels de bus urbains en France. C’était en décembre 2014, depuis l’attribution par le Stif et la RATP du premier marché de bus standards électriques à batteries. Estimé entre 10 et 40 M€, il doit permettre d’équiper la première ligne francilienne 100 % électrique (ligne 341 à Paris) avec 20 autobus exploités à compter de début 2016. La surprise a rapidement fait place aux interrogations.
Aucune production, pas d’usine, pas de catalogue, pas d’équipe commerciale ni d’après-vente… bref, aucune expérience de constructeur, la décision du Stif d’attribuer le premier marché à un nouvel acteur a laissé coi les constructeurs d’autobus, habitués à présenter des dossiers, disons, plus crédibles. Plusieurs raisons ont pu faire pencher la balance du côté du tycoon breton. La maîtrise de la technologie, de la production de ses batteries LMP (lithium métal polymère) et de l’ensemble de l’infrastructure de recharge des véhicules a pesé lourd. On ne peut que constater un déplacement de la chaîne de valeur d’un autobus vers cet élément devenu précieux et central.
Ensuite, le Bluebus a sans doute remporté la meilleure note sur le critère prix du marché du Stif: les batteries LMP sont produites à grande échelle pour équiper plusieurs catégories de produits (Autolib’, mini Bluebus, bateaux, stations fixes de collectivités ou d’entreprises). Cela fait donc baisser la facture des batteries pour le seul autobus. De plus, le choix du Stif de privilégier aujourd’hui des bus électriques sans recharge intermédiaire et avec une autonomie suffisante pour l’exploitation des lignes donne un avantage aux Bluebus, sans réduire le nombre de passagers accueillis.
Enfin, l’aura industrielle, l’expérience acquise par le groupe avec ses Bluecar à Paris, Lyon ou Bordeaux sont des arguments de réussite technique et d’organisation, mais aussi médiatique. Et c’est sans compter l’étendue des services du groupe Bolloré avec l’implantation d’un réseau de 16 000 stations de recharge en France.
En marge de l’UITP Milan et à l’invitation de son client RATP, le directeur commercial de Blue Solutions, Serge Amabile, a levé le voile sur certains aspects du Bluebus 12 m. Il n’a d’ailleurs pas encore de nom et souffre de la confusion avec le minibus de 5,46 m, pas vraiment comparable. Un premier croquis esquisse une ligne classique de bus urbain standard, aucune réelle surprise de ce côté-là: 12 m de longueur, 2,56 m de large, 3,1 m de hauteur, PTAC de 20 t, rayon de braquage de 8,6 m. C’est du côté des batteries et de ses capacités que tout le monde cherchera: un total de 240 kWh réparti en 8 packs de batteries LMP de 30 kWh est prévu pour la RATP afin d’atteindre ses critères de 99 passagers pour une autonomie de 180 km. Les capacités vont jusqu’à 250 km et de 91 à 101 passagers selon les configurations. Quant aux éléments plus techniques (essieux, direction, climatisation, sièges), il faudra attendre cet automne pour les découvrir. L’endurance et la solidité de ces équipements, comme la qualité de la conception générale du véhicule, seront surveillées de près par les concurrents de ce nouvel acteur.
À terme, la production sera intégrée chez Blue Solutions, sur son site de production Pen-Carn à Ergué-Gabéric, en Bretagne près de Quimper. Il pourra rapidement candidater au label Made in France du label Origine France garantie, aujourd’hui uniquement obtenu par Iveco Bus. Mais pour l’instant, les prototypes sont fabriqués « en région lyonnaise chez un partenaire industriel dont nous ne souhaitons pas dévoiler le nom », a expliqué Serge Amabile, « mais nous prévoyons de fabriquer nos modèles de série dans des extensions de notre usine de Bretagne à compter de mi-2016. Nous ne souhaitons pas être simplement un constructeur d’autobus ou qu’un fournisseur de batteries, mais plutôt apporter des solutions complètes incluant la recharge et des solutions de télémétrie. » Pour assurer la conception et la production de son nouveau véhicule, Blue Solutions a débauché par dizaines des techniciens et ingénieurs chez ses concurrents constructeurs d’autobus.
La vocation du site de production d’Ergué-Gabéric s’est élargie pour inclure la production de véhicules en plus de celle des batteries et de condensateurs supercapacités. Un plan d’investissement en deux phases de 30 M € a débuté par l’extension des bâtiments l’an dernier pour accueillir une chaîne de montage des Bluetram (tramway sur pneu de 12 m de longueur alimentés par biberonnage) et des stations. À compter de 2016, la deuxième phase permettra d’accueillir la chaîne de montage des Bluebus 12 m. L’industriel mise sur de fortes synergies de production, comme de composants, entre ses deux véhicules Bluetram et Bluebus (présence de supercapacité, installation possible de recharge sur la ligne par caténaire). Des versions articulées et BHNS/BRT sont prévues.
• Décembre 2014: attribution à Blue Solutions par le Stif et la RATP du premier marché test d’une ligne de bus 100 % électrique pour une valeur estimée entre 10 et 40 M€.
• Mai et juin 2015: première esquisse rendue publique du Bluebus 12 m. La ligne RATP 341 (Charles de Gaulle-Étoile – Porte de Clignancourt) du dépôt Belliard est choisie pour mener l’expérimentation.
• Septembre 2015: livraison du premier véhicule à la RATP en vue de son exploitation pour la conférence sur le climat COP-21 fin novembre.
• Premier trimestre 2016: début des livraisons et mise en service prévue des 20 Bluebus. Extension du site de production Pen-Carn à Ergué-Gabéric, en Bretagne près de Quimper, pour intégrer la construction des Bluebus 12 m.
