Cette année, la Journée du transport public brandit haut les couleurs (vertes) de la COP21 dont elle a obtenu le label. Les élus déplorent cependant le peu de place que tient la mobilité dans le débat environnemental.
Sous les dorures du palais du Luxembourg, les responsables du groupement d’intérêt économique (GIE) Objectif transport public ne juraient que par le transport durable. La Journée du transport public 2015, qu’ils organisent le 19 septembre, sera verte ou ne sera pas. En juillet dernier, le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie avait attribué le label COP21 à cet événement, marquant un lien symbolique entre le transport et la conférence des Nations unies, qui épluchera les solutions climatiques mondiales, du 30 novembre au 11 décembre à Paris.
« Au-delà de la COP21, les transports représentent, selon les pays, jusqu’au tiers des émissions polluantes », s’étranglait Bernard Soulage, président d’Objectif transport public. Les transports sont responsables de 23 % des émissions de dioxyde carbone dans le monde, et constituent, en Europe, le seul secteur industriel dont la consommation énergétique a augmenté depuis 1990 (de 20 %). « Rappelons toutefois que le transport public est beaucoup moins émetteur que le transport individuel », nuançait Bernard Soulage. Selon le GIE, tandis que le premier génère 90 g de CO2 par voyageur-km, la voiture individuelle produit 172 g par voyageur-km. Et Jean-Pierre Farandou, président de l’Union des transports publics (UTP), co-organisatrice de l’événement avec le Groupement des autorités responsables de transport (Gart), d’ajouter: « Le transport public est une solution, ce n’est pas un problème. » Électrique, norme diesel Euro VI, réduction de la consommation d’énergie au niveau de la conduite, etc., pour les membres du GIE, les leviers dans le transport ne manquent pourtant pas.
« Le réchauffement climatique, ça ne signifie pas seulement que l’on devra enlever une couche de vêtement en hiver ou en été. Cela signifie des changements terribles », s’alarmait Jean-Pierre Farandou. Pour marquer les esprits, le GIE installera une attraction singulière, baptisée “Anti-cyclone”, le samedi 19 septembre, place Saint-Sulpice à Paris. Dans une sorte de cabine en forme de glaçon en train de fondre, les passants devront braver l’effet d’un cyclone, simulé par une soufflerie géante. « Au milieu d’un décor urbain tourmenté par le vent, la neige et les éléments déchaînés », les participants pourront mettre fin à la tempête en validant un titre de transport dans un tourniquet de métro. Tout un symbole. En plus de cette nouveauté, les membres du GIE ont souhaité inciter les élus à l’action, avec un message fort: « Vous avez le pouvoir de lutter contre le changement climatique ».
Cette année, 15 régions ont répondu présentes pour participer à l’événement qui devrait toucher quelque 57 millions de Français. Les collectivités ont prévu de marquer le coup pour faire de cette journée une occasion de promouvoir le transport public, en proposant des tarifs spéciaux, en couplant des offres de transport avec les Journées européennes du patrimoine (les 19 et 20 septembre) et en organisant des activités ouvertes à tous. Perpignan présentera par exemple des bus hybrides au public, Toulon organisera des animations de rue pour inciter les non-utilisateurs à prendre le bus ou le bateau-bus. De son côté, La-Roche-sur-Yon a imaginé une « balade contée » en bus pour montrer l’impact du changement climatique sur la biodiversité.
Grâce à cette mobilisation, les membres du GIE espèrent que les transports sortiront des coulisses pour passer sur le devant de la scène environnementale. « Je suis étonné que l’on ne fasse pas toujours la place qu’il lui faut à la mobilité », déplorait Bernard Soulage. Pour Jean-Pierre Farandou, il s’agit d’une « cause universelle », trop souvent dans l’ombre et victime d’une contradiction: d’une part le besoin de proposer des tarifs attractifs pour rester accessible à tous les usagers, et de l’autre l’effort financier nécessaire pour développer les transports et étendre le service sur tout le territoire. « Le ratio recettes sur dépenses continue de se dégrader, constatait le président de l’UTP, L’usager paie de moins en moins, tandis que le contribuable paie de plus en plus, ce n’est pas normal. Notre profession a besoin de signaux positifs. » Et de conclure: « Nous aussi, on a besoin d’amour. Et l’amour, ce n’est pas dans les déclarations, c’est dans les preuves. »
